Affaire Benalla. Trois armes à feu trouvées au siège de La République en Marche

FRANCE-POLITICS-PARTYChristophe Castaner, le délégué général de la République en marche, a démenti l’existence « d’armes non déclarées » au siège de son parti. | ALAIN JOCARD / AFP

Vincent Crase, l’acolyte d’Alexandre Benalla lors des événements du 1er mai, l’a avoué : il portait une arme durant la manifestation. Une arme qui appartenait au parti qui l’employait, La République en Marche. Deux autres pistolets ont été découverts par les enquêteurs au siège du parti. L’autorisation de ces armes fait débat.

La majorité présidentielle espérait faire du rejet des motions de censure, ce mardi, le point final à l’affaire Benalla. Mais depuis, les révélations continuent, et l’enquête judiciaire a pris le relais des enquêtes parlementaires. Les propos tenus par les différents suspects durant leur garde à vue ont fuité dans la presse, et avec eux, des informations compromettantes.

Vincent Crase, l’autre principal mis en cause dans l’affaire Benalla, n’a pas fait exception à la règle. Durant sa garde à vue, il était particulièrement attendu sur la question d’un éventuel port d’arme, puisqu’il apparaissait sur les vidéos de la place de la Contrescarpe en possession d’un pistolet, alors qu’il n’en avait pas l’autorisation. Une information confirmée par l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) dans son rapport, rendu le 26 juillet.

M. Crase portait une arme appartenant à LREM

Durant sa garde à vue, le gendarme réserviste a changé plusieurs fois de versions. Il a d’abord affirmé qu’il n’était pas, lors du 1er-Mai, en possession de son arme, puisqu’elle était dans un coffre de l’Élysée auquel il n’avait pas accès. Ensuite, rapporte Le Monde, il a concédé « qu’il ne lui paraissait pas anormal » de porter une arme durant cette manifestation – alors qu’il n’était qu’invité, de manière tout à fait informelle, par Alexandre Benalla, qui était lui-même censé être un simple « observateur ».

Puis, le lendemain, il avoue. Vincent Crase portait bien un pistolet durant cette journée. Une arme « qui n’est pas à mon nom, explique-t-il, elle appartient à LREM, elle est réservée pour la défense du site LREM ».

Premier problème : le gendarme réserviste ne disposait d’aucun port d’arme – d’où le chef d’inculpation de « port prohibé d’arme de catégorie B » retenu contre lui. Deuxième problème : cette arme n’était pas déclarée auprès des autorités, selon Le Monde. Troisième problème : deux autres pistolets ont été retrouvés au siège du parti par les enquêteurs.

Christophe Castaner n’a pas évoqué ces armes devant les sénateurs

Contacté par L’Obs, Christophe Castaner, le délégué général de La République en Marche, a fermement démenti les informations du journal du soir selon lesquelles les armes n’étaient pas déclarées, et qu’elles avaient été découvertes lors d’une perquisition. « À ma connaissance, aucune ‘arme non déclarée’ ne se trouve dans les locaux d’En Marche !. Il n’y a d’ailleurs pas eu de perquisition, mais un déplacement de la police judiciaire dans le cadre de l’enquête. Et il n’y a eu aucune saisie dans ce cadre. »

L’Obs confirme la version du délégué général, affirmant que selon ses informations, les armes avaient été déclarées par LREM à la préfecture de police. Toutefois, elles étaient affectées à la protection du siège du parti. Vincent Crase n’avait donc aucune raison, et aucun droit, de porter une de ces armes le 1er mai.

S’il est aujourd’hui impossible de savoir si ces armes ont été déclarées dans les règles ou non, il est en revanche certain que Christophe Castaner ne les a jamais évoquées, lors de son passage devant la commission d’enquête du Sénat.

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Certes, aucune question portant directement sur ce sujet, ne lui avait été posée. Mais en tant qu’employeur de Vincent Crase, il avait été amené à s’exprimer sur son rôle auprès du parti présidentiel. Il avait alors expliqué que M. Crase était « responsable adjoint sûreté et sécurité du parti », et qu’à ce titre, il s’occupait « de l’accueil et de la sécurité du siège de La République en Marche ».

Il avait même précisé, en parlant des événements de la place de la Contrescarpe, que « Vincent Crase n’avait pas de port d’arme, selon [ses] informations ». Sans préciser si, comme le voudraient logiquement ses attributions, le gendarme réserviste pouvait porter une arme lorsqu’il était au siège du parti.

Dérive individuelle ?

La thèse de la « dérive individuelle » a encore les préférences du camp présidentiel, qui maintient que « l’affaire Benalla » n’est pas une « affaire Benalla-Macron », comme l’ont renommée les oppositions. Tout juste, il s’agirait d’une « affaire Benalla-Crase », le second ayant démontré un attrait excessif pour les armes, quitte à se jouer des règles.

Le Monde rapporte ainsi ses propos, sans complexe, à propos de l’arme qu’il portait sans autorisation : « J’ai toujours une arme sur moi, c’est une habitude de travail et de sécurité ». Plusieurs médias affirment par ailleurs que l’employé de LREM possédait un fusil, sans permis, à son domicile.

Reste pourtant une question en suspens. La hiérarchie du parti présidentiel, amenée à prendre place dans les différents cabinets du gouvernement d’Emmanuel Macron, avait-elle connaissance de ces excès ? Déjà, durant la campagne, Vincent Crase, alors en charge de la sécurité du mouvement, s’était fait remarquer en demandant au service commercial une étrange liste de courses : 2 pistolets, 2 holsters correspondant à ces pistolets, une cinquantaine de munitions, des sprays paralysants, un flashball et divers équipements de protection.

Jean-Marie Girier, aujourd’hui chef de cabinet de Gérard Collomb et à ce moment-là directeur de campagne d’Emmanuel Macron, avait répondu lui-même à cette demande : « C’est juste hors de question ».

En copie de ces mails figurait, déjà, un certain Alexandre Benalla.

Source : Ouest-France

Note de la rédaction de Profession-Gendarme : un article de Ouest-France en date du 02/08/2018 mais qui aujourd’hui prend toute sa valeur.

 

 

 

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