« Il a dit que je me victimise » : l’histoire de Camélia, 17 ans, qui s’est suicidée après avoir dénoncé un harcèlement scolaire
L’adolescente, scolarisée au lycée Honoré-de-Balzac à Mitry-Mory (Seine-et-Marne), s’est jetée sous un RER le 13 janvier. Quatre enquêtes judiciaires sont en cours.
Publié le 21/01/2026 05:48 Mis à jour le 21/01/2026 15:24

Des roses déposées en hommage à Camélia, sur les grilles de son lycée à Villeparisis-Mitry le Neuf (Seine-et-Marne), mi-janvier 2025. (FRANCE TELEVISIONS)
« Je t’aime et t’es la meilleure maman du monde. » Dans l’après-midi du mardi 13 janvier, Camélia, 17 ans, a écrit un dernier message à sa mère depuis son téléphone. Quelques minutes plus tard, elle s’est allongée sur les rails de la gare de Villeparisis-Mitry le Neuf (Seine-et-Marne), avant d’être percutée par un RER. Son décès a été déclaré à 17h57. Le geste de l’adolescente, filmé par les caméras de vidéosurveillance de la gare, était bien volontaire, a conclu la police.
Dès le lendemain, sa famille a porté plainte contre les personnes qui ont, assure-t-elle, encouragé le geste de Camélia. La jeune fille, scolarisée au lycée Honoré-de-Balzac, à Mitry-Mory (Seine-et-Marne), avait en effet raconté en décembre à sa mère être harcelée par plusieurs de ses camarades, a fait savoir le procureur de Meaux, Jean-Baptiste Bladier. Selon Salim, l’oncle de Camélia, le comportement de l’adolescente « avait changé ». « Elle ne mangeait plus, elle était anxieuse, avait des problèmes de sommeil », a-t-il rapporté au Parisien (Nouvelle fenêtre).
« Camélia disait qu’il y avait des rumeurs sur elle (…) qu’elle était l’objet de brimades, surtout dans la classe et dans les couloirs. C’étaient des moqueries sur son attitude, son physique ». Salim, oncle de Camélia au journal Le Parisien.
« Il y avait trois principaux harceleurs, mais aussi toute une classe derrière » qui laissait faire, a pour sa part dénoncé à l’AFP Sofia, 17 ans, la« meilleure amie pendant tout le collège » de Camélia. Selon plusieurs élèves interrogés par l’AFP, les insultes, parfois à caractère sexuel, ont démarré il y a un an. « Je lui ai dit que ça pouvait se régler si elle en parlait à l’établissement », a témoigné auprès de France Télévisions une voisine de Camélia. « On prenait le bus ensemble, a-t-elle expliqué. Elle me disait qu’elle se disputait un peu au lycée, que certaines filles la faisaient chier. »
« C’est bon, le proviseur s’en occupe »
La famille assure avoir échangé avec les professeurs de la jeune fille avant les congés de fin d’année et avoir alors obtenu des« réponses rapides », relate le parquet. À la rentrée de janvier, pourtant, « la situation ne s’était pas améliorée » malgré la convocation des élèves désignés par Camélia comme ses harceleurs, a expliqué la mère de la victime aux policiers. La famille a alors relancé la direction de l’établissement, selon Salim.
La veille de sa mort, puis le jour même, Camélia a été convoquée par le proviseur, selon les SMS qu’elle a envoyés à sa mère, révélés par Le Parisien(Nouvelle fenêtre), et dont France Télévisions a eu confirmation. « Il [le proviseur] était en colère », lui a-t-elle écrit lundi, après sa première convocation. « Ne fais plus attention à eux, c’est bon, le proviseur s’en occupe », lui a assuré sa mère le lendemain matin. « Ils ont dit que c’est moi la fautive et que j’aurai une sanction disciplinaire. Je t’aime de tout mon cœur. Je suis en cours, je te rappelle après », a répondu Camélia, après sa deuxième convocation, avant d’ajouter,quelques minutes plus tard : « Il a dit que je me victimise ». Elle a ensuite envoyé son dernier message, sous forme de déclaration d’amour à sa mère. Après son entretien avec le proviseur, la jeune fille a quitté le lycée, pris le RER B et est descendue en gare de Villeparisis-Mitry le Neuf, située à un quart d’heure de son établissement.

Sa mort a déclenché une vive émotion parmi les élèves de l’établissement, où une cellule psychologique a été ouverte. Plusieurs centaines de personnes, dont des parents et d’anciens élèves de l’établissement, se sont rassemblées deux jours plus tard, pour rendre hommage à la Camélia. « C’était une fille super souriante », a témoigné auprès de l’AFP Chloé, 18 ans, qui était dans sa classe, en terminale sciences et technologies du management et de la gestion. Selon Ilyana, qui la côtoyait en cours de sport et « rigolait souvent » avec elle, Camélia était une lycéenne « super ouverte » et qui a « vraiment bien caché » sa souffrance.
« L’Éducation nationale ne nous écoute pas »
Le rassemblement a aussi été l’occasion de dénoncer le harcèlement scolaire et la réponse de l’établissement. « Je suis dégoûtée que l’Education nationale ne nous écoute pas, ne nous entende pas. Ce n’est pas la première fois qu’une adolescente se suicide », a confié aussi à cette occasion une lycéenne à franceinfo. « On a presque tous la majorité, on est tous matures, on apprend ça depuis la primaire que ce n’est pas bien le harcèlement ! Ce n’est pas normal que l’on en soit arrivé là », a affirmé une autre, évoquant « de fausses rumeurs qui circulent sur des élèves » du lycée.
Le même jour, le procureur de Meaux a annoncé l’ouverture de quatre enquêtes. Les deux premières portent sur la mort de la lycéenne et sur le harcèlement scolaire qu’elle avait dénoncé. L’ampleur que l’affaire a pris en ligne a poussé la justice à lancer des investigations sur des « menaces violentes » reçues par la direction de l’établissement, « notamment sur les réseaux sociaux ». Le rectorat de Créteil a offert à ce titre au proviseur une protection fonctionnelle, fait savoir l’académie, qui dénonce un « cyclone médiatique et numérique ». La quatrième enquête relève d’un possible « harcèlement moral » subi par « des élèves susceptibles d’être impliqués dans les faits subis par la défunte », détaille le parquet. Le procureur a par ailleurs émis une mise en garde, face à « une possible instrumentalisation de ces faits humainement dramatiques ».
D’autres rassemblements de lycéens ont eu lieu. Plusieurs dizaines de personnes se sont réunies devant l’établissement à la mi-journée vendredi, refusant de retourner en cours et demandant des mesures concrètes contre les élèves soupçonnés d’avoir harcelé Camélia. Quelques heures plus tard, le ministre de l’Éducation, Edouard Geffray, a déclaré avoir demandé l’ouverture d’une enquête administrative pour « clarifier les faits » et« prendre les mesures nécessaires », évoquant un « drame humain atroce ». Il a également apporté son soutien au personnel de l’établissement. L’académie de Créteil avait auparavant déclaré ne pas ouvrir d’enquête administrative « à ce stade » car il n’y avait, selon elle, pas d’éléments suggérant qu’il y ait eu un dysfonctionnement dans le système d’alerte harcèlement.
« Un panorama très complexe », selon le procureur
Le proviseur du lycée Balzac de Mitry-Mory (Seine-et-Marne) a de son côté été mis en retrait de ses fonctions à sa demande, le temps de l’enquête, a appris mercredi ICI auprès du rectorat de Créteil. Lundi, dans Le Parisien, l’oncle de Camélia avait réclamé cette mise à l’écart, poussant le procureur de Meaux à une nouvelle mise en garde mardi, appelant « solennellement à la plus grande prudence dans l’expression publique et la mise en cause médiatique de personnes, notamment le proviseur, qui seront amenées à faire connaître, devant les enquêteurs, leur propre version des faits ». « Les témoignages d’ores et déjà recueillis par le service enquêteur permettent de dresser un panorama très complexe des interactions entre les lycéens et les lycéennes concernés ou susceptibles de l’être », a-t-il ajouté.
Si le temps judiciaire n’en est qu’à ses débuts, les proches de Camélia souhaitent, eux, ne pas attendre pour rendre hommage à l’adolescente. Ils réfléchissent à organiser une marche blanche, dimanche, avant les funérailles organisées en Algérie, d’où la famille est originaire. « Loin de ses harceleurs », explique son oncle.
Si vous avez des pensées suicidaires, si vous êtes en détresse ou si vous voulez aider une personne en souffrance, il existe plusieurs services d’écoute anonymes et gratuits. Le numéro national 3114 est notamment joignable 24h/24 et 7j/7 et met à disposition des ressources sur son site(Nouvelle fenêtre). L’association Suicide écoute(Nouvelle fenêtre) propose un service similaire au 01 45 39 40 00. D’autres numéros, dédiés notamment aux plus jeunes, sont disponibles sur le site du ministère de la Santé(Nouvelle fenêtre). Le ministère propose aussi une page consacrée à la formation, pour repérer, évaluer et intervenir(Nouvelle fenêtre). Vous trouverez également des informations complémentaires sur le site de l’Assurance-maladie(Nouvelle fenêtre).
Source : France Info
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- Nouvel Obs – Suicide d’une lycéenne de 17 ans à Mitry-Mory : enquêtes judiciaires et administrative, harcèlement scolaire… Ce que l’on sait de la mort de Camélia
- Le Monde – Après le suicide de Camélia, lycéenne de 17 ans, à Mitry-Mory sur fond de harcèlement scolaire, sa famille porte plainte
- La Nouvelle République – Seine-et-Marne : une enquête ouverte après le suicide de Camélia, 17 ans, victime de harcèlement scolaire selon sa famille
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