« Certains politiques consomment la nuit ce qu’ils condamnent le jour » : le livre qui plonge dans la cocaïne des cercles du pouvoir
Des quartiers huppés de l’Ouest parisien jusqu’aux abords des ministères, la cocaïne ne semble pas connaître le périphérique. Dans Profession dealer, paru le 10 septembre 2026 chez Tallandier, le journaliste Alexandre Macé Dubois raconte une année passée dans le quotidien de Raphaël, trafiquant de cocaïne âgé d’une trentaine d’années. Et le voyage mène très haut.

À force de remonter les filières de cocaïne, on finit apparemment par arriver près des ministères.
Invité sur CNews, le journaliste assure avoir vu sur le téléphone de son dealer des messages provenant de responsables politiques. « Beaucoup de responsables politiques consomment la nuit ce qu’ils condamnent le jour », affirme-t-il. Selon son récit, Raphaël ne pénétrait pas nécessairement dans les ministères : il retrouvait dans les rues voisines des collaborateurs parlementaires ou des directeurs de cabinet.
Macé Dubois évoque même une soirée très particulière : celle de la dissolution de l’Assemblée nationale, le 9 juin 2024. D’après ce que lui aurait raconté son dealer, certains ministres auraient alors organisé des soirées avec « beaucoup de cocaïne ».
Les noms ? Ils ne figurent pas publiquement dans l’enquête. Voilà qui évite, pour l’instant, les lendemains difficiles à quelques carrières.
Une « omerta » dans le milieu politico-journalistique
Le journaliste va plus loin. Il parle d’une véritable « omerta » : « Beaucoup de journalistes savent des choses, mais ne les divulguent pas. »
Il assure également avoir recoupé certaines informations auprès de sources extérieures à Raphaël. Son constat est sévère : selon lui, il existerait un « rapport quasi pathologique entre le pouvoir, la drogue, l’argent, le sexe ».
Ces affirmations arrivent dans un paysage où plusieurs affaires sont déjà sorties du huis clos.
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En février 2025, Le Média en 4-4-2 revenait ainsi sur plusieurs témoignages recueillis autour de l’Assemblée nationale. Un collaborateur parlementaire racontait avoir vu un député consommer de la cocaïne dans les toilettes du Palais-Bourbon lors d’une séance nocturne. Un autre expliquait : « La coke vous aide à oublier les côtés sombres. »
Il y avait déjà eu l’affaire Andy Kerbrat. En octobre 2024, le député LFI avait été interpellé à Paris lors de l’achat de 3-MMC. Il avait reconnu les faits. Avant lui, le député Renaissance Emmanuel Pellerin avait admis avoir consommé de la cocaïne et s’était mis en retrait de son groupe parlementaire en janvier 2023.
De l’Assemblée à Matignon
Même Matignon avait eu droit à son épisode. En novembre 2024, un majordome travaillant à Matignon avait été interpellé avec 50 grammes de cocaïne. Karine Dubernet avait alors trouvé la formule : « Matignon, c’est notre Maison Blanche à nous ! »
Puis, en juin 2026, Matthieu Delormeau affirmait à son tour que des policiers, des membres de la BAC et des hommes politiques avaient consommé des stupéfiants chez lui.
Cette fois, Matignon a fini par sortir les tests salivaires
En juin 2026, Sébastien Lecornu a ordonné des « dépistages inopinés et obligatoires » pour les ministres, membres de cabinets et certains hauts fonctionnaires. La circulaire invoquait notamment le risque qu’une consommation de stupéfiants rende un responsable vulnérable aux réseaux criminels, aux groupes de pression ou aux opérations d’ingérence.
Et les résultats ? Inutile de rafraîchir la page de Matignon.
Le gouvernement a annoncé quelques jours plus tard qu’ils ne seraient pas rendus publics, ni les chiffres ni les éventuels noms. Même un test positif restera donc confidentiel, la personne concernée étant simplement censée quitter ses fonctions. L’entourage de Lecornu a justifié ce choix en expliquant que le gouvernement n’était « pas un tribunal ».
Autrement dit : dépistages obligatoires, communication facultative. Pour l’« exemplarité » affichée au lancement de l’opération, le citoyen devra se contenter de croire sur parole ceux qui se contrôlent eux-mêmes.
Voilà peut-être le passage le plus savoureux de toute l’histoire. L’État considère la consommation de drogue au sommet suffisamment sérieuse pour organiser des dépistages, mais pas suffisamment pour communiquer leurs résultats.
Profession dealer n’apporte pas la liste des consommateurs que beaucoup aimeraient lire. Mais le livre décrit l’autre extrémité du narcotrafic : après le vendeur de rue et le livreur, il reste le client. Et parfois, selon Macé Dubois, celui-ci travaille à quelques mètres du Conseil des ministres.
par Yoann
Source : Le Média en 4-4-2
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