La crédibilité de Doctissimo menacée par un article de Magali Régnier qui parait ignorer la cancérologie et les statistiques.

Par le Dr Gérard Delépine

Dans un article récent1 paru dans Doctissimo, Magali Régnier Journaliste prétend qu’un vaccin anti HPV pourrait « traiter les femmes aux premiers stades de cancer du col de l’utérus » en citant sans modération un article paru dans « Cancer Clinical Response »2.

A-t-elle réellement lu l’article ? Connait-elle la définition du cancer ? Soit-elle comment évoluent naturellement les dysplasies intraépithéliales de degré 3 ? A-t-elle quelques notions de statistiques appliquées aux essais thérapeutiques ?

Devant de telles désinformations qui nuisent gravement à la crédibilité de Doctissimo, un rappel de l’état de la science sur ces questions s’impose.

Un article avec davantage d’auteurs que de malades !

L’article se base sur un effectif de 18 vaccinées. Il a fallu 20 coauteurs pour les recruter et les analyser ! Une telle débauche d’auteurs (dont la majorité vit de la vaccination ) pour un nombre de malades examinés si minuscule interroge sur l’intérêt autre que publicitaire de l’étude et de sa publication.

Les CIN3 ne sont pas des cancers et régressent souvent spontanément.

Magali Régnier, qui n’est pas médecin, paraît ignorer que les CIN33 ne sont pas des cancers, mais des dysplasies (anomalies bénignes). Les CIN3 4 peuvent précéder des cancers, mais tout autant disparaître sans traitement. La plus grande macroanalyse du sujet5 portant sur 81 publications et 27.929 patients estime les chances de guérison spontanée des CIN3 à 35% (valeur probable statistiquement comprise entre 16 et 54%).

Magali Régnier aurait dû titrer que le vaccin pourrait être « susceptible de traiter les femmes souffrant de dysplasies grade 3 du col de l’utérus », mais l’article cité ne permet pas cette conclusion car la différence avec l’évolution naturelle n’est pas statistiquement significative !

Une puissance statistique de l’article totalement insuffisante.

La fiabilité des conclusions d’un article dépend entre autres du nombre de malades examinés qui détermine la puissance statistique de l’étude. Conclure sur seulement 18 cas est très imprudent, surtout lorsque le taux de régression observé après traitement n’est que de 50%.

Des conclusions non étayées par l’analyse statistique

Lorsqu’on sait le taux de régression sans traitement atteint 16 à 54%, conclure que le vaccin l’augmenterait tient d’une foi aveugle qui ignore les règles élémentaires des statistiques !

En conclusion.

Cet article qui confond CNI3 (dysplasies bénignes) et cancer, qui ne s’étonne pas d’un nombre d’auteurs dépassant le nombre de malades examinés, et qui met en avant des conclusions ignorant les règles élémentaires de statistiques nuit gravement à la réputation de Doctissimo. Espérons que le comité de rédaction se montrera plus vigilant à l’avenir.

1 Le vaccin contre le papillomavirus pourrait aussi traiter les femmes aux premiers stades de cancer du col de l’utérus Doctissimo Publié le 28/01/2025

2 Doctissimo Le vaccin contre le papillomavirus pourrait aussi traiter les femmes aux premiers stades de cancer du col de l’utérus

3 Cervical intraepithelial neoplasia

4

5 Melnikow J, Nuovo J, Willan AR, Chan BK, Howell LP. Natural history of cervical squamous intraepithelial lesions: a meta-analysis. Obstet Gynecol. 1998 Oct;92(4 Pt 2):727-35. doi: 10.1016/s0029-7844(98)00245-2. PMID: 9764690.

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