Christine Lagarde quitte la BCE en février, neuf mois avant la fin de son mandat, un coup de pouce à Macron et un signal à Davos ?
Auteur(s) M. A. Publié le 30 octobre 2026 – 10:20

Ch. Lagarde
F. Froger
Cela fait à peine quelques mois, Christine Lagarde balayait du revers de la main les rumeurs faisant état d’un départ anticipé de la tête de la Banque centrale européenne (BCE). Le 7 février 2027, elle quittera finalement Francfort, 9 mois avant le terme de son mandat. Le calendrier tombe pile avant la présidentielle française, ou surtout l’élection de la présidence du Forum de Davos (WEF), prévue début novembre.
Les rumeurs d’un départ anticipé de Christine Lagarde de la BCE circulaient depuis le début de l’année. En février 2026, le Financial Times, relayé par des agences comme Reuters, avait évoqué la possibilité qu’elle quitte son poste avant la présidentielle française, pour permettre à Emmanuel Macron et Friedrich Merz de choisir son successeur avant une éventuelle victoire du Rassemblement national. Interrogée, Lagarde avait aussitôt démenti, assurant que son “scénario de base” était d’aller au bout de son mandat, c’est-à-dire octobre 2027.
Du “macronisme” à la BCE pour un autre mandat ?
La rumeur s’était renforcée au fil de l’été, nourrie par le contexte politique français. Interrogée sur son avenir, Lagarde avait balayé les hypothèses de départ. “Le capitaine du bateau est à bord”, avait-elle déclaré. L’explication avancée jusque-là était que son départ permettrait au chancelier allemand Friedrich Merz et Emmanuel Macron de choisir un successeur, avant la fin du mandat du président français.
Jeudi, on apprend que le capitaine quitte le navire. La BCE a annoncé que sa présidente quittera ses fonctions le 7 février prochain, près de huit ans après avoir pris les rênes de cette institution et neuf mois avant la fin prévue de son mandat. Cette annonce intervient alors que la BCE se prépare à dévoiler une dernière décision sur les taux d’intérêt.
L’ancienne ministre et directrice générale du Fonds monétaire international (FMI) a informé le Conseil des gouverneurs de la BCE ainsi que le président du Conseil européen António Costa, de sa décision, selon un communiqué de la banque qui ne dévoile pas la raison de ce départ.
António Costa, qui a remercié Christine Lagarde pour ses services, a annoncé que “pour garantir une transition fluide vers la prochaine direction de la BCE, le processus de nomination de son successeur sera lancé aujourd’hui et se déroulera sans délai ». De son côté, le président français a salué “l’engagement européen » et “l’action déterminée » de Christine Lagarde, « au service de la stabilité de la zone euro et de la prospérité de notre Union dans une période jalonnée par de nombreuses crises », estime-t-il. Il a également appelé à préparer sa succession « de manière ordonnée et équilibrée avec nos partenaires européens ».
Comme cette annonce intervient en pleine campagne présidentielle française, les réactions dans le pays ne se sont pas faites attendre et les critiques interprètent à nouveau cette manœuvre comme une manière pour Christine Lagarde de permettre à Emmanuel Macron, avant son départ, de nommer son successeur. LFI dénonce une volonté de “verrouiller la politique monétaire pour que le macronisme survive et entrave au maximum ceux qui lui succéderont à l’Élysée”. Même son de cloche chez le RN ou encore chez des partis allemands qui alertent contre une “atteinte” à la crédibilité de l’institution, dont les dirigeants se retrouvent désignés suivant des calendriers nationaux.
Le WEF intéressé
Mais Christine Lagarde est aussi pressentie pour prendre les rênes du Forum économique mondial (WEF), dont elle est non seulement une habituée mais membre de son conseil d’administration depuis voilà bien des années déjà. De Paris à Chicago, de Baker McKenzie à Francfort en passant par Bercy et Washington, elle a toujours été du sérail, laissant derrière elle son lot de bourdes, de conflits d’intérêts et de zones d’ombre.
Tout commence chez Baker McKenzie, où elle entre en 1981 comme avocate en droit social. Elle grimpe vite : associée en 1987, associée-gérante en 1991, membre du comité exécutif mondial à Chicago en 1995, puis présidente mondiale en 1999, première femme et premier non-Américain à ce poste. Le Wall Street Journal la classe alors parmi les femmes d’affaires les plus influentes d’Europe. Mais ce cabinet, spécialisé dans l’optimisation fiscale et la défense des multinationales, compte parmi ses clients Monsanto. Lagarde préside le cabinet quand celui-ci assiste l’agrochimiste américain dans ses projets en Ukraine et défend ses intérêts en France.
Sa brève incursion en politique, en 2007, au ministère de l’Agriculture et de la Pêche, est surtout marquée par un risque de conflit d’intérêt. À peine nommée, elle obtient des 27 États membres de l’UE l’autorisation d’un label bio tolérant jusqu’à 0,9 % d’OGM. La mesure déclenche la fureur des écologistes, et Alain Juppé doit évoquer un moratoire sur le maïs MON810 de Monsanto. Un mois plus tard, elle quitte le ministère sous les dénonciations.
Ministre de l’Économie de 2007 à 2011, elle fait adopter la loi TEPA et la modernisation de l’économie, mais accumule les maladresses : une prédiction prématurée sur la fin de la crise, juste avant la faillite de Lehman Brothers, et surtout son implication dans l’affaire Tapie-Crédit Lyonnais, qui lui vaudra une mise en examen. Son bilan commercial reste médiocre, le déficit extérieur atteignant un record de près de 70 milliards contre 29 milliards d’euros en 2006.
En 2011, elle prend la tête du FMI grâce aux soutiens américains, européens et russes. Son second mandat est écourté par les Pandora Papers en 2021. Entre 2003 et 2005, alors qu’elle dirigeait Baker McKenzie, elle était directrice d’une société offshore enregistrée aux Bermudes, territoire alors blacklisté par l’UE. Le cabinet assure qu’elle n’y avait “aucun intérêt économique”, mais le lien entre le cabinet et l’industrie des paradis fiscaux est établi.
Depuis octobre 2019, à la BCE, elle poursuit la même logique de puissance : des hausses consécutives des taux directeurs jusqu’à des niveaux records pour “combattre l’inflation”, lancement contesté de l’euro numérique, défense acharnée de l’indépendance de l’institution.
Source : France Soir
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