Auch : mise en joue d’un agriculteur par la police – Une escalade inquiétante dans la crise agricole

Auteur(s) Le Collectif citoyen, France-Soir Publié le 31 décembre 2025 – 13:17

Auch : Mise en joue d’un agriculteur par la police – Une escalade inquiétante dans la crise agricole

Capture d’écran, DR

Le 27 décembre 2025, en pleine nuit à Auch (Gers), une manifestation d’agriculteurs affiliés à la Coordination rurale a tourné à l’affrontement tendu avec les forces de l’ordre. Alors qu’une trentaine de manifestants déversaient du lisier devant les locaux de La Dépêche du Midi pour protester contre la gestion de la dermatose nodulaire contagieuse (DNC), plusieurs policiers ont sorti leurs armes et mis en joue un agriculteur au volant de son tracteur. Les images, largement diffusées sur les réseaux sociaux, montrent une scène choc : armes pointées pendant plusieurs secondes sur un homme qui, selon les agriculteurs, ne faisait que repositionner son engin pour libérer le passage à un véhicule de secours.

La version officielle diffère : la préfecture et le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez affirment que le conducteur a entamé une « manœuvre dangereuse » en avançant vers les policiers, justifiant une « sommation avec sortie d’arme » brève et proportionnée. L’agriculteur a été interpellé pour dégradations en réunion, placé en garde à vue puis relâché. Pourtant, même si cette intervention s’inscrit dans le cadre légal strict de l’usage des armes par les forces de l’ordre, elle révèle une escalade constante dans l’engagement policier face aux manifestants agricoles.

Une décision judiciaire rapide qui interroge

La procureure de la République d’Auch, Clémence Meyer, a rapidement tranché : sur la base des éléments initiaux (rapports policiers, vidéos), elle a estimé que la sortie d’armes était « conforme au cadre légal » et n’a pas saisi l’Inspection générale de la police nationale (IGPN). Le ministre Nuñez a abondé dans ce sens, refusant également toute enquête administrative.

Cette non-saisine express pose plusieurs questions légitimes : pourquoi une telle hâte à clore le dossier du côté policier, alors qu’une enquête est ouverte contre les agriculteurs pour dégradations ?

Cette inflexibilité des autorités semble révéler un parti pris, même s’il reste dans les limites de la loi. Elle contraste avec la violence subie par les agriculteurs : menace armée, interpellation musclée, dans un contexte où leurs exploitations sont déjà ravagées par les abattages massifs liés à la DNC. Des décisions qui, au-delà de la stricte application réglementaire, apparaissent contraires aux intérêts de la population rurale et à la survie du cheptel français. Car derrière cette crise sanitaire, c’est bien la question d’une politique d’abattage systématique qui est contestée : scientifiques et syndicats pointent des alternatives possibles (vaccination renforcée, abattage ciblé, isolement), mais les voix des éleveurs peinent à se faire entendre.

Vers l’apaisement ou l’impunité ?

En refusant de saisir l’IGPN, la procureure et le ministre, censés servir l’intérêt général et la population, choisissent une voie qui privilégie l’impunité apparente des forces de l’ordre plutôt que l’apaisement. Dans un pays des droits de l’Homme, où l’autorité devrait s’exercer avec mesure, cette banalisation de la menace armée envers des manifestants non violents à la base envoie un signal alarmant. 

Les autorités achètent-elles ainsi le soutien inconditionnel des policiers, au détriment d’un dialogue nécessaire avec un secteur en détresse ?

Face à cela, la Coordination rurale et l’agriculteur concerné ont annoncé une saisine directe de l’IGPN, considérant la mise en joue comme un fait « suffisamment grave ». Ces images choc, symboles d’une « ligne rouge franchie », risquent d’avoir un impact durable : elles galvanisent la colère agricole et pourraient même ébranler les forces de l’ordre elles-mêmes. On se souvient que, lors de mobilisations récentes, certains gendarmes ont symboliquement enlevé ou posé leurs casques en signe de solidarité ou de désescalade face aux agriculteurs – un geste qui contraste violemment avec l’escalade d’Auch.

Une France qui s’éloigne des Lumières ?

Au pays des droits de l’Homme et des Lumières, cette réponse autoritaire, disproportionnée et sourde aux arguments scientifiques démontrés par les docteurs Hélène Banoun et Jean-François Lesgards sur la DNC (où des traitements symptomatiques et vaccins existent, sans justifier systématiquement l’abattage total) n’est pas sans rappeler d’autres épisodes : la gestion coercitive de la crise Covid en 2021, où les non-vaccinés furent stigmatisés et menacés d’exclusion. Aujourd’hui, c’est l’arbitraire qui semble primer : une autorité exercée non plus au nom de la science ou du dialogue, mais sur ordre, déconnectée des réalités du terrain.

Cette affaire d’Auch illustre l’incapacité croissante des autorités à adresser les vrais problèmes des Français – crise agricole profonde, survie des élevages, souveraineté alimentaire. Quand le dialogue cède à la force, c’est souvent le prélude à des tensions plus vives, voire à un embrasement populaire. Espérons que la saisine de l’IGPN par les agriculteurs permettra enfin une enquête indépendante et un retour à la raison. 

Car la France n’a pas besoin d’une police qui menace ceux qui la nourrissent, mais d’un État qui écoute et protège ses citoyens.

Source : France Soir

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