BLEU (la suite 9)

Par Pascal et Tristan Aulagner

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Les contrôles routiers, nécessaires pour assurer la sécurité sur nos routes, représentent un danger réel pour les policiers. Chaque arrêt de véhicule implique une interaction directe avec des conducteurs dans des situations parfois tendues. Les agents de police doivent faire face à un risque potentiel d’agression, de confrontation verbale, voire physique, ainsi qu’à des situations de circulation dangereuses. Les contrôles routiers sont l’une des tâches les plus risquées et exigeantes de leur travail quotidien.

Jeudi : 23h35.

— Je te ferai remarquer que j’en suis déjà à mon douzième contrôle, dit Laurent. Gaëlle ricana. — Peut-être, mais tu ne t’es pas encore fait cracher dessus, toi.

— Exact, parce que j’ai du tact, moi.

— Tellement que tu en es à trois menaces de mort.

— Fais gaffe, le prochain arrive.

Une moto venait d’apparaître tout au bout de la route. Elle ralentit à la vue des policiers.

— Ne me regarde pas comme ça, dit Gaëlle en riant. C’est ton tour ! Laurent alluma sa lampe de poche en maugréant, s’avança un peu sur la route, puis fit signe à la moto. Celle-ci ralentit encore mais, bien avant d’arriver au niveau du barrage, le motard effectua un demi-tour serré et fila à toute vitesse, renversant un cycliste.

— Je les appelle ou je passe sur les ondes ? s’enquit Laurent en courant vers sa collègue.

— Va voir le vélo ! Elle lui arracha la radio des mains avant qu’il ne reparte.

— Bravo de Alpha.

Claire, au volant du véhicule Bravo, sourit à Jacques lorsqu’il saisit la radio sur le tableau de bord.

— J’écoute.

— Un motard vient vers vous. Il a fait demi-tour comme un dingue en nous voyant et a renversé un cycliste. Plaque d’immatriculation réfléchissante.

— Reçu ! On l’attend.

Les doigts de Claire pianotaient sur le volant. Depuis plus d’une heure, elle et Jacques attendaient les refus d’obtempérer, tapis dans l’ombre à quelques rues du contrôle d’alcoolémie mis en place par l’Alpha. Jusqu’à maintenant, tout s’était bien passé.

— Le voilà ! Je l’entends ! cria Jacques par-dessus le vacarme.

— Je pense que toute la ville l’entend ! La moto accéléra en les dépassant ; la plaque était effectivement illisible, et ils eurent tout juste le temps d’entendre le jeune conducteur crier :

— Femme au volant, mort au tournant !

Jacques lança un regard en biais à sa collègue, mais celle-ci resta de marbre en s’élançant à la suite de la moto. Elle mit le bleu et le deux-tons, mais cela ne dissuada pas la moto, qui exécuta un wheeling en retour. Dans ce quartier reculé, la route était relativement droite et lisse, mais ils se dirigeaient vers le centre-ville, et la circulation se faisait déjà de plus en plus dense. Jacques fronça les sourcils.

— Euh… C’est moi ou il ralentit ?

— Il ralentit. Pour me narguer.

Claire arriva au niveau de la moto et maintint son allure tandis que Jacques se penchait par la fenêtre.

— Arrête-toi bordel ! cria-t-il. Tu vas te tuer pour rien !

— Sur la vie de ma mère que vous avez rien d’autre à foutre ! Sur ce, il bondit en avant dans un rugissement de moteur. Guère impressionnée, Claire le rattrapa. Toutefois, elle n’avait aucun moyen de le forcer à s’arrêter. Totalement impuissants, les policiers le suivirent donc encore un long moment sur une avenue déserte, mais les lueurs du centre-ville scintillaient au loin, et les silhouettes des immeubles se dessinaient déjà sur le fond bleuté de la nuit. Jacques posa une main sur le bras de Claire.

— Ça va être bondé en ville à cette heure. Il va tuer quelqu’un s’il continue comme ça, et il ne s’arrêtera pas si on est derrière lui. Elle ne répondit pas tout de suite, mais une ombre résignée traversa son regard.

— Tu as raison, finit-elle par admettre.

Elle leva le pied et la moto disparut entre les immeubles, non sans un dernier wheeling victorieux. Cependant, bien qu’ils ne puissent plus le voir, le bruit assourdissant du moteur débridé leur indiquait la route à suivre. Jacques réalisa soudain que le deux-tons était toujours enclenché ; près de la moto, il ne l’avait plus entendu. Il le coupa. Claire ne parlait plus, mais Jacques la connaissait assez pour savoir qu’elle bouillonnait de rage à l’idée de laisser partir ce petit con. Tous deux étaient conscients du danger ; ils avaient ramassé assez de cadavres sur la route pour avoir ce genre d’individu en horreur. Jacques revit en pensée le motard qu’il avait surveillé, en début de carrière, tandis que ses collègues ramassaient les morceaux de la vieille femme qui avait traversé la route au mauvais moment. Il se souvint de ses yeux, aussi morts et vides que ceux de sa victime, quand la réalité de la situation s’était abattue sur lui. Cet homme n’avait probablement jamais plus conduit dangereusement, mais à quel prix ? Il se secoua et reporta son attention sur le motard actuel. Mais, hélas, il n’y avait rien à faire. Ils ne pouvaient que le suivre à distance, et prier.

— Bravo de TN, dit la radio. Stoppez la chasse.

— Reçu TN. On le suit tranquillement de loin, au son.

Cette étrange poursuite dura ce qui sembla une éternité aux policiers. De temps en temps, lorsque se présentait une opportunité, ils bifurquaient pour se positionner là où ils pensaient pouvoir bloquer la moto. En vain. Étant le seul équipage en ville, ils n’avaient aucun moyen de le coincer. Soudain, un choc brutal retentit d’entre les immeubles. Un bruit sourd, puis un raclement strident suivi d’une explosion de ferraille. Ensuite, le silence. Les policiers échangèrent un regard lourd d’appréhension et Jacques porta la radio à ses lèvres.

— TN de Bravo.

— Parlez.

— On a besoin des pompiers pour un accident de la route. Au moins un blessé.

À suivre…

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