Christelle Record, éleveuse sacrifiée : le récit accablant de ses avocats

Le 17 avril 2026, à la ferme du Soulé au Boulou, en Ariège, une centaine de forces de l’ordre — gendarmes à pied, drones, unités motocyclistes — ont investi l’exploitation de Christelle Record pour procéder à la vaccination forcée de son troupeau de bovins contre la dermatose nodulaire contagieuse (DNC). Une opération spectaculaire, filmée par France 3 Regions et plusieurs médias locaux, pour vacciner une trentaine de vaches. Me Diane Protat et Me Émile Tribalat, avocats de l’éleveuse, reviennent sur une journée marquée par des incongruités juridiques majeures et un sentiment d’impuissance face à la machine administrative.

Un juge introuvable

Dès 8h30, Me Tribalat était au tribunal judiciaire de Foix pour saisir en urgence la juge des libertés et de la détention (JLD), seule habilitée à ordonner ou suspendre la visite. La JLD, également compétente à d’autres titres dans cette petite juridiction sous-dotée, était en audience ce matin-là — et n’entendait pas se déplacer sur place. « Le texte ne lui fait aucune obligation de venir », reconnaît Me Tribalat, avant d’ajouter : « Ce qu’on peut d’ailleurs regretter. »

Sur le terrain, Me Protat demandait à la sous-préfète le numéro de téléphone de la magistrate. Réponse : elle ne l’avait pas. Une situation qualifiée d’« incroyable » par l’avocate, d’autant que la JLD avait, dans son ordonnance, délégué au capitaine de gendarmerie la faculté de « mobiliser en conséquence les effectifs » qu’il jugerait opportuns — sans aucune limite chiffrée. 

« Ce n’était pas à la sous-préfète d’arbitrer les difficultés. Celui qui devait superviser, c’était le JLD », martèle Me Protat.

Des arguments ignorés

À midi, le maire de Baulou – témoin requis par la préfecture elle-même — adressait à la juge une attestation alarmante : déploiement de force « déraisonnable et jamais constaté », danger pour les habitants, animaux en divagation sur la D117 coupée à la circulation. Ce document, reçu à 12h30 selon les avocats et acté dans la décision, n’a pas pesé dans la balance. La JLD a rendu une ordonnance défavorable en milieu d’après-midi, sans tenir d’audience et en estimant n’avoir aucun pouvoir sur les opérations de vaccination – une logique que Me Tribalat réfute : « Si elle leur donne une visite, c’est pertinemment pour permettre la vaccination. Et elle a bien reconnu que suspendre la visite mettait fin aux vaccinations. »

Pire encore : l’ordonnance qualifie les démarches des avocats de « tentatives de pression » depuis 8h52. 

« C’est une question d’honorabilité et de déontologie. Nous avons simplement tout tenté pour joindre un juge qui aurait dû être joignable », répond Me Protat, visiblement affectée.

La veille : un référé liberté passé sous silence

Le 16 avril, la veille, les deux avocats avaient plaidé un référé liberté devant le tribunal administratif de Toulouse. L’audience avait été jugée sérieuse par les observateurs présents. Mais la décision rendue ne répondait pas aux moyens principaux soulevés, dont l’objection de conscience, la disproportion manifeste des moyens et l’absence d’étude d’impact préalable à la vaccination obligatoire. 

« On se demande si le juge qui a rendu la décision a bien assisté au débat », confie Me Tribalat. 

Un autre point interpelle : les métadonnées du fichier PDF de l’ordonnance, révèle Me Protat, indiquent comme auteur une certaine « Alice Philippe », une personne dont elle ne trouve aucune trace au tribunal.  Cette personne serait, selon nos recherches, avocate au barreau de Toulouse. Contactée par France-Soir elle ne s’est pas rendue disponible pour répondre.

À l’audience, la sous-préfète avait en outre avancé oralement – hors mémoire écrit -des informations sur de nouveaux cas de DNC en Sardaigne dans des troupeaux non-vaccinés. Or, un communiqué du ministère italien de la Santé, horodaté le même jour à 8h14 -soit avant l’audience -, indiquait au contraire que ces nouveaux cas touchaient des bovins vaccinés. « Il y a une vraie question sur la sincérité des éléments donnés aux juges », souligne Me Protat.

La suite : des recours structurés tous azimuts

Les deux avocats ne comptent pas s’arrêter là. Des recours en suspension des arrêtés d’interdiction d’exploitation frappant plusieurs éleveurs ariégeois – empêchés même de mener leurs bêtes à l’abattoir – seront déposés devant le tribunal administratif. Des contestations d’amendes de 750 euros par tête non-vaccinée sont également en préparation, ainsi que des recours pour d’autres éleveurs du Gers. Par ailleurs, le collectif Libre a saisi le Commissaire européen à la Santé d’une demande de reclassement de la DNC, avec une réponse attendue avant le 3 mai. Enfin, une plainte a été déposée à la Cour de justice de la République contre les ministres de l’Agriculture et de l’Intérieur pour « abattage sans nécessité » de plus de 300 bovins.

Pour Me Protat, le mot de la fin appartient à l’éleveuse : « J’aimerais que les gens gardent à l’esprit l’immense courage de Christelle Record. » Et d’ajouter, avec un trait d’esprit : « Le courage, ça s’attrape. J’espère que c’est plus transmissible que la DNC. »

SOURCE : France Soir

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