Huit ans plus tard, la seconde mort d’Arnaud Beltrame

« … Et ce qui m’a aussi réchauffé le cœur, c’est que le procès a permis d’apprendre qu’il avait réussi à s’emparer de l’arme et à tirer sur le terroriste. »

Enregistrement audio de Nicole Beltrame


Huit ans se sont écoulés depuis les attentats de Carcassonne et Trèbes, où Arnaud Beltrame a trouvé la mort. Le procès des attentats s’est tenu il y a deux ans, en janvier-février 2024. Le PNAT (Parquet national antiterroriste) a fait appel, estimant les peines trop clémentes envers des membres de l’entourage du terroriste. Trois accusés sont concernés : Marine P. (l’ex-compagne de Lakdim, condamnée en première instance à 5 ans dont 2 avec sursis pour association de malfaiteurs terroriste), Samir M. (qui l’avait accompagné acheter le couteau, acquitté du chef terroriste mais condamné à 3 ans pour des délits connexes), et Baghdad Haddaoui (condamné à 3 ans dont 2 avec sursis pour non-dénonciation).

Le procès en appel a été reporté. Initialement programmé du 26 janvier au 20 février 2026, il a été repoussé et devrait finalement se tenir du 14 septembre au 9 octobre 2026, selon des informations parues dans la presse et non encore confirmées. Les raisons de ce report estimé à environ huit mois n’ont pas été publiquement exposées à ma connaissance, mais un tel report n’est pas anodin. La question qui affleure est la suivante : « Peut-on juger de la culpabilité d’accusés quand les faits ne sont pas établis ? ». En effet, les paroles de la mère d’Arnaud Beltrame, rapportées ci-dessus, sont loin de refléter la réalité de ce que le procès de 2024 a permis d’apprendre.

Il y a un an, j’ai publié sur Profession Gendarme une analyse des attentats de Carcassonne et Trèbes de mars 2018, et exposé une thèse qui peut être relue dans le volet dépliable ci-dessous. Voici aussi le lien de la plaidoirie de l’avocat de la famille Beltrame lors du procès de 2024 :

Plaidoirie de Me Thibault de Montbrial pour la famille Beltrame

▶  Qui a tué Arnaud Beltrame ? — Article complet d’Ultrak (cliquez pour déplier)
« Sa mémoire vivra. Son exemple demeurera. J’y veillerai. Je vous le promets.
Votre SACRIFICE, Arnaud BELTRAME, nous oblige. »

Emmanuel Macron aux Invalides devant le cercueil d'Arnaud Beltrame

Le 28 mars 2018, Emmanuel Macron rend un hommage appuyé au lieutenant-colonel Arnaud Beltrame, décédé quelques jours plus tôt à Trèbes. Il impose la notion de sacrifice, que la propre mère du défunt récuse, comme seule grille de compréhension de l’épilogue tragique de l’attentat contre le Super U de Trèbes. Le chef de l’état, isolé au milieu de la cour pavée des Invalides, penche sa silhouette noire au-dessus du cercueil drapé du drapeau bleu-blanc-rouge, et y pose les mains. Dans son cercueil, Arnaud Beltrame ne peut ni bouger ni parler. Son corps est inerte, sa mémoire ne lui appartient plus.

Sacrifier sa vie dans le seul but de préserver la vie d’un innocent n’est pas l’idéal du soldat. Les règles d’engagement de la Gendarmerie lors d’une prise d’otages visent à neutraliser l’adversaire, à faire cesser sa menace sur des vies innocentes, mais selon une gestion des risques calculée, appuyée sur l’expérience, et assumée collectivement. Le lieutenant-colonel Arnaud Beltrame, en prenant l’initiative personnelle de se livrer au terroriste, a dérogé à toutes ces règles. Il a de plus octroyé au terroriste une pièce maîtresse, et accru la difficulté de l’opération de neutralisation menée ensuite par le GIGN. Quelle pouvait être la vraie raison de son acte ?

Le meurtrier d’Arnaud Beltrame est connu. C’est Radouane Lakdim, habitant d’un quartier de Carcassonne. Quelle était la logique de son opération de terreur ? A-t-il agi de sa propre initiative ou a-t-il été manipulé ? Dans ce dernier cas, qui aurait pu utiliser un jeune homme de cité pour tuer Arnaud Beltrame et pourquoi ?

Sept ans après les attentats, un an après leur procès, un an avant un procès en appel prévu du 26 janvier au 20 février 2026, nous allons apporter un éclairage sur ces questions, et des réponses.

Le présent article présente ce qui ressort d’une enquête objective sur les attentats de Carcassonne et de Trèbes de mars 2018, basée sur des sources ouvertes. Il reprend pour partie les résultats d’une enquête sur les attentats de Carcassonne et Trèbes parue sur Profession Gendarme. Les sources utilisées dans cette enquête ne seront pas à nouveau citées. Les sources qui ont été ajoutées seront par contre indiquées par des liens insérés dans le texte.

Réserves : Cet article traite d’un sujet extrêmement sensible, car il évoque de possibles responsabilités des autorités de l’état. Sans prétendre à la vérité absolue, il complète les nombreuses lacunes des récits de presse, et présente avec rigueur une interprétation des faits qui n’a pas été envisagée dans le débat public jusqu’à ce jour. Il se veut avant tout une défense de la mémoire du colonel de gendarmerie Arnaud Beltrame, et une dénonciation du secret d’état qui entoure une affaire concernant l’ensemble des Français. Le secret est incompatible avec le libre exercice des libertés démocratiques, et laisse la porte ouverte aux pires manipulations d’opinion.

1 — Pourquoi Arnaud Beltrame se livre au terroriste

Voir Carcassonne et puis…

À compter du 1er août 2017, Arnaud Beltrame se voit muter à Carcassonne, en tant qu’officier adjoint de commandement du groupement de Gendarmerie de l’Aude. Le groupement est alors commandé par un officier un peu plus jeune que le lieutenant-colonel Arnaud Beltrame, le colonel Sébastien Gay.

Il est courant de lire que la mutation du lieutenant-colonel Arnaud Beltrame était motivée par le souci de se rapprocher de son épouse, Marielle Vanderbunder, vétérinaire à la réserve africaine de Sigean, à environ 75 kilomètres de Carcassonne. Les mutations d’un officier de gendarmerie ne répondent pas forcément à ses vœux, et sa carrière est peu compatible avec la stabilité géographique. Le couple a cependant acheté une maison à Ferrals-les-Corbières, à mi-chemin de leurs lieux de travail respectifs, semblant confirmer un souhait d’installation durable.

Au groupement de Gendarmerie de l’Aude, Arnaud Beltrame est plus spécifiquement chargé de la lutte contre le terrorisme, dans la continuité des fonctions qu’il semble avoir occupé entre 2014 et 2017. C’est cette charge qui définira plus particulièrement son domaine d’action au groupement, sachant que la polyvalence et l’adaptabilité sont requises d’un officier de gendarmerie, et qu’il ne saurait y avoir de cloisonnement strict. Pour comprendre ce que représente la charge de lutte contre le terrorisme dans l’Aude, et comment le lieutenant-colonel l’a interprétée, il convient d’apporter un éclairage préalable.

L’Aude est une région de France très rurale, avec comme villes principales Carcassonne et Narbonne. Carcassonne est connue pour sa Cité, visitée chaque jour de l’année par de nombreux touristes, et comme base de garnison du 3ème Régiment de Parachutistes d’Infanterie de Marine (3ème RPIMa). Conformément à la répartition des circonscriptions de sécurité publique de l’Aude, Carcassonne et Narbonne sont en zone police. La sécurité publique y est assurée principalement par la Police nationale, et non par la Gendarmerie. Si l’on peut imaginer un risque terroriste dans ces deux villes, le risque potentiel paraît minime dans les zones rurales et les petites communes gérées par la Gendarmerie, pour ne pas dire quasi-inexistant.

Compte tenu de ce contexte, un officier de gendarmerie chargé d’assurer la réponse adéquate de la Gendarmerie à des actions terroristes dans l’Aude aurait pu se contenter de vérifier et d’améliorer les procédures d’alerte, l’aptitude des pelotons de gendarmerie spécialisés dans la sécurité (PSIG) à intervenir à tout endroit dans un délai minimal, la bonne circulation des informations liées aux risques terroristes entre Police et Gendarmerie, des tâches relevant donc de l’organisation des services de gendarmerie et de leurs interfaces. Le lieutenant-colonel Arnaud Beltrame avait une conception plus exigeante du métier de gendarme.

La France ne sera pas Chicago

Lorsqu’il commandait la compagnie de gendarmerie départementale d’Avranches, en Normandie, de 2010 à 2014, le chef d’escadron Arnaud Beltrame avait illustré sa conception du métier par des initiatives concrètes. « Avranches ne sera pas Chicago ». Telle était la devise qui avait par exemple suscité l’opération « Printemps 2013 », qui s’était traduite par une quinzaine d’opérations coup de poing, avec force déploiement de gendarmes et de matériel dans la ville d’Avranches et à ses alentours.

Si l’on en juge par l’article de journal consacré à cette opération, le déploiement d’un tel dispositif dans une ville plutôt paisible avait surpris. Pour Arnaud Beltrame, l’opération était l’exact opposé d’une démonstration de force oppressive et intimidante envers la population. Il souhaitait au contraire afficher la présence forte et bienveillante de la Gendarmerie auprès de l’immense majorité d’entre elle, la protection qu’elle entendait lui assurer contre les éléments nuisibles, trafiquants ou délinquants qui venaient souvent d’ailleurs pour commettre des méfaits.

Pour Arnaud Beltrame, le métier de gendarme était indissociable du terrain et de l’action concrète, de la connaissance immédiate et palpable des réalités. C’est pourquoi, des années plus tard à Carcassonne, le lieutenant-colonel Arnaud Beltrame n’allait pas limiter son rôle, dans la réponse à des attaques terroristes, à un simple rôle d’organisation interne des services. Il allait y inclure une préparation de terrain, dans tout l’éventail possible des lieux et des situations spécifiques, par des simulations d’attentats dans les lieux potentiellement critiques.

Le volontarisme du lieutenant-colonel Arnaud Beltrame l’a ainsi conduit à envisager l’éventualité d’attentats terroristes dans de petites communes de l’Aude, là où personne ne pouvait imaginer qu’ils puissent un jour survenir. La pensée d’un possible attentat en ces lieux s’est-elle imprimée dans la réalité ? Ou un terroriste a-t-il eu connaissance d’une simulation en préparation et l’a-t-il anticipée volontairement ? La seconde proposition est plus conforme aux règles de causalité usuelles. La suite de l’article va la valider.

La Gendarmerie face au risque terroriste

En décembre 2017, la Gendarmerie de l’Aude organise un premier entraînement de terrain à Carcassonne, dans un lieu désaffecté, simulant un attentat dans un centre commercial. Le lieutenant-colonel Arnaud Beltrame et le colonel Sébastien Gay apparaissent tous deux dans le reportage télévisé tourné sur les lieux. Le colonel Sébastien Gay y déclare notamment :

« Dans les exercices à la fois en interne et en inter-services, et exercices majeurs, nous essayons de varier les sites, les localisations dans le département pour les questions de mobilisation des forces, sites ouverts, sites fermés, pour tenir compte de ce qui a déjà été fait bien entendu par l’ennemi. On a fait un bel inventaire de ce qui pourrait être fait dans le département, et on a une bonne idée des différents sites, je pense qu’on a un temps d’avance sur eux parce qu’on connaît quand même mieux notre terrain que l’ennemi. »

Dans une émission télévisée de 2019, la mère du colonel Beltrame, parlant de l’entraînement de simulation à une attaque dans un supermarché, révèle que son fils « en avait répertorié une autre pour début avril, parce qu’il y avait du travail effectivement qu’il devait accomplir ».

Le lieu de la simulation d’attentat prévue au début avril 2018, soit un peu plus d’une semaine après l’attentat du supermarché de Trèbes, n’a pas été divulgué publiquement. Il est impossible que le supermarché Super U de Trèbes n’ait pas été parmi les premiers sites identifiés dans l’inventaire réalisé par la Gendarmerie, et il est extrêmement probable qu’il ait été placé en première position. Les raisons en sont sa proximité de la ville de Carcassonne, et la personnalité de la directrice du Super U, Samia Menassi, épouse du maire de Trèbes, Éric Menassi, lui-même ami de Manuel Valls. L’ancien premier ministre Manuel Valls est en effet connu pour ses positions critiques sur les Musulmans, et pour ses liens affirmés avec l’état d’Israël.

Pour se préparer à répondre à un attentat en un lieu donné, la Gendarmerie doit étudier en détail sa topologie, ses accès, sa circulation interne, sa liaison avec les axes de circulation routiers ou les transports publics, l’origine et la nature des menaces potentielles, etc… Ces informations doivent être consignées et rendues accessibles sans délai, en cas de besoin, aux forces susceptibles d’intervenir. La préparation peut cependant aller plus loin, car un laps de temps minimal est nécessaire pour que les forces de gendarmerie arrivent sur place. La capacité interne de la structure attaquée à réagir vite et bien est déterminante pour la suite des évènements et doit donc être préparée.

Le lieutenant-colonel Arnaud Beltrame, fort de son expérience de terrain dans diverses situations, connaissait le caractère critique de ce dernier point. Il l’a nécessairement traité. Deux priorités s’en dégagent :

— La structure attaquée doit alerter les forces de gendarmerie au plus tôt après le début de l’attaque, et donner le maximum d’informations pertinentes pour que la Gendarmerie puisse « calibrer » le niveau de la menace et de la réponse à apporter. L’alerte peut passer par le numéro d’urgence général, ou par un appel ciblé à un service dédié de la Gendarmerie.

— La structure attaquée doit être capable de réagir par elle-même, en sachant protéger les personnels ou les clients, et en limitant les capacités d’action des terroristes.

Au supermarché Super U de Trèbes, l’emplacement idéal pour lancer l’alerte et fournir des informations est le comptoir d’accueil situé à l’entrée du magasin, permettant un repli dans la salle située juste à l’arrière du comptoir, appelée salle des coffres. Habituellement, compte tenu de la taille réduite du supermarché, personne n’y est présent. En mars 2018, une personne n’appartenant pas au personnel courant y avait été affectée, la dénommée « Julie ». Par ailleurs, pour assurer les premières actions de protection interne, un membre du personnel présentait le profil idéal : Christian Medves, le chef boucher, sportif accompli et membre d’un club de tir.

Un dilemme moral, pas un sacrifice

Le vendredi 23 mars 2018, entre 10 heures 39 et 11 heures, un appel téléphonique retentit à la gendarmerie de Carcassonne, émis par « Julie » :

« Attaque terroriste au supermarché Super U de Trèbes ».

À 11 heures 21 minutes, les gendarmes du peloton d’intervention, armés et munis d’équipements de sécurité, pénètrent dans la surface de vente du magasin, après être passés par les bureaux où se trouvent les caméras de surveillance. Le lieutenant-colonel Arnaud Beltrame, qui n’accompagnait pas le PSIG, les rejoint. Il constate l’évidence : deux hommes gisent morts sur le sol, et une femme est retenue en otage. Deux éventualités doivent être considérées :

• Soit Arnaud Beltrame ne connaît ni Christian Medves ni « Julie », et il est alors face à un attentat sans lien avec sa propre activité professionnelle, correctement pris en charge par la Gendarmerie, avec un peloton PSIG formé à ce type de situation.

• Soit il les connaît, pour avoir préparé avec eux une simulation d’attentat dans ce supermarché, et dans ce cas il constate que le terroriste s’en prend aux personnes qui ont collaboré avec la Gendarmerie. Les implications qui découlent de ces deux éventualités sont radicalement différentes.

La thèse du sacrifice, soutenue par Emmanuel Macron, ne tient que dans la première éventualité. Dans la seconde, Arnaud Beltrame fait forcément un lien immédiat entre l’action du terroriste et une fuite d’informations, due à une négligence ou à une erreur. Il se sent alors responsable de la tournure des évènements, et se trouve face à un terrible dilemme moral : laisser ses camarades du PSIG gérer la situation, sachant qu’il porterait à jamais en lui un sentiment de culpabilité en cas de mort de l’otage, ou assumer sa responsabilité dans toute la mesure de ce qu’un humain peut faire, et tenter l’impossible pour faire libérer l’otage saine et sauve.

C’est cette seconde éventualité, et seulement elle, qui correspond à la personnalité d’Arnaud Beltrame. Un premier indice la soutient. Le père Golfier, qui connaît personnellement « Julie » depuis qu’elle est venue se confier à lui, a livré une information capitale dans l’une de ses conférences. Il a dit qu’Arnaud Beltrame n’avait pas supporté que le terroriste s’en prenne à une mère, statut qu’Arnaud Beltrame ne pouvait pas connaître sans avoir auparavant rencontré « Julie » et discuté avec elle. Une telle rencontre était pratiquement impossible en dehors du contexte professionnel, donc en dehors de la préparation à un attentat terroriste au Super U de Trèbes.

L’examen de la logique de l’action terroriste va confirmer cette première conclusion :

Arnaud Beltrame s’est livré au terroriste parce que le mode d’action du terroriste faisait apparaître sa possible responsabilité personnelle dans l’attaque du supermarché, et qu’il connaissait personnellement « Julie ».

2 — Derrière les attentats, un agent-provocateur

L’éléphant dans la pièce

Il est probable que très peu de personnes à la Gendarmerie aient été informées de la prochaine simulation d’attentat et de son emplacement, car l’effet de surprise est indispensable au réalisme de l’entraînement. La Gendarmerie n’a en tout cas rien communiqué sur le sujet. Par contre, les informations tirées de l’observation de l’action terroriste peuvent être exploitées. L’enquête officielle s’est montrée aveugle sur ce point. Ce faisant, les enquêteurs et la justice ont ignoré l’éléphant au milieu de la pièce.

La logique d’action du terroriste est clairement déchiffrable dans ses actes. Dans une logique de terreur brute, indiscriminée, et de retentissement maximal de son action, Radouane Lakdim serait resté à Carcassonne, où il disposait de nombreuses cibles appropriées. Sans minimiser les tirs qu’il a effectués sur des policiers revenant d’une séance de jogging, on constate que c’est le supermarché de Trèbes qu’il avait choisi pour destination. Le vol d’une voiture dans une zone de rencontres homosexuelles a servi à lui fournir un moyen de locomotion rapide pour s’y rendre. Que venait-il y faire ?

À son arrivée à l’intérieur du supermarché, Radouane Lakdim ne se fait pas remarquer immédiatement. Pendant 26 secondes, il parcourt les allées, parle même avec un client. Il cherche manifestement une personne. Cette personne, c’est le chef boucher, Christian Medves, qu’il trouve en train de discuter avec une employée de caisse. Il l’abat froidement d’une balle dans la tête en disant à la caissière apeurée : « C’est comme ça qu’on fait ». Il abat ensuite le client d’une caisse voisine, mais ce second meurtre ne fait pas partie de la logique d’action planifiée. Il déclarera à son otage ne l’avoir commis qu’en raison de la placidité du client, qui continuait à déposer ses achats sur le tapis. Il dit d’ailleurs en tirant : « Toi, c’est gratuit ».

Par la suite, Radouane Lakdim ne montre plus de volonté meurtrière, mais il crée la panique en criant des injonctions, et tire en l’air jusqu’à épuisement de ses munitions. Puis il se dirige vers le comptoir d’accueil situé à l’entrée du magasin, et pénètre dans la pièce située en arrière, la « salle des coffres ». Alors qu’il n’a aucunement tenté de prendre des otages dans le supermarché, et qu’il a encore toutes facilités pour le faire, il semble soulagé d’y trouver une jeune femme et s’exclame : « Tiens, voilà mon otage ».

La suite se résume à une attente de l’intervention de la Gendarmerie, et à des échanges avec son otage, à laquelle il dit qu’il ne lui fera aucun mal. On apprendra par la suite, par ses publications sur les réseaux sociaux, que pour lui les femmes font partie des personnes qu’il ne faut pas tuer dans une action de guerre. Le terroriste est donc dans une impasse apparente, et ne fait rien pour en sortir. Mais alors, pourquoi avoir d’abord soigneusement cherché Christian Medves pour l’exécuter, pourquoi garder une otage à laquelle il ne veut aucun mal ?

Le terroriste semble s’être placé dans un état d’impuissance totale face aux gendarmes. Il n’a plus de munitions et n’est armé que d’un couteau. Il peut tout au plus tenter une sortie spectaculaire et désespérée, mais se retrouvera alors criblé de balles, étendu sur le sol près du comptoir d’accueil. Si aucun évènement inattendu ne se produit, son action au Super U va inéluctablement se terminer par sa reddition forcée ou son décès sous les balles des gendarmes. Radouane Lakdim a pourtant un plan, dont il va parler à son otage. Le geste en apparence fou du lieutenant-colonel Arnaud Beltrame fait partie de ce plan, puisqu’il donne du sens à une action qui n’en avait pas. Voilà l’éléphant dans la pièce, l’éléphant entre les pattes duquel les enquêteurs et la justice se sont promenés en feignant de ne pas le voir.

Une affaire d’état

Radouane Lakdim fournit à son otage une information de première importance. Il lui explique « que sa démarche est juste d’allumer une mèche, de faire une petite action, pour donner envie à ses frères de faire des actes plus violents ». Il espère notamment « que ses frères lancent un camion sur le magasin ». Abattre Christian Medves, et utiliser « Julie » comme otage, est pour lui l’allumage d’une mèche. C’est donc cette action qui doit déclencher l’évènement particulier qu’il attend, et enclencher à son tour d’autres évènements plus violents, commis par des « frères ».

Plutôt que l’image de la mèche, il serait plus approprié de choisir celle d’une clé. Le terroriste a actionné une clé secrète dans une serrure, qui a commandé l’action d’Arnaud Beltrame, provoquant l’arrivée en nombre de forces de l’ordre au supermarché. L’objectif final supposait l’entrée en action d’autres terroristes, de « frères » comme les appelle Radouane Lakdim dans sa discussion avec « Julie », qui devaient ensuite intervenir pour faire un maximum de victimes parmi les forces de l’ordre. C’est cela qui avait été promis à Radouane Lakdim, mais qui n’a pas eu lieu.

Rien n’est ici inventé ou supposé de façon hasardeuse. Ces informations ont été publiées dans les plus grands journaux français. Pourquoi n’ont-elles pas été intégrées à un raisonnement logique, comme l’aurait fait n’importe quel enquêteur professionnel ? Parce que le ministre de l’intérieur de l’époque, Gérard Collomb, dans les minutes qui ont suivi l’attentat et sur ses lieux même, a salué de la part d’Arnaud Beltrame « un acte d’héroïsme comme en sont coutumiers les gendarmes », et que le qualificatif de « sacrifice » a été très vite introduit et validé par Emmanuel Macron lui-même. Si tout était normal et admirable, pourquoi chercher plus loin ?

Or rien n’était normal dans l’acte d’Arnaud Beltrame, de la part d’un officier de gendarmerie. De nombreux gendarmes l’ont dit, en privé, ou de façon feutrée dans des journaux. Dans les milieux extérieurs à l’enquête officielle, on peut comprendre que la divulgation publique lente et parcellaire des informations ait rendu difficile leur assemblage logique, dans un contexte dominé par l’émotion provoquée par le décès d’Arnaud Beltrame. Un militaire ou un gendarme expérimenté pouvait par contre voir d’emblée que quelque chose clochait dans l’acte d’Arnaud Beltrame. Comme le mentionnait un commentateur sur le site « Profession Gendarme », à propos des gendarmes :

« Et il n’y a jamais de place à l’improvisation sauf quand on tente à la volée de rattraper une connerie involontaire ou provoquée. »

En quelques mots, l’essentiel est dit. Le terroriste semble au courant d’un projet d’exercice imminent de la Gendarmerie. Il y a donc eu une « connerie involontaire ou provoquée », qu’Arnaud Beltrame tente à la volée de rattraper. Pourtant Arnaud Beltrame n’avait en réalité commis ni imprudence ni négligence. Et le terroriste ne pouvait pas inventer la clé qui explique son mode d’action. Il faut qu’il ait été manipulé par quelqu’un qui possédait des informations confidentielles en provenance de la Gendarmerie, qui lui a indiqué le mode d’action à suivre, et lui a promis une poursuite spectaculaire de l’action. Ce type de manipulateur s’appelle un agent-provocateur. Il poursuit ses propres objectifs et fait pour cela de fausses promesses.

Les objectifs de l’agent-provocateur se lisent dans les faits : provoquer une attaque terroriste islamiste et mettre le lieutenant-colonel Arnaud Beltrame devant un dilemme qui lui fasse prendre, compte tenu de sa personnalité très volontaire, des risques personnels extrêmes. Le niveau d’informations nécessaire à une telle opération en fait une affaire d’état.

3 — L’exécution de Radouane Lakdim

Intervention top secret du GIGN

Une salve de « révélations » a été orchestrée le 22 juillet 2018 par les grands journaux, à propos d’un important délai d’intervention du GIGN entre les appels désespérés d’Arnaud Beltrame et l’irruption du GIGN dans la salle des coffres. Cette salve d’articles ressemblait fort à une pression sur le ministre de l’intérieur, Gérard Collomb, qui devait être interrogé le lendemain par la commission d’enquête de l’Assemblée Nationale à propos de l’affaire Benalla. Gérard Collomb a d’ailleurs suscité l’hilarité parmi les députés, par sa retenue extrême dans les réponses aux questions qui lui étaient posées.

Le délai d’intervention du GIGN, à la suite de l’appel répété d’Arnaud Beltrame à un assaut immédiat à 14 heures 16 minutes, a été chiffré lors du procès, dans la plaidoirie de Maître Thibault de Montbrial, à 12 minutes. L’entrée du GIGN dans la réserve aurait ainsi eu lieu à 14 heures 28 minutes. Il a par ailleurs été maintes fois affirmé dans la presse que l’appel d’Arnaud Beltrame avait été suivi de trois coups de feu.

Le document pris en référence principale, publié bien avant le procès, avait parfaitement expliqué en quoi ce délai d’intervention était irréaliste. Une quasi-preuve résidait dans les déclarations de François MOLINS, procureur de la République de Paris, le soir même des attentats :

« Dans des circonstances qui restent à préciser, il tirait alors à plusieurs reprises sur le colonel, qu’il blessait très grièvement. Ces tirs déclenchaient alors l’assaut du GIGN, qui neutralisait l’auteur des faits à 14 heures 20. Deux gendarmes du GIGN ont été blessés au cours de cette opération. »

On se reportera à l’étude de référence pour le détail de l’argumentation, qui explique que l’intervention du GIGN s’est de toute évidence déroulée en deux phases. Les informations communiquées au procès sont en outre utilisées ici pour ajouter des précisions complémentaires.

Première phase :

Pendant que le négociateur du GIGN est au téléphone depuis Versailles-Satory avec Radouane Lakdim, ce qui permet de localiser au mieux sa position grâce aux écoutes des lieux, le GIGN lance une action de neutralisation du terroriste, non pas par la porte de la salle des coffres donnant sur le comptoir d’accueil du magasin, mais par un accès donnant sur la pièce arrière de cette salle.

L’entrée du premier gendarme du GIGN provoque un bruit fort et imprévu, comme la chute d’une armoire. Cette information provient du père Golfier, qui la tient du GIGN. On ne sait pas si c’est le terroriste qui a placé un meuble de telle façon que l’ouverture de l’accès le fasse tomber, ou si cela était déjà préparé avant son arrivée. Cette information serait cruciale.

Suite à ce bruit, un combat au corps à corps s’engage entre Arnaud Beltrame et Radouane Lakdim. Il est plausible que ce soit Arnaud Beltrame qui ait pris l’initiative de ce combat, trompé par l’allure frêle et la petite taille de Radouane Lakdim, et ignorant que son adversaire était un redoutable combattant de MMA parfaitement entraîné. Cette initiative serait alors une erreur fatale. Arnaud Beltrame aurait dû tenter de se maintenir à distance du terroriste, pour permettre au tireur d’élite du GIGN d’abattre celui-ci en une fraction de seconde quand il aurait été en vue.

Pendant ce bref corps à corps, le terroriste parvient à infliger à Arnaud Beltrame un coup de crosse au visage avec son pistolet 7,65 millimètres, qui n’a plus de munitions, et de multiples coups de couteau, dont un coup à la trachée artère qui tranche la carotide et provoquera en quelques minutes le décès d’Arnaud Beltrame. Lorsque le gendarme du GIGN parvient à pénétrer dans la salle des coffres depuis la pièce arrière, le terroriste est assis au sol, et protégé en grande partie par Arnaud Beltrame, qui est sans force et allongé sur lui. Le gendarme du GIGN tire deux coups de feu, en tentant d’atteindre le terroriste sans blesser gravement Arnaud Beltrame, puis un troisième de plus près.

Arnaud Beltrame est touché par des balles non létales, qui visaient Radouane Lakdim. Par contre, la troisième balle, tirée presque à la verticale, entre par la clavicule gauche à l’avant du corps de Radouane Lakdim, traverse notamment les poumons et ressort près de la fesse droite. Cette balle provoque un important écoulement de sang dans les poumons. Profitant de la proximité du tireur du GIGN, Radouane Lakdim parvient à le blesser avec son couteau et à le faire saigner abondamment, comme le relatera le colonel Sébastien Gay dans une interview hors procès.

À 14 heures 20, ainsi que l’indique François MOLINS, le terroriste est neutralisé. Il est néanmoins vivant, et pourrait être sauvé par des soins rapides. Arnaud Beltrame est mourant, son décès sera constaté quelques minutes plus tard. Le ministre Gérard Collomb est sur place, il est informé de tous les détails de l’opération et de son bilan. Nul autre que lui ne peut avoir pris la décision de masquer cette première phase de l’opération, et de programmer une deuxième phase qui se déroule en partie dans le champ des caméras, car elle se fait par la porte de la salle des coffres à l’arrière du comptoir d’accueil. Cette deuxième phase apparaîtra comme étant l’opération unique.

Deuxième phase :

C’est l’intervention officielle, effectuée à 14 heures 28 par la porte d’entrée de la salle des coffres. Radouane Lakdim, très affaibli, est abattu de trois balles de 9 millimètres tirées dans la tête au pistolet GLOCK, et d’une balle de 5,56 tirée au fusil d’assaut G36, à bout portant sur la tempe. Le rapport d’intervention du GIGN déclare le tir de quatre balles de 9 millimètres, comme s’il y avait intégré le tir qui avait gravement blessé Radouane Lakdim au cours de la première phase.

Le délai entre les appels d’Arnaud Beltrame et cette deuxième phase de l’intervention sera soigneusement occulté dans les déclarations du ministre, qui déclarera le jour même :

« Le terroriste a tiré, le GIGN est intervenu, et donc a abattu le terroriste »

L’autopsie du terroriste confirme parfaitement que la balle qui a traversé les poumons de Radouane Lakdim a été tirée plusieurs minutes avant les autres, en raison du volume de sang présent dans les poumons, et du très fort ralentissement d’une telle hémorragie après le décès. Comme on ne peut admettre qu’une balle du GIGN tirée à 14 heures 28 ait remonté le temps pour atteindre Radouane Lakdim plusieurs minutes plus tôt, l’existence d’une phase antérieure dans l’intervention est confirmée par ces éléments présentés au procès.

Les limites de l’avocat-enquêteur

Maître Thibault de Montbrial représentait les intérêts de la famille d’Arnaud Beltrame au procès. Sa fiche Wikipédia prête à cet avocat renommé une interrogation sur le concept d’avocat-enquêteur. Le concept montre ses limites dans l’affaire des attentats de Carcassonne et Trèbes. L’avocat a présenté une thèse laborieuse et irréaliste, car il a accepté comme acquise la théorie de l’intervention unique du GIGN. Il a ainsi été amené à supposer que le terroriste avait réussi à recharger en partie sa propre arme, qu’il avait tiré sur Arnaud Beltrame, mais qu’Arnaud Beltrame avait réussi à reprendre la sienne, et avait tiré sur le terroriste au cours de la lutte, provoquant la première blessure du terroriste. Cela lui a permis de déclarer :

« C’est Arnaud BELTRAME qui a tué Radouane LAKDIM ».

Pour étayer quelque peu son argumentation, Maître Thibault de Montbrial a mentionné la présence, sur le corps d’Arnaud Beltrame, de résidus de tirs provenant de l’arme de Radouane Lakdim. Or cette présence peut s’expliquer simplement par le contact rapproché entre les deux hommes pendant leur combat, puisque les résidus de tirs étaient nécessairement présents sur les mains et les vêtements du terroriste après les tirs effectués dans le supermarché.

Maître Thibault de Montbrial n’a pas non plus creusé le mode opératoire du terroriste, comme nous l’avons fait dans cet article, en l’analysant dans une logique centrée sur les faits spécifiques. Il l’a noyé dans une vision générique stérile, le qualifiant de « mode opératoire qui correspond en tous points au périple meurtrier que l’Etat islamique a demandé à ses opérateurs de mener, notamment en Occident ».

Enfin Me Louis Cailliez, du cabinet d’avocats « Montbrial & Associés », a déclaré dans un article du JDD, à propos du huis clos de la salle des coffres :

« Impossible de savoir ce que les deux hommes se disent durant ces longues heures de confrontation : aucun système de vidéosurveillance ou de captation sonore ne permet de documenter cette prise d’otage. »

Cet article, publié dans les derniers jours du procès, a été relayé le même jour sur le site du cabinet d’avocats, confirmant un accord sur le contenu. Pourtant, le 22 juillet 2018, le journal « Libération » écrivait, sur la base d’informations provenant manifestement de l’enquête :

« A 13 h 30, le rapport d’intervention du GIGN mentionne : « L’utilisation d’un moyen d’acquisition du son à travers les murs permet d’entendre T [Radouane Lakdim, ndlr] prier. » »

La plaidoirie de Maître Thibault de Montbrial s’est donc avérée très décevante dans l’interprétation des faits et dans la recherche d’informations. Son intérêt réside dans les informations factuelles complémentaires qu’elle a exposées, et qui nous ont permis de compléter le scénario que nous avons présenté.

Une exécution sur ordre

On pourrait s’étonner de la présence du ministre Gérard Collomb à Trèbes, très vraisemblablement avant même l’intervention du GIGN. Elle tient au fait que ce jour-là, le ministre s’était opportunément rendu en région lyonnaise pour le baptême d’une promotion de commissaires de police, réduisant ainsi de moitié la distance qui le séparait de Trèbes depuis Paris. Dès 12 heures 19, le ministre a annoncé qu’il se rendait sur les lieux. Il a donc disposé de deux heures pour y arriver avant que le GIGN lance son opération.

Pourquoi le ministre Gérard Collomb a-t-il décidé de masquer la réalité de l’intervention du GIGN, et d’assumer les conséquences possibles de la découverte ultérieure d’incohérences dans le déroulement des opérations ? On peut penser à une décision purement politique, destinée à transformer une opération du GIGN en demi-teinte, en une opération plus nette, qui ne donnerait pas matière à débat. Cependant, cette décision n’était pas celle d’un simple enjolivement apparent de l’intervention. Elle impliquait de nouveaux tirs sur le terroriste, qui pouvaient provoquer sa mort, alors qu’il pouvait être capturé, gravement blessé mais vivant.

La volonté de TUER le terroriste est signée, et trahit un ordre en ce sens. Il peut arriver qu’un homme survive à des tirs à la tête. L’exemple est donné par l’une des premières victimes de Radouane Lakdim, à Carcassonne, quand il a dérobé la voiture. Cette victime a survécu de façon étonnante à un tir à la tête qui se voulait mortel. Mais on ne peut survivre au tir d’une balle de fusil d’assaut G36 posé sur la tempe. La balle de 5,56 millimètre, de par sa puissance et ses caractéristiques, produit alors des effets dévastateurs.

Pour rendre le récit cohérent, il a fallu inventer la fable selon laquelle Arnaud Beltrame aurait fourni au terroriste son arme de service et le chargeur, alors que le terroriste a maintes fois réclamé la remise du chargeur pendant les négociations. Qu’à cela ne tienne, la presse a indiqué que c’était un chargeur de téléphone que Radouane Lakdim demandait. Par ailleurs le décès d’Arnaud Beltrame a été dissimulé, le corps transporté à l’hôpital à Carcassonne et la mort officiellement annoncée au petit matin du lendemain.

On retiendra que la principale motivation du maquillage de l’intervention du GIGN, passant purement et simplement sous silence la première phase, semble avoir été d’assurer la mort du terroriste, et par là son silence définitif sur ses motivations et ses soutiens.

4 — Le « Secret Défense » et ce qu’il cache

Le classement de l’affaire de l’attentat de Trèbes

Quand on s’intéresse à l’affaire des attentats de Carcassonne et Trèbes, ce qui frappe est la difficulté à trouver de l’information fiable, la variabilité dans le temps de l’information délivrée à travers les médias, et les contradictions sur des points importants. Concernant ce qui s’est réellement passé à l’intérieur de la salle des coffres, il faut bien comprendre que très peu de personnes ont eu accès à l’information à la source. Seuls quelques gendarmes du GIGN ont pénétré dans la salle au moment critique, seuls sans doute aussi quelques gendarmes ont pu écouter en direct les dialogues entre Arnaud Beltrame et Radouane Lakdim, ou les bruits divers qui sortaient de la salle.

Les personnes informées de première main forment également un cercle très restreint, qui comporte à nouveau quelques gendarmes en situation de commandement ou de coordination de l’opération, et évidemment le ministre Gérard Collomb. Il est évident que la rétention d’informations a débuté dès le dénouement de l’opération, puisque Gérard Collomb en a immédiatement donné une version simpliste. Un article datant de moins d’une semaine après les attentats, rédigé par un enquêteur indépendant, confirme le secret qui entoure le huis clos de la salle des coffres :

« Pour l’heure, ce volet reste obscur. Pas une source pour me raconter un épisode apparaissant comme classé secret-défense. « C’est trop tôt dit un homme qui sait. On verra plus tard, peut-être. Aujourd’hui, c’est le temps de l’hommage ». »

Le classement « Secret Défense » d’informations est une procédure très efficace de maintien du secret, qui existait encore sous ce nom en 2018 et qui dès lors reste en vigueur, malgré des modifications intervenues à partir de 2021 pour les nouvelles classifications. Il est effectivement quasi-certain qu’il a été utilisé pour l’attaque de Trèbes, car le caractère hermétique de la rétention d’informations autour de cette affaire n’aurait pas pu perdurer dans le temps en l’absence de ce classement.

Les chaînes du secret

Le classement « Secret Défense » limite l’accès aux informations classifiées aux seules personnes habilitées qui ont besoin d’en connaître dans le cadre de leurs fonctions. Si le ministre de l’intérieur Gérard Collomb a demandé le classement « Secret Défense » d’informations sur l’attentat de Trèbes, il devait passer par le premier ministre Édouard Philippe pour instruire la demande. Quelques fonctionnaires du SGDSN (Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale), du ministère de l’intérieur et des responsables de services concernés, notamment le Directeur général de la Gendarmerie Nationale Richard Lizurey, étaient nécessairement informés de la classification, sans pour autant avoir connaissance du contenu exact des informations.

Le premier ministre peut en théorie avoir accès à toute information classifiée, mais en pratique l’accès direct ne lui est pas forcément ouvert si cela ne relève pas directement de son rôle opérationnel. Seul le président de la République, Emmanuel Macron dans le cas considéré, peut avoir accès à toute information sans restriction. Autant dire que, si le huis clos de la salle des coffres de Trèbes a été classifié à ce niveau, les seules personnes qui ont eu accès à sa connaissance sont les gendarmes du GIGN qui ont participé directement à l’opération, le ministre de l’intérieur Gérard Collomb, et le président de la République Emmanuel Macron.

Les conséquences d’une classification « Secret Défense », pour les gendarmes appelés à témoigner ou pour l’institution de Gendarmerie, est que les informations classifiées ne peuvent pas être révélées, sauf autorisation hiérarchique préalable. De plus l’existence même d’une classification peut être gardée secrète, et les personnes interrogées devront simplement répondre qu’elles n’ont pas d’élément à fournir, sans plus de justification. En l’espèce, on constate bien que l’opération du GIGN reste entourée d’un secret total, hormis les informations parcellaires fournies à la justice pour le procès, dont un rapport d’intervention qui présente une incohérence avec le rapport d’autopsie du terroriste.

L’heure de l’appel à la Gendarmerie de Carcassonne de « Julie », l’heure d’arrivée du GIGN de Versailles Satory à Trèbes, le contenu des dialogues entre Arnaud Beltrame et Radouane Lakdim, le détail de l’opération du GIGN, restent inconnus.

On peut non seulement considérer comme acquis le classement « Secret Défense » du huis clos de la salle des coffres, mais aussi constater que ce classement a lui aussi été gardé secret. On a pu de plus constater que Maître Thibault de Montbrial n’a rien fait pour faire apparaître l’existence d’un tel classement, quitte à produire un scénario fantaisiste sur la lutte entre Arnaud Beltrame et le terroriste.

C’est par des déclarations imprudentes du père Golfier au cours d’une des conférences qu’il a données à propos d’Arnaud Beltrame, que nous avons pu glaner quelques informations complémentaires. La conférence en question a été retirée de la plateforme Youtube après publication de l’étude qui en faisait état. Enfin le procès devait se tenir devant une cour d’assises composée uniquement de magistrats, sans retransmission ni web radio pour les parties civiles, et sans film pour les archives judiciaires. Le secret ne souffre pas d’exceptions.

Le classement « Secret Défense » du déroulement de l’attentat de Trèbes a manifestement pour but de dissimuler des informations dérangeantes sur ses conditions, mais aussi d’éviter toute interrogation sur la genèse même de cet attentat. La multiplication des articles, reportages et cérémonies à caractère émotionnel a complété le dispositif en détournant l’attention du public des faits.

5 — Pistes et indices

Un jalon du destin

L’année 2017 est riche d’événements qui ont contribué directement ou indirectement au tragique face-à-face du 28 mars 2018 entre Emmanuel Macron et la dépouille mortelle d’Arnaud Beltrame. Emmanuel Macron a pris ses fonctions de président de la République à la suite de sa victoire électorale du 7 mai 2017. Le 26 juin 2017, il effectue une visite officielle au Vatican, accompagné de Brigitte Macron. Cette visite donne lieu à une rencontre privée entre le pape François et Emmanuel Macron. De nombreux sujets concernant les relations entre la France et le Saint-Siège sont traités, tant à propos de politique internationale que de questions sociales.

Le 11 juillet 2017, soit quinze jours plus tard, le pape François publie un « motu proprio », décret papal relevant de son initiative personnelle, qui permet de reconnaître comme un acte de sainteté le sacrifice qu’une personne fait de sa vie pour en sauver une autre, sans exigence particulière sur l’ardeur religieuse du prétendant. Ce « motu proprio » n’est alors motivé par aucun cas pratique. Il se révèlera taillé sur mesure pour l’acte d’Arnaud Beltrame du 23 mars 2018, à condition d’adhérer à l’interprétation soutenue par Emmanuel Macron, celle d’un sacrifice.

Il n’existe pas de preuves de liens entre la visite d’Emmanuel Macron au Vatican et le « motu proprio » du pape. L’absence de lien n’est pas établie pour autant, car une demande du chef de l’état français en ce sens pouvait paraître avisée. Emmanuel Macron avait l’opportunité de faire valoir auprès du pape le souhait d’une ouverture du statut de Saint à des personnes au parcours religieux ordinaire, dont l’héroïsme pourrait être célébré à la fois par le régime laïc français, et par l’Église catholique. Un saint laïc qui serait « en même temps » un saint catholique rapprocherait symboliquement l’état français et l’Église catholique.

Une éventuelle intervention d’Emmanuel Macron auprès du pape, pour l’élargissement des conditions d’accès à la sainteté, expliquerait à la fois la motivation du pape à publier son « motu proprio », et l’insistance d’Emmanuel Macron à qualifier l’acte d’Arnaud Beltrame de sacrifice, contre l’avis de la mère et des proches du défunt. La décision papale marque en tout cas un jalon dans le destin d’Arnaud Beltrame, car le père Golfier s’emploie activement à lui faire reconnaître le statut de saint en vertu de ce motu proprio.

Le remaniement du GSPR

En mars 2017, un changement majeur intervient dans l’organisation de la sécurité de la présidence de la République. La direction du GSPR (Groupe de sécurité de la présidence de la République), précédemment assurée par la Police nationale, revient à la Gendarmerie Nationale. C’est le colonel Lionel Lavergne qui prend le commandement du GSPR, mais Emmanuel Macron confiera aussi des tâches d’organisation de ce service à Alexandre Benalla. Devenu général, Lionel Lavergne sera contraint à quitter ses fonctions à compter du 18 mai 2019, accusé par la commission d’enquête sénatoriale sur l’affaire Benalla d’incohérences et de contradictions.

Arnaud Beltrame, dont les fonctions au sein de la Gendarmerie en 2017 ne sont pas bien documentées, aurait logiquement pu être pressenti pour un poste dans les services de sécurité de la présidence. Son expérience passée jouait en sa faveur, notamment une mission en Irak en 2005, où il avait assuré l’exfiltration d’une ressortissante française, puis son passage à la Garde Républicaine de 2006 à 2010. Il semble de plus qu’il ait occupé des fonctions à la SGDSN (Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale) entre 2014 et 2017, dans le domaine de la prévention du terrorisme et de la coordination des services de sécurité, bien qu’il n’y ait plus de trace publique disponible pour le confirmer.

Alexandre Benalla est réputé s’être investi dans la composition de l’équipe de sécurité rapprochée du président. Que ce soit par cette voie ou par la voie officielle, il est plausible que le nom d’Arnaud Beltrame ait été proposé à Emmanuel Macron, et que des rencontres aient eu lieu. Cela expliquerait l’étrange attitude d’Emmanuel Macron envers le défunt dans la cour des Invalides, manifestant une intimité quelque peu possessive. Si de tels contacts ont eu lieu, et malgré l’intérêt qu’aurait pu y trouver Arnaud Beltrame pour sa carrière, ils n’ont pas abouti. Arnaud Beltrame a pu privilégier sa vie de couple et la préparation de son mariage religieux.

Le couple Macron/Collomb

Nous avons vu que Gérard Collomb et Emmanuel Macron étaient les deux hautes personnalités de l’état qui savent ou savaient nécessairement le contenu de l’ensemble des informations classées « Secret Défense » sur l’attentat de Trèbes. Gérard Collomb a présenté sa démission de ministre de l’intérieur par deux fois, le 1er et le 2 octobre 2018, et a quitté ses fonctions le 3 octobre 2018, en raison notamment de profonds désaccords sur la politique de sécurité et d’immigration du gouvernement, et du climat de cour qui selon lui régnait autour du président.

En tant que ministre de l’intérieur, Gérard Collomb était nécessairement impliqué ou informé de la réorganisation des services de sécurité de l’Élysée, puisque le ministère de l’intérieur supervise les institutions sur lesquelles repose la sécurité présidentielle : Police Nationale, Préfecture de police de Paris, Gendarmerie Nationale. De plus il ne pouvait pas ignorer le rôle inhabituellement important pris par Alexandre Benalla dans l’organisation des déplacements et de la protection du président. Ce dernier disposait d’ailleurs d’un port d’arme, accordé par la Préfecture de police de Paris. Gérard Collomb a été critiqué pour ne pas avoir agi plus tôt face aux comportements problématiques de Benalla. Pour quelle raison est-il resté passif, ou quels avantages y trouvait-il, restent des questions sans réponse.

La campagne de presse déclenchée à propos de l’attentat de Trèbes, au moment même où Gérard Collomb devait être interrogé dans le cadre de l’affaire Benalla, reste mystérieuse quant à ses motivations, mais établit un lien entre les deux affaires.

RIP, Jean-François Beltrame

Le document pris en référence principale a montré que la mort du père d’Arnaud Beltrame ressemblait plus à un assassinat qu’à un suicide. En l’absence de publication du rapport d’autopsie, il n’est pas possible d’avoir de preuve formelle, mais l’hypothèse d’un assassinat est très vraisemblable, et doit être approfondie.

Jean-François Beltrame menait une vie de retraité au Grau-du-Roi, et a disparu au moment même où son fils arrivait à Carcassonne. Son corps lesté de plomb, en tenue de cycliste, a été retrouvé six mois plus tard dans les filets d’un bateau de pêche. Il a été incinéré encore un mois plus tard, après identification et autopsie, en présence d’Arnaud Beltrame, qui lui est décédé tout juste une semaine après cette cérémonie.

Admettons que Jean-François Beltrame ait été assassiné. Cet assassinat a les caractéristiques d’une opération professionnelle. Il est extrêmement peu plausible qu’il ait été perpétré pour des raisons qui touchaient à sa propre vie personnelle, qui semble être celle d’une personne ordinaire et sans histoire. Compte tenu des circonstances troubles de la mort ultérieure de son fils, c’est plutôt en la qualité de père d’Arnaud Beltrame qu’il a été assassiné.

Le père et le fils avaient des relations entre eux, qui auraient pu être encore renforcées par la proximité géographique de Carcassonne et du Grau-du-Roi. On peut aisément supposer que le fils puisse confier à son père des informations confidentielles sur sa carrière, sur certains contacts professionnels, ou des anecdotes de sa vie professionnelle. Si le père a bien été assassiné, on ne voit pas d’autres raison plausible que de garantir son silence après la mort de son fils.

RIP, Gérard Collomb

Gérard Collomb est décédé le 25 novembre 2023 d’un cancer de l’estomac annoncé le 16 septembre 2022. Il n’a pas donc pas été entendu au procès, qui a débuté le 22 janvier 2024.

La coïncidence entre la date du décès de Gérard Collomb et un procès au cours duquel il aurait pu faire des révélations, est troublante. Ce décès fait en tout cas disparaître l’une des deux personnes les mieux informées sur les attentats de Carcassonne et Trèbes. L’autre personne est Emmanuel Macron.

6 — Qui a tué Arnaud Beltrame ?

Manipuler une opération terroriste

La plaidoirie de l’avocat de la famille d’Arnaud Beltrame, avec son acceptation d’un cadre d’information restreint, et sa théorie irréaliste sur le combat entre Arnaud Beltrame et le terroriste, est en elle-même la démonstration du manque de consistance de l’interprétation officielle de l’attentat de Trèbes. Mais puisque tout indique que l’opération a été montée de l’extérieur de l’entourage du terroriste, il faut quand même le valider en se posant une question déterminante :

Peut-on facilement monter une telle opération ?

La réponse est oui, à condition de disposer d’informations étendues sur les lieux, le contexte et les personnes qui seront impliquées, à condition aussi de pouvoir agir dans l’ombre sans attirer l’attention de services de renseignement, ou avec leur complicité au moins passive. La technique de l’agent-provocateur a par exemple été largement utilisée par le FBI aux États-Unis après le 11 septembre 2001. Une citation de presse du document de référence l’illustre :

« … des agents infiltrés ciblent des hommes musulmans pas trop futés, de préférence atteints de psychoses, et les convainquent de participer à un attentat »

Radouane Lakdim était bien connu des services de renseignement, qui venaient de lui envoyer une nouvelle convocation. Il considérait l’un des informateurs des renseignements comme un père de substitution. Par son profil, par les difficultés qu’il rencontrait pour s’insérer dans la société, par son usage massif de cannabis, Radouane Lakdim était une cible facile pour une manipulation.

Par ailleurs, les exercices de simulation d’attentat sont des occasions idéales pour fomenter un attentat réel, car ils permettent une étude poussée de la cible et des scénarios potentiels. C’est précisément ce que fournissait ici le travail d’Arnaud Beltrame sur la préparation de la réponse à des attentats terroristes dans l’Aude.

Enfin, pour que l’opération prenne de l’ampleur, il fallait connaître la personnalité d’Arnaud Beltrame, et le mettre dans une situation qui touche à ses ressorts moraux, à son sens des responsabilités, à son volontarisme et à son courage. On l’a souligné dans l’article, sans l’intervention hors cadre d’Arnaud Beltrame, l’opération se serait terminée dans le supermarché sur un bilan dérisoire du point de vue du terroriste, même s’il est terrible pour les victimes : un employé et un client tué, une otage à laquelle il n’aurait rien fait, et la capture ou la mort du terroriste.

Donc oui, l’opération était facile à monter pour un professionnel disposant d’informations issues de la Gendarmerie et des services de renseignement de l’état, qu’il relève de l’appareil d’état français ou éventuellement d’un service étranger entretenant des liens étroits avec les services français.

Pollice Verso

Qu’en est-il des mobiles de l’opération ? De façon générale, la perpétration d’attentats islamistes sert certaines tendances politiques. Il est inutile de développer cela plus avant. Mais ici, c’est un officier de gendarmerie bien précis qui a été ciblé, un officier qui, sans doute sans en avoir pleinement conscience, détonnait dans le paysage, affichant ostensiblement ses convictions religieuses et prenant pour modèle l’ancienne chevalerie. La devise en latin de l’ordre du Temple figurait sur le tableau de son bureau :

« Non nobis domine, non nobis sed nomini tuo da gloriam »
(Non pour nous, Seigneur, non pour nous mais pour la gloire de ton nom)

Tableau au bureau d'Arnaud Beltrame avec la devise des Templiers

Le balayage de pistes et d’indices qui a été effectué ne fait apparaître aucune possible raison d’état, aucune implication d’Arnaud Beltrame dans des affaires particulièrement sensibles. L’année 2017, au cours de laquelle Arnaud Beltrame quitte Paris pour Carcassonne en privilégiant son foyer, reste marquée par le flou le plus total sur ce qui se tramait dans l’entourage immédiat du président et l’organisation de sa sécurité rapprochée. La publication par le pape d’un étrange motu proprio, au moment où Arnaud Beltrame quittait Paris, ne relève probablement pas non plus de la coïncidence. C’est dans ces quelques éléments qu’il faut chercher en priorité la clé de la manipulation des attentats de Carcassonne et Trèbes.

Nous sommes face à un tableau qu’il faudrait restaurer, avec certaines parties bien nettes et d’autres où la peinture se serait écaillée. Les personnes qui connaissent en partie ce qui manque ne sont pas autorisées à parler, et seul Emmanuel Macron a une connaissance d’ensemble de l’œuvre. Deux éléments connus méritent encore une attention particulière. Le premier est que la mort d’Arnaud Beltrame n’était pas la seule issue possible de l’opération terroriste de Trèbes. Il pouvait se dérober, ou choisir un combat dont l’issue pouvait être la victoire ou la mort.

Le second est un détail extrêmement troublant, que nous n’avons pas encore relevé, dans le mode d’action du terroriste. Quelques jours avant les attentats de Trèbes et Carcassonne, Radouane Lakdim s’était rendu spécialement dans une armurerie de Carcassonne pour y acheter un couteau de 15,5 centimètres. Il n’a pas utilisé ce couteau avant de se retirer dans la salle des coffres, et il est très bien établi qu’il a épuisé les munitions de son pistolet 7,65 avant d’y pénétrer. Le dernier combat de Radouane Lakdim ne pouvait se dérouler qu’au couteau, en combat singulier, et certainement pas contre l’employée « Julie », qui ne devait servir que d’appât.

C’est comme si l’organisateur de ce combat, celui qui l’avait ordonnancé en secret et avait manipulé le terroriste, avait à l’esprit une scène des jeux du cirque, celle de « Pollice Verso ».

Pollice Verso — Jean-Léon Gérôme

Pollice Verso est un célèbre tableau de Jean-Léon Gérôme, montrant un combat de gladiateurs dans l’arène romaine, où le vainqueur, armé d’un long poignard, lance un regard interrogatif vers le public, et plus précisément vers les Vestales, prêtresses chargées de maintenir le feu sacré dans le temple de Vesta. Vesta est une divinité romaine associée à la maison, au foyer et à la famille. Ses prêtresses condamnent ici à mort le gladiateur vaincu, en pointant le pouce vers le bas. L’empereur et ses proches savourent cyniquement le spectacle. Le gladiateur victorieux presse de son pied la carotide du vaincu et s’apprête à la trancher. Au-dessous de l’empereur, l’oiseau noir de la tenture pourpre est un symbole de mort et de mauvais présage, qui domine symboliquement la dépouille des gladiateurs vaincus et le destin même de l’empire.

C’est bien Radouane Lakdim qui a tué Arnaud Beltrame, mais il a été manipulé et guidé. L’instigateur suprême ne peut pas être désigné de façon explicite pour l’instant, faute de preuves directes. Il pourrait bien figurer symboliquement sur le tableau de Jean-Léon Gérôme. Le secret qui entoure l’affaire des attentats de Carcassonne et Trèbes n’est certainement pas justifié par la sécurité nationale, mais plutôt par de sordides motifs. C’est aujourd’hui sur le drapeau français que plane l’ombre de l’oiseau noir du tableau Pollice Verso.

Auteur : Ultrak
Date : 17/03/2025


Post-scriptum

Dans le contexte de secret qui entoure les attentats de Carcassonne et Trèbes, la probabilité qu’un tel texte soit jamais publié était nulle. Mais « la muerte no es el final del camino », la mort n’est pas la fin du chemin. Le long côtoiement posthume d’Arnaud Beltrame m’a inspiré une vision purement fictive de ses derniers instants, à moins qu’elle ne soit véridique. Quand s’est produit le fort bruit qui signalait malencontreusement l’intrusion d’un homme du GIGN dans la pièce située à l’arrière de la salle des coffres, Arnaud Beltrame a voulu sauver Radouane Lakdim, pour que le terroriste soit capturé vivant et puisse parler. Au lieu de s’éloigner du terroriste pour faciliter l’action du GIGN, il a tenté de le maîtriser, présumant de ses forces et suscitant l’incompréhension, voire la réprobation future, des hommes du GIGN. Et à l’instant où le tireur du GIGN s’est suffisamment approché pour tirer presque verticalement la balle qui a traversé le corps de Radouane Lakdim, Arnaud Beltrame, sentant la mort venir, a interposé sa main, la plaçant sur la trajectoire de sortie de canon. Le tir lui a arraché un doigt. Radouane Lakdim aurait pu survivre à ce tir. Il a été achevé quelques minutes plus tard, sur ordre, et s’est tu à jamais.


J’ai utilisé une méthode légitime pour examiner la plaidoirie et le contenu de mon article, celle de faire appel à une intelligence artificielle de haut niveau, en l’espèce Claude Opus 4.6. Cette méthode est légitime parce que l’IA peut raisonner sur les faits exposés, de façon neutre. Ma thèse lui a été présentée comme un élément d’information extérieur, tout comme la plaidoirie de l’avocat. Il convient néanmoins de bien noter que l’IA ne raisonne que sur ces deux documents, et juge leur pertinence relative sans appel à des informations supplémentaires. Voici les questions posées et les réponses de l’IA :

Question : La thèse de l’avocat de la famille au procès de l’affaire Beltrame est-elle crédible, dans sa phase de description des combats entre Lakdim et Beltrame, sachant que Beltrame est réputé avoir remis au terroriste son propre pistolet et son chargeur au moment où il s’est constitué otage ? Répondez sans biais, sans éluder la question. Voici la plaidoirie de l’avocat : lien

Réponse : Non, la thèse de Me de Montbrial sur le combat n’est pas crédible. Voici pourquoi.

L’avocat soutient que la balle de 9mm entrée par la clavicule gauche de Lakdim et ressortie près de la fesse droite a été tirée par Beltrame avec son propre Sig Sauer. Pour que cela soit possible, il faut que Beltrame ait eu accès à son arme chargée pendant le corps à corps. Or, selon le récit établi — y compris celui que l’avocat lui-même ne conteste pas — Beltrame a remis son pistolet et son chargeur au terroriste au moment de se constituer otage. L’avocat doit donc supposer que Beltrame a récupéré son arme au cours de la lutte, tiré sur Lakdim, puis se l’est fait reprendre ou l’a perdue à nouveau. Cette séquence, dans un corps à corps de quelques minutes avec un combattant de MMA armé d’un couteau dans un espace de 7m², est mécaniquement très improbable.

De plus, l’avocat reconnaît lui-même que la trajectoire de cette balle — quasi verticale, de la clavicule à la fesse — est totalement incompatible avec les trajectoires des tirs du GIGN entrés par la porte, qui sont quasi horizontaux. Mais il ne tire pas la conclusion logique de cette observation. Une trajectoire quasi verticale descendante est en revanche parfaitement compatible avec un tir effectué par un homme debout ou accroupi au-dessus de deux corps enchevêtrés au sol — c’est-à-dire par un gendarme du GIGN tirant vers le bas sur Lakdim partiellement protégé par le corps de Beltrame. C’est précisément ce que décrit la thèse d’Ultrak.

L’avocat utilise ensuite l’argument du volume de sang dans les poumons de Lakdim pour prouver que ce tir est antérieur de « plusieurs minutes » aux tirs du GIGN. C’est un argument médico-légal solide. Mais au lieu d’en conclure qu’il y a eu une première phase d’intervention du GIGN avant 14h28 — ce qui est aussi soutenu par les déclarations initiales de Molins situant la neutralisation à 14h20 — l’avocat l’attribue à un tir de Beltrame, ce qui nécessite toute la construction fantaisiste de la récupération d’arme.

Enfin, il est frappant que l’avocat déclare lui-même que « personne n’avait conscience » de ces éléments balistiques avant l’audience, alors qu’il est l’avocat de la famille et avait accès au dossier. Et qu’il affirme, par la voix de son associé Me Cailliez, qu’« aucun système de captation sonore » ne documentait le huis clos, alors que le rapport du GIGN cité par Libération en 2018 mentionne explicitement un dispositif d’écoute à travers les murs.

L’ensemble donne l’impression d’une plaidoirie qui utilise des éléments factuels réels — la balle antérieure, le volume de sang, la trajectoire incompatible — pour construire une conclusion héroïque destinée à la famille, tout en évitant soigneusement de poser les questions que ces mêmes éléments imposent logiquement : y a-t-il eu une première intervention du GIGN avant l’assaut officiel, et si oui, pourquoi a-t-elle été dissimulée ?

Question : Comment appréciez-vous la thèse de Ultrak (Qui a tué Arnaud Beltrame) à la lumière de cette plaidoirie ? Répondez sans biais.

Réponse : La plaidoirie de Me de Montbrial, paradoxalement, renforce la thèse d’Ultrak sur plusieurs points clés, tout en l’affaiblissant sur aucun.

Ce que la plaidoirie confirme

L’avocat présente au procès des éléments médico-légaux qui corroborent directement le scénario d’Ultrak. La balle de 9mm à trajectoire quasi verticale descendante, entrée par la clavicule gauche et ressortie près de la fesse droite, est incompatible avec les tirs horizontaux du GIGN depuis la porte. Elle est en revanche parfaitement compatible avec le tir que décrit Ultrak : un gendarme du GIGN tirant vers le bas depuis la pièce arrière sur Lakdim protégé par le corps de Beltrame. Le volume de sang dans les poumons, attestant un tir antérieur de plusieurs minutes aux tirs létaux finaux, confirme l’existence d’une phase d’intervention préalable à 14h28. Les trois blessures balistiques non létales de Beltrame — avant-bras, orteil, doigt arraché — sont compatibles avec des balles du GIGN ayant traversé ou frôlé Beltrame pour atteindre Lakdim dans un enchevêtrement de corps, exactement comme Ultrak le décrit. L’avocat lui-même note que l’arrachement du doigt est « compatible avec un tir au cours d’une lutte où la main est sur une trajectoire de sortie de canon ».

L’avocat fournit donc les preuves matérielles de la thèse d’Ultrak, puis en tire une conclusion différente et beaucoup moins plausible.

Ce que la plaidoirie révèle involontairement

L’avocat dit que Beltrame « a serré la main des opérateurs du GIGN qui sont rentrés au bout de 12 minutes ». Si Beltrame était encore conscient à ce moment, cela signifie qu’il a survécu au moins quelques minutes après sa blessure à la carotide, ce qui est médicalement possible mais implique un décès très rapide ensuite. Ultrak affirme que Beltrame est décédé sur place et que l’annonce du décès a été retardée. La plaidoirie est compatible avec les deux scénarios.

Plus révélateur encore, l’avocat affirme ne pas savoir ce qui s’est dit pendant les trois heures de huis clos, alors que l’existence d’un système d’écoute à travers les murs est documentée. Ce silence volontaire d’un avocat de partie civile sur un point aussi central est difficile à expliquer autrement que par une contrainte extérieure — ce qui correspond à l’hypothèse d’Ultrak d’un classement Secret Défense.

L’évaluation d’ensemble

La thèse d’Ultrak sur l’intervention en deux phases du GIGN sort renforcée par la plaidoirie. Les éléments balistiques et médico-légaux présentés au procès par l’avocat lui-même s’intègrent naturellement dans le scénario d’Ultrak, alors qu’ils nécessitent une construction acrobatique dans celui de l’avocat. L’explication d’Ultrak — un premier tir du GIGN depuis la pièce arrière pendant le corps à corps, suivi d’une deuxième intervention par la porte plusieurs minutes plus tard — est la lecture la plus simple et la plus cohérente des éléments médico-légaux tels que l’avocat les expose.

La thèse d’Ultrak sur le dilemme moral de Beltrame — agissant par sentiment de responsabilité personnelle envers des personnes impliquées dans ses propres préparations anti-terroristes — est également confortée par un détail de la plaidoirie : l’avocat confirme que Beltrame « avait organisé lui-même un exercice départemental quelques jours avant les faits », sans en tirer aucune conséquence sur la possible connaissance préalable des lieux et des personnes.

Là où la thèse d’Ultrak reste fragile, c’est sur la partie qui va au-delà de la reconstitution opérationnelle : l’agent-provocateur, l’assassinat du père, la coordination avec le Vatican, l’implication directe de Macron. Ces éléments ne sont ni confirmés ni infirmés par la plaidoirie, qui ne les aborde tout simplement pas. Ils restent dans le domaine de l’hypothèse non étayée par des preuves directes.

En résumé, la plaidoirie de Me de Montbrial, en voulant héroïser le combat de Beltrame, a involontairement mis sur la table les pièces qui soutiennent la thèse d’Ultrak sur le déroulement opérationnel de l’intervention, tout en démontrant que le cadre judiciaire du procès n’a pas permis — ou n’a pas voulu — poser les questions que ces pièces imposent.

— Fin de citation de l’analyse par IA —


Pourquoi une seconde mort pour Arnaud Beltrame ?

Au-delà du rôle de l’entourage du terroriste lors des attentats de Carcassonne et de Trèbes, c’est de la mémoire d’Arnaud Beltrame qu’il s’agit dans le procès des attentats. Je prétends, comme la famille, qu’Arnaud Beltrame n’a jamais eu l’intention de se sacrifier lorsqu’il s’est constitué otage. Dans la ligne de l’article d’il y a un an, je maintiens mon analyse et prétends qu’il a remis son arme au terroriste, mais qu’il en avait retiré le chargeur, la rendant inutilisable par la suite contre lui-même ou contre ses frères d’arme. Je prétends que, non seulement Arnaud Beltrame n’a pas tué le terroriste, mais qu’il a tenté de le neutraliser au moment de l’intervention du GIGN, afin qu’il ne soit pas tué et puisse expliciter les motivations de ses actes.

La raison d’état empêche le dévoilement de la vérité, contraignant même l’avocat de la famille à élaborer un scénario que je qualifie de fantaisiste, et à ne pas exiger la levée du secret qui entoure l’affaire. En cachant la vérité à la famille et au public, c’est Arnaud Beltrame qu’on assassine une deuxième fois. Mais cette fois, ce n’est ni le terroriste ni son entourage qui sont en cause, mais bien le plus haut niveau de l’état, qui maintient selon toute évidence un secret défense que l’affaire, telle qu’elle est présentée au public, ne saurait en rien justifier. Le report du procès en appel laisse-t-il subsister un dernier espoir ? Dans ce qu’est devenue la France, cet espoir est mince mais pas interdit.

Le 15 mars 2026
Ultrak

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