« Charlie Hebdo », Bataclan, Trèbes… Enquête sur le GIGN, ses ratés, ses états d’âme

L’un de nos fidèles lecteurs, gradé de gendarmerie, nous informe d’une affaire passée sous les radars et qui mériterait quelques éclaircissements :
Tout commence en Espagne. Le 8 novembre 2017, trois membres de l’unité d’élite sont arrêtés à la frontière entre l’Espagne et le Portugal, avec le coffre de leur véhicule « chargé de grenades ». Puis, « sept tonnes de munitions et d’explosifs » sont retrouvées dans les rangements de sous-officiers de la force d’intervention, rapportait Le Monde en 2019. Selon leurs explications, ils ont pioché dans le matériel du GIGN, dans l’objectif d’animer, au Portugal, un camp d’entraînement privé. En interne, la direction demande de passer cet épisode sous silence.
Immédiatement après l’interpellation, des directives sont prises en interne pour rapatrier les munitions dispersées dans l’ensemble des locaux, tandis que la direction demande de passer cet épisode sous silence. L’armement est alors stocké, selon Mediapart, « dans une soute provisoire non prévue à cet effet ».
Des caméras désactivées « pour plus de discrétion »
Depuis 2016, le maréchal des logis-chef Matthieu D. avertit sa hiérarchie des conditions aléatoires du stockage des munitions dans le local de sa cellule « prévu pour servir de bureau », relate Mediapart. Après avoir multiplié les alertes, il finit par contacter le parquet.
En 2018, il est entendu par l’inspection générale de la gendarmerie, et questionné sur les sept tonnes d’armement récupérées à la suite de « l’affaire espagnole ». Pressés de remettre leur matériel, les membres du GIGN « affluent au magasin », rapporte Mediapart. « Au point que les personnels qui y travaillent s’en trouvent débordés », témoigne Matthieu D. dans sa note au parquet. Selon lui, les caméras de surveillance des lieux auraient été désactivées pour plus de discrétion.
Mais à quoi sert donc l’IGGN (Inspection Générale de la Gendarmerie Nationale) ?
Il y a quelques jours, Profession Gendarme s’interrogeait sur l’inaction de l’IGGN destinataire des vidéos des échanges « musclés » entre gendarmes et gradés suite aux violences verbales et physiques lors des opérations de maintien de l’ordre de Sainte Soline.
Dans cette affaire, l’IGGN instruit ce détournement en entendant le MDL/Chef Matthieu D mais n’engage aucune procédure contre les trois militaires incriminés et, pour récompense, ce lanceur d’alerte se voit infliger une mutation disciplinaire à la Garde Républicaine en septembre 2018 car il manquerait d’esprit de corps, raccourci pour « Ce qui se passe dans la famille doit rester dans la famille ». Dans la foulée, le colonel Laurent Phélip, alors patron du GIGN, rédige un rapport demandant la mutation d’office du « dépiégeur ». Le colonel parle des « difficultés à s’intégrer », d’un « comportement inadapté ».
Je vous laisse mesurer la gravité de l’absence de sanction des ces trois militaires qui ont détourné des grenades et sept tonnes d’explosifs pour organiser un camp d’entraînement privé au Portugal et le sort réservé au seul militaire qui a eu un comportement responsable dans cette affaire.
Profession Gendarme est animé par quatre anciens militaires de la gendarmerie et défend, entre autres, l’éthique et les valeurs militaires de cette Arme séculaire.
Si nous pouvons nous étonner de l’ampleur de ce vol (7 tonnes d’explosifs), nous ne pouvons tolérer l’absence de sanctions contre ces trois militaires et surtout que le seul militaire puni est celui qui a révélé lesdits manquements. La Gendarmerie a couvert une « barbouzerie » incompatible avec le statut militaire et a trahi la confiance du peuple et de la Nation envers notre Arme.
Pourtant la presse a largement couvert ces événements :
L’article du Monde du 22 février 2019 :
« Charlie Hebdo », Bataclan, Trèbes… Enquête sur le GIGN, ses ratés, ses états d’âme
Et dans un article du Progrès du 11 janvier 2022, il est écrit « Les trois gendarmes, selon leurs explications ont pioché dans le matériel du G.I.G.N, dans le but d’animer, au Portugal, un camp d’entraînement privé. En interne, la direction demande de passer cet épisode sous silence ».
Faits divers. Munitions volées, caméras désactivées… la gestion du stock d’explosifs du GIGN fait polémique
1. Enquête judiciaire toujours en cours
Une enquête a été ouverte pour « mise en danger de la vie d’autrui » dès octobre 2020 suite à la plainte de Matthieu D. pour les irrégularités dans le stockage des explosifs/munitions.
Selon Mediapart, l’ancien commandant du GIGN (Laurent Phélip) a été entendu dans cette affaire sous statut de témoin assisté pour « violation d’obligation de prudence » vis-à-vis de la sécurité pyrotechnique.
La plainte initiale de Matthieu D. date de 2019 (constitution de partie civile).
2. Constats techniques de dysfonctionnement
Des inspections (IGG / DGA, etc.) ont bien eu lieu sur les sites de stockage. Selon Le Progrès / L’Est Républicain, certaines conditions de sécurité pyrotechnique n’étaient pas respectées (proximité d’explosifs, locaux non adaptés, ventilation, etc.).
Plusieurs munitions ont été rapatriées après l’affaire « espagnole » : des centaines de milliers d’éléments (grenades, cartoucheries, explosifs) selon des témoignages internes.
Il y a des allégations selon lesquelles des caméras de surveillance dans les locaux d’armement ont été désactivées « pour plus de discrétion ».
Certains explosifs et munitions récupérés auraient été stockés dans des soutes provisoires non conçues pour cela.
3. Réaction hiérarchique
Après les alertes de Matthieu D., des consignes internes ont été données pour rapatrier toutes les munitions stockées « de manière sauvage » dans les alvéoles des personnels.
Il y a eu mutation de Matthieu D. à la Garde républicaine peu de temps après sa dénonciation, ce qui peut être interprété comme une “représaille” selon les médias.
Selon le lanceur d’alerte, une partie des munitions aurait été détruite (“destruction partielle”), mais des doutes persistent sur le reconditionnement des munitions périmées.
L’inspection générale de la gendarmerie, lors de ses visites, a cependant conclu que, même si tout n’était pas “scrupuleusement conforme”, il n’y avait pas “de situation dangereuse” relevant d’un risque immédiat, selon L’Est Républicain / Mediapart.
La Rédaction de Profession-Gendarme

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