À quand la désobéissance civile  ?

Auteur(s) Xavier Azalbert, France-Soir Publié le 31 août 2026 – 08:15

À quand la désobéissance civile ?

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L’État demande l’obéissance. Il la justifie par l’ordre, la science, l’urgence. Sur le terrain, beaucoup de Français n’y voient plus que l’inverse : des règles qui protègent l’appareil, pas ceux qui tiennent le pays à bout de bras — PME, artisans, agriculteurs, salariés modestes, retraités.

Ce n’est pas une révélation. C’est le bilan d’un quinquennat qui s’achève, et d’une Ve République où presque tout passe par une élection, tous les cinq ans.

Un été pour le comprendre

En juillet 2026, la Gironde a brûlé comme rarement la France n’avait brûlé. Des milliers d’hectares, des maisons perdues, des « orages de feu » que les pompiers décrivaient comme inédits ici. Des habitants du Porge ont ensuite fait face à la préfète, furieux, convaincus d’avoir été moins défendus qu’ailleurs.

Dans le même temps, des agriculteurs et des bénévoles venus avec de l’eau et des engins se sont heurtés à une consigne claire : pas d’initiative individuelle. Il fallait s’inscrire, attendre d’être requis. Certains ont été refoulés. La préfecture a raison sur un point : un convoi improvisé peut bloquer une piste, se faire encercler, obliger les pompiers à sauver les sauveteurs. La Chambre d’agriculture a d’ailleurs recensé des centaines d’exploitants ; plus d’une centaine ont réellement été employés.

Le scandale n’est donc pas « la police qui punit les gens de bon cœur pour l’exemple », formule commode et mal prouvée. Le scandale, c’est ceci : un État qui, le jour où le feu dépasse ses moyens, continue de traiter le citoyen comme un trouble à l’ordre public — tout en paraissant débordé. On exige la discipline. On ne rend pas compte de l’impréparation.

Au même moment, à Paris, le gouvernement prévient qu’un budget 2027 pourrait ne pas passer. Déficit autour de 5 %. Pas de majorité. Menace d’une loi spéciale. Les aides carburant se prolongent dans l’urgence. Qui paiera l’ajustement ? Toujours les mêmes catégories que l’on félicite le 14 juillet et que l’on serre le reste de l’année.

Macron fait sa dernière rentrée à l’Élysée. Il ne peut pas se représenter. La campagne est déjà là. Les sondages le disent isolé. Cela n’efface pas neuf ans de décisions. Cela n’absout personne. Cela change la question : ce n’est plus « comment le faire partir demain », c’est « comment empêcher que le verrou reste le même en 2027 ».

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Le verrou n’est pas mystérieux

Il a un nom : cinq cents parrainages d’élus pour exister à la présidentielle. Sans eux, pas d’affiche, pas de débat, pas de bulletin. Avec eux, on entre dans le jeu télévisé.

Ce filtre n’est pas une « cabale à 100 % » dont on pourrait dresser la liste à l’avance. C’est plus banal, et plus solide : les élus qui signent savent ce qu’ils risquent localement. Les partis installés collectionnent les mairies. Les outsiders mendient. De temps en temps on invite un candidat improbable, pour la couleur. Cela ne prouve pas que le peuple choisit. Cela prouve que le plateau est dressé avant le vote.

Le référendum de 2005 et le traité de Lisbonne, voté ensuite par le Parlement, restent la démonstration la plus nette du grief : une fois l’élection passée, le « représentant » peut contrarier le « représenté » sans que celui-ci ait de prise immédiate. Ajouter « représentative » à « démocratie » ne crée pas automatiquement une dictature. Cela crée une irresponsabilité périodique. C’est déjà assez grave pour n’avoir pas besoin d’inventer un complot unique depuis 2007.

Les forces de l’ordre exécutent. Parfois trop vite, parfois trop fort, parfois contre des cortèges non-violents. Il faut le dire, le filmer, le juger dossier par dossier. En faire une milice sadique unanime est une autre facilité : elle empêche de parler aux policiers et aux pompiers qui, eux aussi, viennent du pays qu’on prétend défendre.

Cesser d’obéir n’est pas crier à la guerre

Quand un président dit « nous sommes en guerre », il faut demander qui est le « nous » et contre quoi. Une formule de communication n’est pas un plan secret de destruction de la nation. Elle peut être, plus simplement, une façon de réclamer le silence.

La désobéissance civile n’est pas la révolution armée. Elle n’est pas « la tête » de quiconque. Elle est publique, non violente, ciblée, et elle assume la sanction. Dès qu’on glisse vers la vendetta, on offre à l’État exactement ce qu’il attend : le droit de tout réprimer au nom de l’ordre.

Que faut-il, concrètement, plutôt qu’un « à quand » sans lendemain ?

  1. Sur les feux : s’inscrire dans les dispositifs d’aide, puis publier, commune par commune, ce qui a été accepté et ce qui a été refusé. La preuve vaut mieux que la rumeur.
  2. Sur 2027 : cartographier les parrainages, les délais, les pressions. Nommer les élus qui signent et ceux qui refusent. Le filtre cesse d’être magique dès qu’il est visible.
  3. Sur le budget : exiger que l’effort soit chiffré par catégorie — pas un slogan sur « les ultra-riches » ou « les assistés », un tableau. Les chambres d’agriculture, les organisations artisanales, les maires ont encore une voix. S’en servir.
  4. Sur la norme quotidienne : refuser collectivement, par métier, une formalité absurde — un formulaire, un contrôle, une interdiction locale — et le faire savoir avant l’acte, avec le risque dit.
  5. Sur l’information : une accusation = une source, une date, un document. Le reste est de la colère. La colère est légitime. Elle ne tient pas toute seule.

On nous a souvent appris à répéter. On nous a moins appris à vérifier. Les deux erreurs se valent : croire l’État sur parole, et croire n’importe quelle contre-histoire dès qu’elle flatte notre rage.

Le peuple n’est ni impuissant ni complice par nature. Il est dispersé. La désobéissance ne commence pas le jour où « tout le monde » descend. Elle commence le jour où assez de gens font la même chose, au même endroit, pour une règle précise, sans se mentir sur les faits.

Alors : à quand ?
Dès qu’on cesse d’attendre un sauveur à l’élection suivante — et dès qu’on cesse, surtout, d’accuser le pays entier d’être occupé par un gang. L’occupation, s’il y en a une, est plus sèche : des procédures, des filtres, des budgets, et notre habitude d’y plier.

Source : France Soir

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