Coluche, 40 ans après : ce qu’il ne pourrait plus dire sans risquer la prison ou le bûcher médiatique

Auteur(s) Xavier Azalbert, France-Soir Publié le 21 juin 2026 – 20:00

Coluche, 40 ans après : ce qu’il ne pourrait plus dire sans risquer la prison ou le bûcher médiatique

France-Soir

Comme annoncé dans l’édito d’avant-hier C’est l’histoire d’un mec, je reviens aujourd’hui vous donner la réponse, quant à savoir ce que Coluche pourrait dire en 2026, sans risquer la prison ou le bûcher médiatique… ou pire !

Combien de ses phrases mythiques tiendraient encore debout désormais, sans qu’il se retrouvât sur le ban de l’infamie, au tribunal correctionnel, cloué au pilori médiatico-politico-culturel, et inscrit sur la liste noire des plateformes internet, où les mille bouches de la meute des indignés institutionnels réclameraient sa tête ? Voire l’obtiendraient-elles ?

J’ai pris les 40 citations compilées dans l’édito précédent et je les ai passées au crible froid de la jurisprudence réelle de la Cour de cassation de ces dix dernières années assisté par une IA : loi de 1881, diffamation, injure publique aggravée, provocation à la haine ou à la discrimination. Pas de morale personnelle. Juste ce que les juges condamnent ou absolvent aujourd’hui.

40 ans

Voici le verdict, sans fard : du rire encore toléré… à ce qui lui vaudrait immanquablement une convocation en justice

40 ans

Ce qui passe encore (à peu près) : les flèches contre les politiciens, les fonctionnaires, les riches, les PDG, la démocratie pourrie, les imbéciles en général.
« La seule chose qui travaille dans le bureau d’un fonctionnaire, c’est le bois », les suppositoires, les oiseaux qui s’arrêtent de voler, l’alcootest politique… Tout cela reste dans le domaine du folklore national. On tolère encore qu’on insulte le pouvoir.

40 ans

Ce qui devient dangereux : l’humour noir sur la mort, les vieux, la pauvreté, le blasphème religieux, le sexisme à l’ancienne.
On frôle déjà la ligne jaune.

40 ans

Ce qui est devenu quasiment suicidaire

  • Les allusions au viol (« Monique, je l’ai violée, je porte pas plainte » ; « Le viol c’est quand on veut pas. Moi je voulais »)
  • La grossophobie (« la grand-mère italienne et l’éléphant »)
  • L’homophobie brute (« Les pédés, ça ne se reproduit pas. Et pourtant il y en a de plus en plus »)
  • Et surtout, au sommet de la pyramide des interdits :
40 ans

« Ils sont trop nombreux les Chinois. Faut leur apprendre le bon trou à ces gens-là : qu’ils xxxxx ! » La citation n°40, championne toutes catégories du politiquement incorrect 2026 : Racisme explicite, vulgarité sexuelle, incitation…Un cocktail qui, sorti aujourd’hui, vous vaudrait presque à coup sûr une condamnation pour injure raciale aggravée et provocation à la haine.

40 ans
Quarante ans pour en arriver là

En quatre décennies, la ligne rouge a bougé, et pas dans le sens de la liberté d’expression.
Ce qui choquait le bourgeois en 1986 est devenu banal. Ce qui était simplement cru, populaire, sans filtre, est devenu un délit.

40 ans

Coluche tapait sur tout le monde, sans exemption, sans hiérarchie des victimes, sans « safe space ». Il se foutait des pauvres comme des riches, des flics comme des Arabes, des Juifs comme des curés, des femmes comme des homos, des gros comme des maigres. Personne n’avait de carte « je suis intouchable ». C’était ça, sa force : une égalité dans la dérision.

Aujourd’hui, on protège les groupes, pas la liberté de rire. On préfère le silence poli au rire gras. On préfère la censure « bienveillante » à la provocation salvatrice. Pourquoi ? Parce que, alors que le rire fédère, à l’inverse la censure divise. Or, quel est l’artifice majeur des tyrans ? Diviser pour mieux régner. Déstructurer la société française naguère unie autour du rire taquin et vecteur d’intégration, car commun et réciproque. Cette particularité idiosyncrasique propre à tous les habitants de France, quelles que soient la nationalité, la religion et l’ethnie, qui, avant que le communautarisme institutionnalisé (aidé à cela par le stand-up) vienne faire que ceci est malheureusement effectif 40 ans après la mort de Coluche. On est passé d’un humour universaliste, fédérateur de la nation, où tout le monde pouvait rire de tous et tout ; parce que chacun acceptait d’être moqué, raillé pour ses différences ; à un humour sectorisé. Un humour clivant au possible, où seul un membre de telle communauté peut rire de cette communauté, moquer et railler ses membres. Car avec un zèle poussé à l’extrême, les représentants désignés par le pouvoir ou autoproclamés des membres de la communauté concernée, se disent choqués, insultés, victimes d’incitation à la haine, si c’est un non-membre de cette communauté qui moque, raille cette communauté, fut-ce avec exactement les mêmes mots, le même ton, les mêmes mimiques, la même gestuelle et le même accent qu’ils tolèrent quand c’est un membre de cette communauté qui la raille.

Le stand-up incarne cet humour clivant, dévastateur pour la cohésion sociale. C’est la raison pour laquelle le système a agi pour qu’il supplante l’humour traditionnel d’antan.

C’est ainsi qu’au prétexte avancé de « protéger » les membres des communautés que, sciemment, l’appareil politico-médiatique a stigmatisées en amont, la justice a pu, petit à petit, ramener la liberté d’expression quasiment totale dont les humoristes et les caricaturistes jouissaient il y a 40 ans, à un politiquement correct complètement aseptisé. Cette interdiction formelle qui est faite à tout le monde, par la justice, de dire en public ce qui est avancé elle comme étant susceptible de choquer ne serait-ce qu’un seul individu. Cette hérésie absolue, pour le pays qu’on dit être celui de Molière, qui fait que Coluche ne pourrait plus tout dire.

40 ans

Oh que non !

Même en ramenant le curseur de son humour à 10 % à peine du niveau d’impertinence qui a fait son succès, il serait assigné, déprogrammé, traîné en justice, lynché sur les réseaux, et interdit d’antenne.

Pourtant, c’est précisément ce Coluche-là dont la France a le plus besoin : celui qui dit tout haut ce que beaucoup pensent tout bas. Celui qui balance des vérités à coups de marteau et de gros mots. Celui qui refuse de choisir son camp dans la guerre des susceptibilités.

Le plus bel hommage qu’on puisse lui rendre, dès lors, ce n’est pas pleurer sur son génie disparu. C’est continuer à défendre, bec et ongles, le droit de rire de tout, de tous, et surtout de ce qui fâche. Parce que quand on ne peut plus rire de tout, on finit par ne plus pouvoir rire de rien. Et, quand on ne peut plus rire du tout, on est déjà un peu mort.

Joyeux anniversaire, Michel. Où que tu sois, j’espère que tu continues à « emmerder » le monde.
Nous essayions de ne pas tout oublier. On se bat pour que tu restes possible.

40 ans

Annexe : classement des 40 citations/extraits

Cinq catégories : (A) très faible risque, (B) faible risque (C), risque modéré, (D) risque élevé, et (E) très haut risque. À savoir du plus « safe » aujourd’hui, au plus susceptible de tomber sous le coup d’une poursuite ou censure sociale/judiciaire.

A) très faible risque (satire politique/sociétale classique, tolérée) :

  1. 1) Fonctionnaire : « La seule chose qui travaille dans le bureau d’un fonctionnaire, c’est le bois. » → Stéréotype paresse, humour ancien, pas de groupe protégé.
  2. 7) Politiciens : oiseaux qui s’arrêtent de voler → Métaphore inoffensive.
  3. 5) Démocratie = droit de voter pour ceux qui arnaquent → Critique générale du système.
  4. 3) Politicien honnête = reste acheté → Cynisme classique.
  5. 2) Politiciens comme suppositoires → Vulgarité humoristique, pas ciblée.
  6. 8) Alcootest politique → Suggestion satirique.
  7. 4) Candidat = un con → Auto-dérision politique.
  8. 12) « Je suis pas con, je suis juste pas du même avis… » → Défense de l’opinion.
  9. 6) Politiciens intelligents qui font exprès → Critique grave mais abstraite du pouvoir.

B) faible risque (critique sociale, pauvreté, etc.) :

  1. 9) Pire dans la pauvreté = honte → Empathie sociale.
  2. 11) Chômeur vs PDG qui licencie → Critique capitaliste classique.
  3. 10) Riches comme cochons → Stéréotype de classe, pas racial.
  4. 13) Excuses aux imbéciles / fleur dans le cul → Vulgarité générale.
  5. 15) Si la merde avait de la valeur, les pauvres naîtraient sans trou du cul → Image crue sur inégalités.
  6. 14) Bitnikes / hackique / pinard → Argot vieilli, inoffensif.

C) risque modéré (sexe, mœurs, religion, mort – injure possible mais contexte comique) :

  1. 17) Laine vierge / moutons courent plus vite que bergers → Allusion sexuelle légère.
  2. 37) Bigamie vs monotonie → Jeu de mots sexiste léger.
  3. 36) Femmes préfèrent hommes qui les prennent sans comprendre → Stéréotype sexuel.
  4. 33) Femmes égales des hommes = chauves et distingué → Sexisme « old school ».
  5. 40) Catholiques / signe de croix / empalé → Blasphème, toléré en France laïque (jurisprudence protège satire religieuse).
  6. 38) Dieu a créé l’alcool pour que femmes moches baisent → Sexisme + vulgarité.
  7. 26) On mange pour vous (faim dans le monde) → Humour noir sur souffrance.
  8. 29) Vieux = cons, tuer à la naissance → Humour noir sur âge (peu protégé).
  9. 31) Presse tué un ministre vs ce qu’elle en fait vivre → Critique médias/politique.
  10. 27) Tapent sur gosses parce pas de chien → Violence familiale, borderline.
  11. 30) Accident / roulait bourré / « l’autre con » mort → Humour noir sur mort routière.

D) risque élevé (sexisme cru, homophobie, racisme « léger »)

  1. 16) « Les pédés, ça ne se reproduit pas. Et pourtant il y en a de plus en plus. » → Stéréotype homophobe (injure ou provocation possible selon contexte).
  2. 32) « Monique je l’ai violée, je porte pas plainte ! » → Allusion viol, très borderline (même humoristique).
  3. 35) « Le viol, c’est quand on veut pas. Moi, je voulais. » → Minimisation du viol (risque injure sexiste ou provocation).
  4. 34) Demande le vagin de la fille → Vulgarité sexuelle crue.
  5. 39) Grand-mère italienne vs éléphant (10 kg) → Grossophobie + stéréotype national (injure possible).
  6. 21) À l’étranger, à part les étrangers, la bouffe merde → Xénophobie légère.
  7. 18) Racisme = mauvais voisinages → Relativisation, mais pas incitation.
  8. 19) « C’est un éléphant… normal. Blanc. » → Jeu sur couleur, potentiellement raciste selon contexte.
  9. 20) Raciste de penser que étrangers n’ont pas droit d’être cons → Ironie anti-racisme, mais risquée.
  10. 24) Police = refuge alcooliques SNCF/PTT → Stéréotype policiers (toléré mais sensible).
  11. 25) Cons qui défilent sur musique militaire → Anti-militarisme.

E) très haut risque (racisme explicite, incitation potentielle)

  1. 22) Chinois trop nombreux / apprendre le bon trou / s’enculent → Racisme anti-asiatique + vulgarité sexuelle (provocation ou injure raciale probable).
  2. 23) Gestapo vs politiciens qui font taire → Comparaison extrême, mais plus anti-pouvoir.
  3. 28) Capotes Nestor : t’es pas né t’es pas mort → Humour sur avortement/contraception, très sensible.

PS : la censure est devenue à ce point féroce de nos jours, que si demain, lundi 22 juin 2026, 40 ans et trois jours après sa mort, Coluche se réveillait soudain dans la France de Macron, il croirait que c’est un sketch. Aussi pour clore ce triptyque en hommage à Monsieur (!) Michel Colucci, j’ai préparé un sketch. Et pas n’importe quel sketch. Non. Coluche qui se retrouve au tribunal correctionnel, en 2026, jugé à titre posthume pour les délits que ses tirades de jadis, hélas, caractérisent de nos jours.

Et pourquoi des tirades similaires à celles qui ont fait le succès de Coluche il y a 40 ans, caractérisent en 2026 les délits d’incitation à la haine, d’injure à caractère antisémite, racial, ethnique ou religieux, ou à raison du genre, de l’orientation sexuelle, de la taille, du poids, etc. ?

Ma réponse à cette question, je vous la donne au début du troisième volet de ce triptyque.

Source : France Soir

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