« Devant l’Histoire » ? Un champ de ruines !
Auteur(s) Alain Tranchant pour France-Soir Publié le 23 janvier 2026 – 18:45

AFP
Sur le perron de l’Hôtel de Matignon, le 3 octobre dernier, il avait convoqué « Michel Debré et le général de Gaulle » pour annoncer qu’il renonçait à une disposition de leur Constitution. Curieux, pour le moins. Et même, avais-je écrit ici même, biscornu. À l’Assemblée nationale, mardi 20 janvier, il en appelé à « l’Histoire » devant laquelle ses opposants « devront rendre compte de leur action ». Fichtre !
Ce 20 janvier qui était non seulement, suivant le calendrier, la saint Sébastien – n’est-ce pas M. Lecornu ? – mais qui était également le jour où la loi sur la fin de vie revenait en discussion devant le Parlement.
Mais un jour de fête n’autorise pas tout, et surtout pas le parjure pour qui avait déclaré, trois mois et demi plus tôt, qu’on ne le prendrait pas, lui que son chef depuis 2017 avait fini par nommer à Matignon, à avoir recours à l’outil du parlementarisme rationalisé que constitue l’article 49.3 de la Constitution de 1958.
En sortant du conseil des ministres, convoqué à la hâte ce lundi dans l’après-midi, le locataire de la rue de Varenne avait confié, depuis l’Élysée, son « regret » et son « amertume » au moment où il violait son serment pour assurer la fin de vie du second quinquennat Macron et, accessoirement, sa propre survie à Matignon.
Il y a quelque temps déjà que son supérieur s’impatientait et le pressait d’en finir avec ces palabres budgétaires et de donner – « quoi qu’il en coûte », c’est encore le cas de le dire – un budget à la France, de sorte qu’il puisse reprendre son bâton de pèlerin sur la scène internationale, où pourtant sa voix ne porte plus guère.
Mais, pour M. Lecornu, après sa capitulation en rase campagne devant les exigences du parti socialiste, c’était prendre un grand risque de mêler « l’Histoire » aux petitesses d’un pouvoir qui n’a plus d’autre moyen que de se renier et d’autre objectif que d’occuper les palais nationaux.
Et ce que « l’Histoire » retiendra, ne lui en déplaise, c’est qu’il a eu tout faux sur toute la ligne. Jamais, en près de 68 ans de Vᵉ République, un Premier ministre n’avait pris un pareil engagement de renoncer à une prérogative que la Constitution a donné au pouvoir exécutif, précisément afin de remédier aux dérives des Républiques antérieures, où il était monnaie courante que le budget de l’État ne soit pas adopté dans les délais requis, et où l’on avait l’habitude de fonctionner avec des « douzièmes provisoires », c’est-à-dire suivant le budget de l’année précédente, dans l’attente du vote du budget de l’année en cours.
À l’occasion de ce débat budgétaire, on a pu entendre sur les ondes ou lire sur les journaux que l’homme de Matignon était « habile ». Je ne voyais pas ce qui autorisait à lui appliquer ce qualificatif. Il est tellement facile, avec les milliards dont on ne dispose pas et en creusant la dette, de donner satisfaction à des opposants pour ne pas être censuré. Aujourd’hui, la preuve est faite : il a été tout, sauf habile. D’où sans doute cette colère difficilement rentrée au moment de se dédire.
Les derniers évènements font d’ailleurs plutôt penser au « Je décide, et il exécute », le célèbre aphorisme de Jacques Chirac appliqué à son ministre des finances, Nicolas Sarkozy, que M. Macron peut reprendre à son compte à la fin du feuilleton budgétaire. Bien sûr, Sébastien Lecornu a exécuté, et retourné sa veste. Bonjour, le retour au 49.3 ! Mais à quel prix ?
D’abord, le renoncement à la parole donnée. On dira, non sans raison, que c’est monnaie courante en politique. Mais l’exemple vient d’en haut (combien de référendums annoncés par M. Macron qui n’ont jamais vu le jour ?), et il n’était pas utile d’en rajouter une couche, de discréditer davantage encore la parole publique.
D’autre part, le prix à payer est élevé, très élevé même, pour permettre à un Président désavoué par le peuple français d’aller au terme de 10 années de pouvoir qui ne seront certainement pas gravées dans le marbre des grands mandats présidentiels. À la renonciation à la réforme des retraites, il a fallu ajouter une augmentation des dépenses sociales, pour ne pas dire socialistes, de 8 milliards d’euros, et une augmentation des impôts qui pèsent sur les entreprises, puisque ce gouvernement est incapable d’organiser une quelconque diminution des frais généraux de la nation et de réduire le train de vie de l’État.
Dans un pays qui peut se vanter d’être le champion du monde des prélèvements obligatoires, c’est méconnaître gravement une loi élémentaire : ce sont les entreprises privées qui créent les emplois, et l’on ne devrait distribuer que la richesse que l’on est capable de produire.
Au total, il est certain que « l’Histoire » chère à M. Lecornu ne retiendra de la fin de la Macronie qu’un immense champ de ruines : 10 années perdues pour la France, une France endettée comme jamais et ridiculisée dans le concert des nations, un État abaissé, une autorité évaporée, une insécurité généralisée, des services publics qui ne fonctionnent plus.
Au lendemain des élections municipales, dès la fin mars, les grandes manœuvres pour 2027 vont commencer. Les tenants de la « stabilité » ont promis aux Françaises et aux Français qu’ils auraient droit à une belle et longue campagne électorale, au contraire de ce qu’aurait donné une brève campagne s’ils avaient opté pour une démission de M. Macron après les élections législatives perdues de 2024.
Dans la situation de la France de 2026, qui n’ira pas en s’améliorant dans les mois à venir, j’aimerais me tromper en écrivant que l’on va assister – une fois encore – à un concert de démagogie en total décalage avec les nécessités du redressement de la France, de son économie, de ses finances, qui ne pourra passer que par un choc de confiance.
De cela, nous aurons le temps de reparler.
Source : France Soir
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