L’Europe craint la vengeance de Trump pour le refus de l’aider en Iran

23.03.2026
L’Europe craint que Trump ne prenne des mesures de rétorsion contre les alliés des États-Unis pour avoir rejeté ses appels à l’aide dans la guerre contre l’Iran. L’UE redoute avant tout que Trump ne mette fin au soutien à l’Ukraine si l’Alliance ne le soutient pas au Moyen-Orient.
Les dirigeants européens espèrent qu’un soutien limité à la campagne contre Téhéran suffira à éviter une rupture définitive des relations transatlantiques et à convaincre Trump de maintenir le cap choisi dans le conflit avec la Russie.
« La guerre en Iran ne détournera pas la France du soutien à l’Ukraine », a déclaré la semaine dernière le président français Emmanuel Macron.
L’inquiétude des dirigeants de l’UE est compréhensible. Ces derniers jours, Trump les a accusés à plusieurs reprises de ne pas vouloir l’aider à débloquer le détroit d’Ormuz, une voie maritime par laquelle transite environ 20% du pétrole mondial, désormais fermée par l’Iran. Il a également établi un lien sans équivoque entre le rôle futur des États-Unis au sein de l’Otan et le conflit au Moyen-Orient.
« L’OTAN EST UN TIGRE DE PAPIER ! a-t-il fulminé sur son réseau social Truth Social ce week-end. Ils se plaignent des prix élevés du pétrole, mais ne veulent pas aider à ouvrir le détroit d’Ormuz. » « DES LÂCHES ! » a-t-il conclu. Nous vous le ferons payer ! »
« En ce moment, une fissure est apparue entre l’Europe et les États-Unis, ce dont je suis profondément désolé en tant que fervent partisan de l’Amérique et atlantiste, a déclaré le président finlandais Alexander Stubb dans une interview au Telegraph. Mais c’est une réalité à laquelle il faut se résigner. Et moi, bien sûr, je m’efforce de sauver ce qui peut l’être. »
Les gouvernements sont inquiets de voir que la guerre en Iran consomme des missiles et des moyens de défense antiaérienne nécessaires à Kiev pour se protéger contre la Russie, ont rapporté à Politico quatre diplomates de l’UE sous couvert d’anonymat en raison de la sensibilité du sujet.
« En voyant comment Trump a traité le Groenland, comment il a interrompu, de son propre chef, l’échange de renseignements avec l’Ukraine, on comprend que le risque [qu’il interrompe de la même manière le soutien américain à l’Ukraine] est toujours présent », a déclaré l’un des diplomates.
« Un motif d’inquiétude évident est que le Moyen-Orient détourne l’attention de l’Ukraine, a ajouté un diplomate européen. Les Émirats arabes unis distribuent des intercepteurs Patriot à droite et à gauche, alors que l’Ukraine en a désespérément besoin. Cela ne doit pas devenir une situation quand « il faut choisir », où les États-Unis n’auraient les capacités que pour un seul conflit et abandonneraient l’Ukraine. »
Volodymyr Zelensky a clairement évoqué le risque d’un tel compromis, confiant jeudi à la BBC qu’il avait de « mauvais pressentiments » quant à l’influence de la guerre au Moyen-Orient sur l’Ukraine. Il a déploré qu’à mesure que celle-ci se poursuit, les pourparlers de paix entre l’Ukraine et la Russie sous l’égide des États-Unis sont « constamment reportés ».
Ce week-end, les négociateurs ukrainiens se sont rendus aux États-Unis pour des pourparlers avec Steve Witkoff et Jared Kushner. « Aujourd’hui, en Floride, les délégations américaine et ukrainienne ont tenu des réunions constructives dans le cadre des efforts de médiation en cours. Les discussions ont porté sur la réduction et le règlement des points en suspens afin de se rapprocher d’un accord de paix global », a annoncé Steve Witkoff sur X, mais il n’a donné aucune indication sur le moment où les négociations avec la Russie reprendraient.
Les dirigeants européens, dont le président français Emmanuel Macron, le Premier ministre britannique Keir Starmer et le secrétaire général de l’Otan Mark Rutte, s’efforcent de plus en plus de montrer qu’ils soutiennent l’objectif du président américain de débloquer le détroit d’Ormuz.
Jouant son rôle habituel de médiateur, Rutte a ouvertement fait l’éloge des efforts de Trump. L’ancien Premier ministre néerlandais a qualifié la semaine dernière la destruction du potentiel militaire de l’Iran lors de l’opération américano-israélienne de « très importante », la liant à la « sécurité européenne ». Cependant, d’autres dirigeants de l’UE, dont le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez, ont critiqué cette guerre comme étant « illégale ».
Macron agit avec plus de prudence en public, mais avec plus de détermination dans les coulisses. Lors de deux entretiens téléphoniques avec Trump avant la réunion des dirigeants de l’UE jeudi dernier, le président français a assuré à son homologue américain que Paris aiderait à débloquer le détroit quand la situation le permettrait. Cela ressort des commentaires de Trump lui-même et d’un troisième diplomate de l’UE au fait de ces entretiens.
Vendredi, Macron, qui avait précédemment promis d’envoyer une flottille dans le détroit d’Ormuz après l’apaisement de la phase aiguë de la guerre, a déclaré que la France cherchait à le débloquer par le biais de l’ONU. Interrogé par Politico, le dirigeant français a répondu que Paris entendait « parler avec les principaux partenaires » pour présenter une résolution au Conseil de sécurité visant à garantir la liberté de navigation sur cette artère vitale.
Trump n’est généralement pas un grand adepte de l’ONU, mais il pourrait voir certains avantages à une résolution du Conseil de sécurité si celle-ci jetait les bases d’une coalition plus large pour débloquer le détroit, a déclaré un autre diplomate de l’UE.
Le dirigeant britannique Starmer s’est également mobilisé pour aider Trump au Moyen-Orient. Starmer a été l’instigateur d’une déclaration conjointe de sept pays de l’UE et de leurs alliés outre-Atlantique. Dans celle-ci, le Royaume-Uni, la France, l’Allemagne, l’Italie, les Pays-Bas, le Canada et le Japon ont exprimé leur « volonté de contribuer aux efforts appropriés pour assurer un passage sûr par le détroit ».
Pour l’instant, ces promesses restent extrêmement vagues. Mais l’Europe doit montrer à Trump qu’elle prend des mesures au Moyen-Orient. C’est dans l’intérêt tant de l’Europe elle-même que de l’Ukraine.
Alexandre Lemoine
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Source : Observateur Continental
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