« Une entrave à la presse » : qu’est-ce que le bouclier stroboscopique, le nouveau dispositif de maintien de l’ordre contesté ?

Publié le 09/10 à 16h13

BFM E.R. avec AFP

Des boucliers lumineux sont utilisés par certains membres des forces de l’ordre pour tenir les manifestants à distance. Un dispositif expérimental critiqué par Reporters sans frontières et la Ligue des droits de l’Homme.

Des unités de forces de l’ordre mobilisées dans le cadre du mouvement lycéen utilisent des boucliers antiémeute stroboscopiques dont les lumières visent à tenir à distance les manifestants, un dispositif expérimental qui inquiète des défenseurs des libertés publiques et de la presse.

Lorsque des incidents ont éclaté lors des manifestations mardi 6 et jeudi 8 octobre à Paris, on a vu des forces de l’ordre équipées d’un bouclier orné d’une bande lumineuse envoyant des flashs verts ou blancs à une fréquence intense.

Le ministère de l’Intérieur a expliqué « mener une expérimentation de matériels éblouissants dans le cadre d’une prospection, comme possibles moyens de force intermédiaire s’inscrivant dans la gradation de la réponse en maintien de l’ordre ».

« Cette expérimentation s’inscrit dans une réflexion menée depuis 2023 de manière globale » au sein des forces de sécurité intérieure, a-t-on ajouté.

14 « ceintures blanches et vertes »

Ces boucliers équipés de lumières stroboscopiques complètent la panoplie d’armes de force intermédiaire à disposition pour le maintien de l’ordre, qui comprennent grenades lacrymogènes ou de désencerclement ou encore lanceurs de balles de défense.

Le dispositif est destiné aux forces de l’ordre intervenant à pied et « des prototypes ont été réalisés » après « des échanges avec des industriels », précise le ministère. « 14 ceintures blanches et vertes » conçues pour être installées sur les boucliers antiémeute habituellement utilisés, « ont été développées et distribuées à la gendarmerie nationale, la direction générale de la police nationale et la préfecture de police », ajoute la même source.

Selon le ministère, « la couleur verte est notamment plus efficace de jour ». « Cette expérimentation est en cours dans plusieurs services de la police et de la gendarmerie nationales », précise le ministère, sans détailler les unités destinataires, ni le coût de ce dispositif.

« Entrave à la presse »

L’usage de ces boucliers antiémeute stroboscopiques est critiqué car, selon ses détracteurs, journalistes et manifestants ne peuvent plus filmer efficacement l’action des forces de l’ordre et les flashs de lumière sont délétères pour la santé.

« Cette lumière provient de LED et n’est pas dangereuse pour l’être humain », assure l’Intérieur.

Sur X, Reporters Sans frontières (RSF) a dit s’inquiéter « de l’utilisation par les forces de l’ordre de boucliers lumineux, susceptibles d’empêcher les journalistes de produire des images exploitables ». « Le maintien de l’ordre ne doit pas s’exercer au mépris du droit d’informer », estime RSF.

La présidente de la Ligue des droits de l’Homme (LDH), Nathalie Tehio, a indiqué demander le retrait de ce dispositif en raison de « l’entrave à la presse et aux observations ». Elle pointe aussi des effets sur la santé, notamment pour les épileptiques.

« En journée ? ça donne tout de suite très mal à la tête, on peut quand même voir, de loin en tout cas », explique Nathalie Tehio, rapportant l’expérience de plusieurs observateurs de la LDH sur le terrain ces derniers jours.

« En revanche le soir, on ne voit plus rien et, en tout cas quand on filme, (sur) les images il n’y a plus que la lumière, on ne voit rien », souligne-t-elle, rappelant que « l’observation indépendante » est pourtant « protégée par le droit international ».

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L’eurodéputée Manon Aubry (LFI) a dénoncé sur X « une grave entrave à l’exercice de la liberté d’information » avec l’usage de ces « boucliers équipés de lumières stroboscopiques surpuissantes pour empêcher journalistes et citoyens de filmer (les) interventions » des policiers.

Source : BFMTV

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