COLD CASE : La mort de Jean-Eudes Lombard (1983-2008) Partie 1/3 : l’enquête sabotée
Cette série de trois articles se donne l’objectif ambitieux de résoudre un Cold Case de 2008, c’est à dire une affaire, non résolue à l’époque, de mort suspecte dans la région toulousaine. À la clé, une question cruciale : des agents publics de l’État ont-ils dissimulé un crime pour complaire à des personnages influents ?
- Partie 1/3 : L’enquête sabotée
- Partie 2/3 : Toulouse, ville rose, ville noire
- Partie 3/3 : La vérité cachée
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26 septembre 2008 : le corps d’un jeune ingénieur de 24 ans, qui travaillait près de Toulouse, est retrouvé à une quarantaine de kilomètres de chez lui, le long d’une voie de chemin de fer, découpé en multiples morceaux et difficilement reconnaissable. La Gendarmerie a été incapable de produire un rapport d’enquête crédible. Le jeune homme se nommait Jean-Eudes Lombard.
En trois articles successifs, nous allons d’abord exposer les faits et les résultats de l’enquête, puis exposer le contexte toulousain, dans le sillage de l’affaire Alègre, et la difficulté extrême à laquelle se heurte toute enquête privée, en l’absence des données essentielles que la Gendarmerie n’a jamais communiquées. La dernière partie a l’ambition de résoudre ce COLD CASE vieux de 17 ans.
Un défi est lancé à la Gendarmerie nationale : défendre son désastreux bilan d’enquête, et tenter de contester le scénario qui sera présenté de la mort de Jean-Eudes, ainsi que les responsabilités qui en découlent.
Depuis la clôture de l’enquête, aucun élément nouveau n’est apparu pour apporter un éclairage sur l’affaire. Le père de Jean-Eudes a publié de nombreuses pièces de l’enquête en accès libre, et a initié des recherches privées avec des volontaires, dont certains résultats ont circulé. Les lacunes de l’enquête de gendarmerie constituent aussi, en négatif, des indices exploitables. C’est sur ces éléments, et sur des informations publiques diverses, que nous allons nous appuyer. Leur analyse fait apparaître une piste incontournable, et soulève des questions atroces.
Je demande instamment aux gendarmes qui ont été impliqués dans l’enquête de regarder les photos prises de Jean-Eudes Lombard, alors qu’il lui restait moins d’un mois à vivre. J’y distingue une interrogation posthume :
« Pourquoi tout ce mal ? Pourquoi cette souffrance indicible imposée à ma famille ? ».
Je doute que les gendarmes répondent. La faillite de l’enquête est avant tout celle de toute une institution, qui a piétiné sa mission pour complaire à des intérêts qui vont être mis en lumière.
Je vais seulement exposer les éléments essentiels du dossier. Ceux qui veulent aller plus loin peuvent consulter les blogs de Jean Lombard, le père de Jean-Eudes :
https://blog-jean-eudes-lombard.blogspot.com/
https://blogs.mediapart.fr/jean63/blog
avec de très nombreux billets, et un excellent résumé ici :
https://blogs.mediapart.fr/jean63/blog/010214/jean-eudes-la-famille-demande-la-reouverture-du-dossier-pour-crime
Les faits
En 2008, Jean-Eudes Lombard était un ingénieur en océanographie spatiale, et travaillait à la société Mercator Océan, à Ramonville-Saint-Agne, au Sud de Toulouse. En quelques mots, on peut dire de lui que c’était un jeune homme bien sous tous rapports, sans aucune zone d’ombre ni relations suspectes. Le jeudi 25 septembre 2008, à 17 heures 30, il est encore sur son lieu de travail.
Ce même jour, aux environs de 18 heures 30 ou 19 heures, un témoin voit sa voiture, une 205 rouge, se garer sur le parking jouxtant l’écluse d’Emballens, sur le canal latéral à la Garonne, au Nord de Toulouse. Un homme en sort et est aperçu successivement par deux riverains. Le témoin qui le voit de plus près le décrit vêtu d’une veste et d’un pantalon gris, et estime son âge à 30-40 ans. Cette description non conforme a fait penser au père de Jean-Eudes qu’il s’agissait d’une autre personne que son fils.

L’écluse d’Emballens est proche de la D820, route à grande circulation qui relie Montauban et Toulouse. Dans cette zone, les voies ferrées longent le canal latéral à la Garonne à quelques dizaines de mètres de distance. Elles sont aussi des voies à grande circulation de trains.
Le lendemain, 26 septembre 2008, aux environs de 12 heures et 05 minutes, deux cheminots présents à bord d’un train qui circule sur les voies jouxtant le canal, aperçoivent les restes d’un corps humain, sur les voies mêmes et à leurs abords immédiats, à faible distance de l’écluse. Depuis 10 heures du matin, les trains circulaient à vitesse réduite, sur une seule des deux voies, en raison de travaux sur l’autre voie. Le temps était clair et ensoleillé. Il est parfaitement établi que le train précédent, passé une dizaine de minutes plus tôt, n’a percuté personne, que les restes du corps ne pouvaient pas être présents devant lui à son passage, ni à celui des quelque cent quarante trains ayant circulé sur ces mêmes voies depuis la veille à 19 heures.
Le corps est bien celui de Jean-Eudes Lombard, le lieu de sa découverte est à quelque 200 mètres de sa voiture, arrivée environ 17 heures plus tôt. Il a manifestement été découpé par un train. Les témoins ont noté un début de décomposition du corps (témoignage des pompes funèbres), l’absence de sang aux alentours des différents morceaux, et leur froideur, laissant penser qu’un délai d’au moins 6 heures s’était écoulé depuis la mort de la victime. C’est là que se noue tout le mystère autour de cette affaire : le corps semble être passé sous un train au plus tard à la fin de la nuit précédente, mais personne ne l’a vu plus tôt, alors que les morceaux du corps sont parfaitement visibles, tout près des rails, sur des voies à grande circulation, où de plus la vitesse est réduite depuis une durée de deux heures.
L’enquête préliminaire de gendarmerie
L’enquête est assurée par la compagnie de gendarmerie de Toulouse-Saint-Michel, des brigades locales, comme celle de Fronton, participant aux opérations. Le procès-verbal de synthèse d’enquête préliminaire ne paraît qu’après plus de dix mois, le 03 août 2009. En apparence, ce document est rigoureux. Il expose l’ensemble des résultats d’enquête, et suggère une conclusion qui semble logique. En réalité, il comporte des lacunes béantes qui seront exposées plus loin. Voici des extraits du rapport :
« D’après les premières constatations, la victime a été percutée par un train qui circule dans le sens Nord/Sud, sens Toulouse/Montauban. II nous est impossible de dire quand ni par quel train. Le corps de la victime est froid. »
D’entrée, on constate une incohérence dans l’indication du sens d’un éventuel train. Ce qui est exact ici est le sens Toulouse/Montauban, soit Sud/Nord.
« Un examen de corps est effectué par le médecin légiste Cxxx de l’unité médico-judiciaire du CHU Rangueil à Toulouse. Ce praticien affirme que la cause du décès est un polytraumatisme secondaire à un franchissement de train. »
« Le 17 novembre 2008, un second examen de corps est effectué. Les radiographies montrent que le squelette est polyfragmenté. Il ne peut être distingué de lésion traumatique indépendante de celles occasionnées par le franchissement par train. Il n’est pas scientifiquement possible de préciser quelle pouvait être la position du corps au moment de l’impact. Un grand nombre d’éventualités sont admissibles, avec notamment une position debout ou une position allongée, les lésions étant similaires, quelle que soit la position initiale de la victime. Le corps a probablement été charrié et broyé par un ou plusieurs trains. L’absence d’épanchement important de sang sur les lieux de la découverte du corps peut, d’après le médecin légiste, s’expliquer par le fait qu’immédiatement après l’impact entre le corps et un train, le corps est charrié et broyé sur une distance de plusieurs mètres, avec possiblement une dissémination de traces de sang expliquant l’absence de saignement massif en un point. »
On note qu’il n’y a pas eu d’autopsie, mais des examens de corps. On ne sait donc pas, notamment, si des organes sont manquants dans le corps.
« L’analyse ANAPATH réalisée par le docteur Bxxx de l’institut médico légal de PARIS révèle que la victime était vivante au moment de l’impact.
Résultats des rapports d’expertise toxicologique réalisée par … :
Du Bromazépan (0,08 µg/mL — concentrations thérapeutiques) a été retrouvé dans le sang.
Il s’agit d’une benzodiazépine aux propriétés essentiellement anxiolytiques et sédatives. Il est le principe actif du Lexomil et de médicaments génériques (Anxyrex, Quiétiline et autres …), prescrits comme anxiolitiques.
Il n’y a pas eu de consommation d’alcool dans les heures précédant le décès. L’analyse des cheveux qui couvre une période de neuf mois précédant le décès montre l’absence de la prise d’un traitement médicamenteux, notamment de Bromazépan ou de tout autre psychotrope. Jean-Eudes n’avait pas l’habitude de consommer le Bromazépan qui a été identifié dans le sang. »
L’analyse ANAPATH mériterait plus de développements, étant donnée l’importance de la déduction qui en est faite. La consommation de Lexomil est très suspecte, de la part de quelqu’un qui n’en consommait pas et qui donc ne s’en était jamais fait prescrire.
« INVESTIGATIONS AUPRES DE LA SNCF : M. Fxxx, Responsable du centre opérationnel de gestion et de la circulation des trains et M. Axxx, Chef Responsable du personnel de la circulation SNCF de la région.
Ces fonctionnaires nous confirment qu’aucun mécano ou autre agent SNCF n’a signalé la présence d’une personne ou d’un corps sur les voies 1 & 2 situées à hauteur du passage à niveau 180, ligne 640 000 BORDEAUX-SETE, PK 233-249, entre le 25 et 26 septembre 2008. Ils nous précisent de plus que malgré leur vigilance, il est normal que les conducteurs de trains (aussi nombreux qu’ils soient à circuler sur les voies dans un créneau de temps donné) peuvent ne pas voir les restes d’un corps humain entre les rails ou sur le ballast, et ce en raison de la vitesse de la machine et des diverses consignes de sécurité inhérentes à la conduite. Il n’existe pas d’obligations pour les conducteurs ou autres agents se trouvant dans les convois ferroviaires de regarder constamment les rails sur lesquels ils circulent.
Sur la totalité des 137 trains ayant emprunté l’axe en question, un seul train comporte des traces de sang qui s’avéreront être un impact avec un sanglier. »
On voit ici poindre la conclusion qui sera mise en avant, celle de la présence du corps sur les voies depuis éventuellement plusieurs heures, corps qui n’aurait pas été aperçu par les dizaines de conducteurs de train passés sur ces voies. Cette conclusion est exprimée ainsi :
« L’enquête effectuée n’a pas révélé l’intervention d’un tiers dans le décès de Jean-Eudes Lombard. L’hypothèse d’une cause accidentelle semble la plus vraisemblable. »
La conclusion de l’enquête préliminaire est donc l’hypothèse d’un simple accident. Jean-Eudes aurait marché trop près des voies ferrées et se serait fait happer par un train. Cette conclusion est totalement incohérente par rapport aux conditions de découverte d’un corps froid, dont la mort remontait à au moins six heures, alors que les conducteurs de train ont affirmé que tout était normal sur les voies avant midi ce 26 septembre.
L’enquête complémentaire de gendarmerie
L’affaire aurait dû s’arrêter là, sans la détermination farouche de la famille de Jean-Eudes, en particulier de son père. En effet, la famille s’est vue réclamer « 4 000 euros de consignation avant 10 jours, faute de quoi la plainte ne serait pas validée, et ceci en plein mois d’août, alors qu’avocats et magistrats sont en vacances ! »
La diligence de la famille a permis que l’enquête se poursuive, et aboutisse, huit mois plus tard, à une synthèse d’enquête plus poussée. Dans cette suite d’enquête, les soupçons de la famille sur la responsabilité de tiers ont été pris en compte.
Une piste impliquant une relation en apparence amicale de Jean-Eudes a été écartée après quelques investigations et une audition. Cet abandon de piste semble parfaitement légitime.
Des investigations sur la température locale sur les lieux ont été effectuées, n’apportant aucun élément pertinent quant à la froideur constatée du corps au moment de sa découverte.
Des investigations poussées ont été effectuées sur une des familles qui résident près de l’écluse, et sur les membres de cette famille, composée d’un couple et de grands enfants. Leur maison jouxte le passage à niveau SNCF numéroté 180. Son terrain occupe l’espace situé entre les voies de chemin de fer et le chemin de halage qui longe le canal. L’homme est un retraité de la SNCF.


Pourquoi cette famille était-elle l’objet de forts soupçons, en particulier de la part de Jean Lombard, père de Jean-Eudes ? Jean Lombard était venu en personne sur les lieux de découverte du corps de son fils, dans les jours qui avaient suivi le décès. Les échanges entre lui et le retraité SNCF lui avaient donné une très mauvaise impression, sur laquelle il est inutile de s’étendre ici, mais qui est ressortie jusque dans un article de presse de décembre 2009.
De plus, le jardin de la maison longe les voies SNCF, et la zone de découverte des morceaux du corps est parfaitement visible, et accessible, depuis ce jardin.
Voici ce que dit le rapport sur les investigations effectuées :
« Investigations Téléphonie Dxxx
Une étude de la ligne portable de Dxxx Francis nous avait permis de faire ressortir des appels téléphoniques sur 6 évènements en relation avec les faits, et donc d’identifier 11 correspondants en lien avec ces appels. Après investigations, aucun élément atypique n’a pu être mis en évidence.
Prescriptions LEXOMIL chez les Dxxx
Il est constaté qu’entre janvier 2007 et le jour de la découverte de la victime, aucune prescription de Lexomil, ou de Bromazépam, molécule de ce médicament, n’a été faite pour le compte des membres de la famille Dxxx.
Écoutes lignes Dxxx
Les lignes téléphoniques de la famille Dxxx sont placées sur écoute du 15 octobre 2009 au 8 janvier 2010. Durant tout le temps de ces écoutes, aucun élément suspect n’a pu être relevé.
Police scientifique chez les Dxxx
Le 09 décembre 2009, nous procédons à une perquisition dans le domicile, les dépendances et les véhicules des membres de la famille Dxxx. Nous sommes accompagnés par les techniciens en investigations criminelles de l’IRCGN de ROSNY SOUS BOIS. L’ensemble des pièces et des véhicules sont passés au détecteur de traces de sang latentes. Des écouvillons sont placés sous scellés et analysés par le LIPS de TOULOUSE. Les résultats permettent d’affirmer qu’aucune trace relevée ne correspond à l’ADN de Jean Eudes LOMBARD.
Fouilles sur terrain des Dxxx
Le 15 décembre 2009, avec un peloton de gendarmes mobiles, nous procédons au ratissage et à la fouille minutieuse du terrain des Dxxx et des abords de la voie ferrée. A l’endroit où le corps a été retrouvé, sur la voie ferrée, face à la barge désaffectée, nous découvrons sur le ballast, dans un rayon de 5 mètres, quatre petits fragments d’os plats. Analysés par le LIPS de TOULOUSE, ces fragments correspondent à l’ADN de Jean Eudes LOMBARD.
Ces fragments laissent penser qu’ils pourraient appartenir à la boite crânienne de la victime. Boite crânienne que nous n’avons pas retrouvée. Ces faits permettraient donc de supposer que la tête de la victime a été broyée par le choc avec le train. Ce qui expliquerait son absence sur le corps. »
Comme on le constate, rien n’a permis d’établir la moindre relation objective entre la famille Dxxx et la présence du corps de Jean-Eudes près de leur jardin.
La synthèse d’enquête comprend aussi une audition du gendarme qui a fait les constatations sur les lieux de découverte du corps, avec de sa part une remarque sur la cause possible de la mort de Jean-Eudes :
« Audition T.I.0 présent sur les constatations
Le 8 mars 2010 il est procédé à l’audition du Major Vxxx, technicien en identification criminelle de la gendarmerie de Toulouse. Mentionnons que celui-ci a participé aux constatations le jour de la découverte du corps de Jean-Eudes Lombard.
Il conclut, sur la base de ses 20 années d’expérience et sur les constatations réalisées, que la mort de la victime est compatible avec un suicide. »
Les auditions des conducteurs de train passés sur les voies juste avant la découverte du corps, et au moment de sa découverte, confirment leur certitude qu’aucun corps n’était présent sur les voies devant les yeux des conducteurs. Le rapport conclut donc que Jean-Eudes a pu se jeter entre deux wagons après passage de la locomotive. Voici exactement la conclusion :
« Après les multiples investigations réalisées depuis 18 mois, aucun élément permettant de soupçonner l’intervention d’un tiers dans la mort de Jean Eudes LOMBARD n’a pu être relevé. Cependant, il semble que ce soit le train 3630 conduit par M. BERTHIOT qui ait percuté la victime le 26 septembre 2008 vers 11H45. Étant donné la vitesse réduite du train, il n’est pas interdit de penser que Jean Eudes LOMBARD ait pu se jeter entre deux wagons du 3630. Le fait de se jeter entre deux wagons expliquerait alors la position des membres retrouvées sur la voie. Pieds regroupés et sectionnés côté ballast, corps roulé sous les autres wagons, tête broyée entre les roues et le rail. De même, ceci expliquerait que le conducteur du 3630 ne l’ai pas vu, tout comme aucun conducteur de train circulant avant lui. C’est pourquoi, seul le conducteur suivant a pu découvrir le corps et prévenir sa hiérarchie par radio.
Rappelons enfin, que des expertises réalisées sur des tissus humains provenant du corps de Jean Eudes LOMBARD, prélevés par le médecin légiste, devant nous-même et placés sous scellés par nous mêmes, ont révélé que la victime avait ingéré du LEXOMIL et qu’elle n’était pas coutumière du fait.
Il n’est donc pas interdit de penser que Jean Eudes LOMBARD traversait, à ce moment, un passage psychologique difficile et qu’il ait pu mettre fin à ses jours. »
Cela conclut le travail de la Gendarmerie, après 18 mois d’enquête. Jean-Eudes Lombard serait venu à l’écluse le 25 septembre en fin d’après-midi, aurait alors été aperçu par des témoins, puis aurait passé 17 heures sur place sans se faire remarquer, aurait pris un Lexomil dont on ne trouve aucune trace de prescription, puis se serait jeté vers midi entre deux wagons d’un train qui passait à vitesse réduite, en plongeant pour que son corps soit découpé au niveau de chacun des rails. Son corps se serait instantanément refroidi, donnant l’apparence d’une mort antérieure.
Cette conclusion invraisemblable a exigé des prouesses d’enquête que nous allons maintenant passer en revue. Le mot « prouesse » est ici teinté d’une forte dose d’ironie.
Les lacunes et les fautes de l’enquête
Voici une liste des lacunes et fautes qui ont le plus contribué à fausser les conclusions de l’enquête :
- Les conclusions tirées des examens pratiqués sur le corps sont abusives. Seule une autopsie aurait permis de disposer de données complètes et fiables. Les deux examens de corps ne se basent que sur des apparences, et la tournure employée dans le rapport est donc trompeuse : « Il ne peut être distingué de lésion traumatique indépendante de celles occasionnées par le franchissement par train ». Cela ne signifie pas qu’il n’y ait pas eu plusieurs évènements distincts à l’origine des lésions.
- Même abus manifeste dans l’affirmation : « L’analyse ANAPATH réalisée par le docteur Bxxx de l’institut médico légal de PARIS révèle que la victime était vivante au moment de l’impact ». L’examen du rapport montre que deux échantillons ont été prélevés, sur la jambe droite. L’analyse ne peut donc pas conduire à une conclusion générale, mais seulement à l’existence de blessures à la jambe droite quand Jean-Eudes était encore vivant.
- Le téléphone de Jean-Eudes a été retrouvé sur la voie ferrée, en état de fonctionnement, mais aucune donnée n’a été communiquée sur les appels et SMS émis ou reçus, ni sur les relais avec lesquels le téléphone a établi des liaisons entre la sortie du travail de Jean-Eudes et la découverte de son corps. Dès les premier rapport des techniciens d’investigation criminelle (TIC), le numéro de Jean-Eudes a été mal transcrit, conduisant à une première demande erronée auprès de l’opérateur. La réponse de l’opérateur arrivera le 3 octobre 2008, sera renvoyée le 13 novembre 2008 avec le numéro corrigé, et la nouvelle réponse restera inconnue.
- Par la suite, le téléphone portable de Jean-Eudes a disparu des scellés, et a été déclaré «égaré», ne permettant pas d’expertise ultérieure quand la juge demandera une analyse ADN le 19 novembre 2009.
- Des réquisitions aux trois opérateurs, portant sur les déclenchements de relais sur la commune de Sainte Rustice, où se trouve l’écluse, ont été faites le 13 novembre 2008, puis refaites le 25 septembre 2009, et sont restées sans réponse connue.
- Les pieds de Jean-Eudes trouvées près des voies ferrées portaient des chaussettes, et pas de chaussures. Une seule chaussure a été retrouvée, mais le rapport des TIC indique « une paire de chaussures ». Quatre clichés de chaussure droite, pris de près et de loin et présentés de façon séparée, donnent l’illusion qu’il y a bien une paire de chaussures.

- Les TIC de la Gendarmerie se sont livrés à une manœuvre étonnante pour prétendre que deux morceaux de la veste polaire verte de Jean-Eudes avaient été retrouvés sur les voies. Ils ont photographié deux fois le même morceau de tissu gris, qui serait plutôt issu d’un pantalon, selon le rapport du médecin légiste fait ensuite à l’hôpital. Dans la rubrique vestiaire du rapport, deux morceaux de veste polaire ont été mentionnés. Ils ont prétendu avoir lavé ces deux morceaux, pour leur rendre leur couleur verte. Plus tard, les analyses ADN ont révélé la présence de l’ADN de Jean-Eudes sur les deux faces de ces morceaux de polaire.


- Un morceau de carte vitale est mentionné dans le rapport des TIC de gendarmerie, mais n’est ni photographié, ni repéré dans la liste des indices trouvés. Plus tard, le père de Jean-Eudes se verra présenter un morceau paraissant découpé au cutter, sans éléments d’identification.
- Lors de l’analyse des appels reçus et émis de la famille Dxxx, habitant la maison du passage à niveau, un appel suspect, d’une durée de 26 minutes, a été repéré dans l’après-midi qui a suivi la découverte du corps sur les voies. Ce numéro a été transmis, comme les autres, aux opérateurs téléphoniques. L’opérateur Orange a commis une erreur sur la transcription de ce numéro, donnant en réponse l’identité du titulaire d’un numéro légèrement différent.


Le rapport de gendarmerie indique :

Ce long appel passé le jour même de découverte du corps, par un riverain faisant alors l’objet de fortes suspicions, était celui dont l’identification était primordiale pour l’enquête. L’erreur de l’opérateur ORANGE, dans sa réponse à une réquisition clairement rédigée, est très vraisemblablement téléguidée. Le fait que les enquêteurs de la Gendarmerie ne la dénoncent pas, ne peut pas résulter d’une coupable inattention. La conclusion disant qu’aucun élément atypique n’a pu être mis en évidence est une tromperie manifeste, illustrant le sabotage de l’enquête.
- Ultime tromperie sur le rapport final : le major TIC de gendarmerie qui a fait les premières constatations a été auditionné. Il explique longuement que la position des divers éléments sur les voies, en particulier leur grande dispersion, est compatible avec le suicide d’une personne marchant au milieu des voies, mais le rapport d’enquête final détourne ses déclarations pour lui faire faussement valider un autre scénario de suicide :

Une enquête délibérément sabotée et trompeuse
Les rapports d’enquête publiés par la Gendarmerie sont accablants pour cette institution. Ils énoncent des hypothèses objectivement incompatibles avec les faits observés, notamment le fait, parfaitement établi, que le corps a été retrouvé froid et en début de décomposition, sur une voie où aucun conducteur de train ne l’avait vu avant l’heure de sa découverte, dans des conditions de visibilité parfaite et avec une vitesse réduite depuis deux heures.
Il est manifeste qu’il manque des éléments sur le lieu de découverte du corps. La calotte crânienne, et avec elle le cerveau, un œil, et aussi une chaussure, des vêtements (slip, pantalon qui a été délibérément assimilé à une veste). L’ensemble des données issues de l’opérateur de téléphonie mobile de Jean-Eudes, ainsi que de son téléphone, a été dissimulé, empêchant de retracer les déplacements du téléphone pendant la nuit. L’appel le plus suspect effectué dans le voisinage des lieux, après découverte du corps, a fait l’objet d’une manipulation éhontée, empêchant l’identification de son destinataire.
On peut qualifier le travail de la Gendarmerie de déni d’enquête, de tromperie caractérisée, de possible dissimulation d’un crime, et donc de complicité objective avec les éventuels coupables. Ce constat est d’autant plus lourd que je montre toujours un soutien de principe à la Gendarmerie, et aux gendarmes.
Le 17 août 2025,
Ultrak
Partie 2/3 et Partie 3/3 à voir sur les liens ci-dessous :






