Agnès Buzyn accuse une députée de « relents d’antisémitisme » sur Twitter : surprise, aucune trace !

L’ex-ministre de la Santé Agnès Buzyn a accusé une députée LFI, le 26 mars 2026, de l’« attaquer depuis des années sur Twitter avec des relents d’anti-sémitisme. » Vérification faite, cette députée n’a jamais parlé de Buzyn en 8 ans d’activité sur X. Position victimaire habituelle ???
I. Le contexte de l’incident du 26 mars 2026
L’incident s’est produit le jeudi 26 mars 2026, lors d’une audition de la commission d’enquête parlementaire sur la neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public :
https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/organes/autres-commissions/commissions-enquete/ce-audiovisuel-public
Cette commission de l’Assemblée nationale a été créée le 28 octobre 2025 à l’initiative du groupe Union des droites pour la République (UDR) ; elle est composée de trente député·e·s issu·e·s de tous les groupes politiques de l’Assemblée et d’un député non inscrit. Elle vise à vérifier l’objectivité et la traçabilité de l’ensemble des processus de décision dans l’audiovisuel public, que ce soit pour les thèmes des programmes, l’attribution de contrats, les ressources humaines, l’utilisation des budgets ; elle recherche aussi de possibles collusions ou conflits d’intérêts avec des groupes de pression ou politiques.
Dans l’après-midi du 26 mars 2026 s’est tenue une table ronde sur le thème de l’information scientifique avec François de Rugy, ancien ministre de la transition écologique, François-Marie Bréon, physicien, président de l’AFIS (association française pour l’information scientifique), Eva Morel, secrétaire générale de l’AFIS, Jean Sauvignon, directeur Data de l’association QuotaClimat et Agnès Buzyn, ancienne ministre de la Santé et fondatrice du groupe de réflexion Évidences. A. Buzyn était accompagnée de sa déléguée générale Mélanie Heard.

Il faut rappeler qu’A. Buzyn, après avoir été remplacée par le Sinistre Véran au ministère de la Santé le 17 février 2020, s’est plantée à la campagne des municipales à Paris, puis a été nommée en 2021 »envoyée du directeur général » pour les affaires multilatérales à l’Organisation mondiale de la santé (OMS), puis a été nommée en septembre 2022 conseillère maître en service extraordinaire à la Cour des comptes. Et comme son »service extraordinaire » doit lui laisser beaucoup de temps libre, elle a créé le 11 mars 2025 ce groupe de réflexion Évidences, qui veut défendre « la valeur politique de l’activité scientifique dans la société. Devinez qui l’on trouve dans les partenaires : la Fondation Bill Gates of course !
Dernier rappel : le mari d’Agnès Buzyn depuis 1997, Yves Lévy a été PDG de l’INSERM de 2014 à 2018, ce qui avait suscité des interrogations sur un éventuel conflit d’intérêts. Le 23 février 2017, Yves Lévy accompagnait le Premier ministre français lors de l’inauguration à Wuhan du premier laboratoire de haute sécurité biologique P4 en Chine (https://www.lecanardrépublicain.net/spip.php?breve495).
Ce laboratoire était de conception française et possédait de nombreux équipements de confinement biologique de pointe français et européens. Enfin, Yves Lévy était un des ennemis jurés du Pr. Didier Raoult, directeur de l’IHU Méditerranée à Marseille.
II. La question d’Ersilia Soudais le 26 mars 2026

Lorsqu’Agnès Buzyn prend la parole, elle se pose en guérisseuse de la « fragilité » scientifique de la population française : « La diffusion d’informations scientifiques n’est pas un sujet technique, n’est pas un sujet éducatif ou culturel, c’est un enjeu démocratique central. Nous vivons en fait dans des sociétés façonnées par la science et la technologie et pourtant nous avons un problème de culture scientifique dans notre société. La culture scientifique moyenne est assez limitée et ce décalage fragilise la capacité des citoyens à se prononcer de manière éclairée sur des enjeux majeurs ».
La députée LFI Ersilia Soudais n’y va pas par quatre chemins – mais malheureusement ses allégations ne sont pas précises : « Je me demande pourquoi avoir invité trois personnes qui ont plutôt tendance à raconter n’importe quoi. […] Mme Buzyn, vous êtes donc à la tête d’un think tank Évidences qui serait à même de lutter contre les fake news, pourtant vous êtes celle qui avez raconté absolument n’importe quoi pendant la période Covid. Pendant une commission sénatoriale, vous avez également menti sur la question du traitement des données de santé et de l’appel d’offres qui manifestement n’avait pas été donné. […] Ma question va surtout être orientée vers Mme Buzyn et M. de Rugy. Dans la mesure où vous avez été en contact avec de nombreux lobbys au temps où vous étiez ministres, M. de Rugy et Mme Buzyn, avez-vous été influencés, voire payés, par ces derniers pour répandre ces fausses informations et pour favoriser certaines entreprises telles que Microsoft ? »
Mme Soudais fait d’abord allusion à l’attribution à Microsoft Azure, en 2019, de la plateforme de données de santé qui devait contenir à terme une copie de toutes les données de l’Assurance maladie sur les Français·e·s. Le choix de l’exécutif avait suscité colère et inquiétude chez les acteurs français du secteur, et les défenseurs des libertés publiques, inquiets du risque d’ingérence des autorités américaines dans ces données. La CNIL avait systématiquement refusé le transfert global des données de l’Assurance Maladie vers cette plateforme, craignant des intrusions étrangères. Le gouvernement Lecornu a tout récemment décider de ne pas renouveler le contrat avec Microsift et de trouver un nouvel hébergeur pour la Plateforme de données de santé, parmi des opérateurs européens du label SecNumCloud.

Mme Soudais faisait aussi allusion à une autre audition d’Agnès Buzyn devant une autre commission d’enquête, en juin 2025. Il s’agissait d’une commission d’enquête du Sénat sur les coûts et les modalités effectifs de la commande publique.
Le 10 juin 2025, Agnès Buzyn avait dû s’expliquer sur le choix de Microsoft en 2019 pour héberger la plate-forme des données de santé de la population française, puisqu’elle était à la tête du ministère de la Santé à l’époque. L’ancienne ministre a prétendu qu’elle avait fait confiance à ses services qui lui disaient qu’il n’y avait « aucun [autre] acteur [qui] apportait la capacité de stockage ou les conditions de sécurité de Microsoft ». Elle a quand même reconnu : « je sentais bien que c’était un sujet compliqué et potentiellement polémique ». Et elle a remarqué que « quand on fait de la politique, et notamment quand on est ministre, moins on prend de décisions, moins on est attaqué. Je dois en être à ma 8e ou 9e commission d’enquête parlementaire, à force je me demande si je suis l’ennemie publique n°1 de cette nation ».
III. La réponse élusive d’Agnès Buzyn
La question d’Ersilia Soudais est donc un boulet de canon : « Dans la mesure où vous avez été en contact avec de nombreux lobbys au temps où vous étiez ministres, M. de Rugy et Mme Buzyn, avez-vous été influencés, voire payés, par ces derniers pour répandre ces fausses informations et pour favoriser certaines entreprises telles que Microsoft ? »
Et voici ce que répond Agnès Buzyn : « Je souhaite laisser à Mme Soudais ces propos outranciers auxquels je ne vais pas répondre évidemment, parce que c’est de l’ordre de la diffamation. Cela fait très longtemps que je me pose la question de porter plainte contre Mme Soudais, qui m’attaque depuis des années sur Twitter avec des relents d’antisémitisme… Donc ça ne m’étonne pas, venant de vous, que les questions soient exactement sur ce thème de discrédit de la parole publique. J’ai travaillé toute ma vie pour le service public, je n’ai jamais touché d’argent du moindre lobby, c’est absolument diffamatoire, Madame, et je vous demande d’arrêter ces propos, que ce soit ici en commission ou que ce soit sur les réseaux sociaux. Vous arrêtez de… de… de diffamer. Voilà. »
Comme le fait remarquer Le Libre Penseur, « Buzyn esquive le fond et riposte sur le plan personnel. Ainsi, cette accusation nominative semble servir de diversion. Elle transforme une interrogation politique légitime en affaire morale explosive. Ce scandale pose un problème démocratique majeur. Utiliser à tort l’antisémitisme pour esquiver le débat interroge sur la sincérité du discours public. Cette stratégie est très souvent utilisée par la racaille au pouvoir afin de discréditer l’adversaire politique qui pose des questions légitimes. »
De plus, Agnès Buzyn semble utiliser à tort et à travers le délit de diffamation : diffamer une personne, c’est lui imputer un fait précis qui porte atteinte à son honneur et à sa réputation. La question de la députée n’était pas du tout l’affirmation qu’A. Buzyn aurait touché un pot-de-vin de Microsoft pour décider de lui confier en 2019 la plate-forme des données de santé : c’était une question, certes provocante et légèrement maladroite, sur une éventuelle vénalité d’une ancienne ministre qui est forcément en contact avec des groupes de pression pharmaceutiques ou informatiques.
La véritable accusation, à la forme affirmative, c’est A. Buzyn qui la profère : est-il oui ou non exact que la députée Ersilia Soudais aurait depuis des années pris l’ex-ministre pour cible sur Twitter avec « des relents d’antisémitisme » ??? Si c’est vrai, pourquoi Buzyn a-t-elle attendu si longtemps avant de le dénoncer ? Et si c’est faux, c’est elle qui ment pour ne pas répondre sur le fond et utilise encore la posture victimaire pour se faire plaindre.

IV. Mme Buzyn remise à sa place le 23 septembre 2020
Agnès Buzyn avait dû s’expliquer en septembre 2020 sur sa »gestion » de la prétendue pandémie Covid-19, devant une commission d’enquête sénatoriale qui voulait évaluer les politiques publiques face aux pandémies.
https://www.senat.fr/compte-rendu-commissions/20200921/covid.html#toc10
Le mercredi 23 septembre 2020, elle était interrogée par Catherine Deroche, médecin, sénatrice LR du Maine-et-Loire et présidente de la commission des Affaires sociales du Sénat. Mme Deroche lui a rappelé qu’en janvier-février 2020, les décisions prises par A. Buzyn en tant que ministre de la Santé étaient basées sur ses connaissances à l’époque ; et elle lui a posé cette question : « Sur quelles données scientifiques vous étiez-vous appuyée pour annoncer le 24 janvier à la population, à la sortie du conseil des ministres, que le risque d’importation du virus était « pratiquement nul » et son risque de propagation « très faible » ? »
Agnès Buzyn a répondu sur la défensive, en affirmant n’avoir pas minimisé le risque de propagation du virus hors de Chine : « Je voudrais vous laisser juger non pas de mes paroles, mais de mes actes. C’est ce que l’on demande, après tout, à un responsable politique. […] Les demandes que je fais montrent que je ne minimise en rien le risque. »
Et Mme Deroche a répliqué : « Concernant ma première question, vous dites que je vous accuse d’avoir minimisé. Je voulais simplement savoir sur quelles données vous vous fondiez pour tenir vos propos, et vous y avez répondu. Je ne voudrais pas, parce que je vous pose des questions, être taxée d’« antisémitisme », madame. »
Ce qui a provoqué un « Bravo » de la sénatrice de Paris Marie-Pierre de la Gontrie…

Auteure : Jocelyne Chassard
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