L’actrice Susan Sarandon est interdite de télévision et à Hollywood à cause de son soutien à Gaza

Susan Sarandon aurait pu choisir le confort d’une carrière immense, d’un Oscar et d’un nom connu dans le monde entier. Elle a choisi de parler. Son soutien aux Palestiniens et ses appels à un cessez-le-feu à Gaza lui ont coûté son agence et une partie de son travail aux États-Unis. À 79 ans, l’actrice raconte être écartée de la télévision et de grandes productions hollywoodiennes. Une sanction professionnelle qui ne l’a pourtant pas convaincue de se taire.

À Hollywood, un Oscar peut rester sur la cheminée plus longtemps qu’un contrat lorsqu’on commence à parler de Gaza.

En février 2026, à Barcelone, Susan Sarandon reçoit le Goya international pour l’ensemble de sa carrière. Devant les journalistes, elle raconte sans détour ce qui lui est arrivé après ses prises de position sur Gaza. « Mon agence m’a licenciée spécifiquement parce que j’ai manifesté et pris la parole au sujet de Gaza, parce que j’ai demandé un cessez-le-feu. Et il est devenu impossible pour moi de passer à la télévision », explique-t-elle. Elle ajoute qu’elle ne pouvait plus participer à « aucun grand film » ni à quoi que ce soit directement lié à Hollywood.

L’actrice ne parle pas d’un simple désaccord sur les réseaux sociaux. United Talent Agency, l’une des grandes agences hollywoodiennes, a effectivement cessé de la représenter en novembre 2023. Sarandon raconte avoir ensuite cherché du travail ailleurs, notamment en Angleterre et en Italie. Même là, les pressions l’ont suivie : un réalisateur italien qui venait de l’engager lui aurait confié qu’on lui avait conseillé de ne pas la faire travailler.

En 2026, Hollywood ne lui a toujours pas pardonné

Sept mois après ses déclarations de Barcelone, le sujet n’était toujours pas derrière elle. Le 6 septembre 2026, à la Mostra de Venise, Susan Sarandon expliquait que des rôles continuaient à lui échapper. « On m’a encore retiré des rôles récemment, parce qu’il y a des agences qui disent aux gens de ne pas m’engager », déclarait-elle devant la presse.

Elle travaille encore, mais autrement. Loin des grosses machines hollywoodiennes, Sarandon tourne dans des productions indépendantes et européennes. Elle a notamment travaillé en Italie et joué plusieurs mois sur la scène de l’Old Vic à Londres. Une carrière désormais organisée autour de ceux qui acceptent encore de l’engager, plutôt qu’autour des studios américains qui ont accompagné une grande partie de son parcours.

La situation ne semble pas l’avoir rendue plus docile. Le 24 septembre 2026, quelques semaines seulement après Venise, Susan Sarandon était interpellée à New York lors d’une manifestation contre Benjamin Netanyahou, alors que le Premier ministre israélien devait prendre la parole devant l’Assemblée générale de l’ONU. À 79 ans, l’actrice de Thelma & Louise se retrouvait une nouvelle fois dans la rue, menottée par la police avec d’autres manifestants.


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Susan Sarandon n’a pas attendu Gaza pour prendre des risques

Présenter cette histoire comme une soudaine conversion militante serait passer à côté du personnage. Susan Sarandon prend publiquement position depuis des décennies, y compris lorsque cela menace directement son image ou son travail.

En mars 1993, elle monte sur la scène des Oscars avec Tim Robbins. Ils sont là pour remettre le prix du meilleur montage, mais utilisent quelques secondes de direct pour parler de 266 réfugiés haïtiens séropositifs retenus à Guantánamo. Le geste provoque la colère des organisateurs de la cérémonie. Quelques jours plus tard, Sarandon et Robbins assument publiquement leur intervention.

Avec le recul, elle reconnaîtra que la scène lui avait demandé un véritable effort. Désobéir au scénario, devant des millions de téléspectateurs et avec des gens qui criaient en coulisses, lui avait été difficile. Elle l’a fait tout de même. Trois ans plus tard, Hollywood lui remettra l’Oscar de la meilleure actrice pour La Dernière Marche.

Contre la guerre en Irak bien avant que cela ne devienne confortable

Dix ans plus tard, Susan Sarandon est encore dans la rue. En 2002 et 2003, tandis que l’administration de George W. Bush prépare l’invasion de l’Irak, elle participe aux grands rassemblements antiguerre organisés aux États-Unis. Elle intervient publiquement aux côtés d’autres artistes et militants et s’oppose à une guerre préventive dont elle redoute le coût humain pour les Irakiens comme pour les soldats américains.

Cette opposition n’est pas sans conséquence. En pleine période patriotique suivant les attentats du 11 septembre, critiquer une guerre voulue par Washington expose les personnalités publiques à de violentes réactions. Sarandon continue pourtant de participer aux rassemblements et aux émissions consacrées à l’opposition à l’invasion.

Son engagement dépasse également les conflits armés. En 1999, l’UNICEF la nomme ambassadrice de bonne volonté. Elle se rend ensuite en Inde et en Tanzanie pour soutenir des programmes destinés aux enfants, notamment ceux touchés par le VIH et le sida.

Gaza : le prix d’une parole qui ne rapporte rien

À partir d’octobre 2023, Sarandon participe à des rassemblements en soutien aux Palestiniens et demande un cessez-le-feu à Gaza. C’est dans ce contexte qu’elle prononce, lors d’une manifestation à New York, une phrase comparant la peur éprouvée par certains Juifs américains à celle vécue par les musulmans confrontés aux discriminations aux États-Unis. Elle présentera ensuite ses excuses pour cette formulation, expliquant qu’elle avait involontairement pu minimiser l’histoire des persécutions antisémites.

Mais son appel en faveur d’un cessez-le-feu, lui, ne disparaît pas. Pas plus que son soutien aux Palestiniens. Alors même que son agence la lâche et que les grandes productions se raréfient, elle continue de parler de Gaza, de manifester et de dénoncer le soutien américain à Israël.

Son parcours prend alors une dimension particulière. Il est facile pour une vedette de défendre une cause qui lui rapporte des applaudissements, une campagne publicitaire ou une belle photographie sur un tapis rouge. La mesure d’une conviction change lorsque la même parole commence à coûter des contrats, de l’argent et des années de carrière.


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À 79 ans, elle continue et les autres (Blanche Gardin, Dieudonné) aussi

Susan Sarandon n’a plus grand-chose à prouver au cinéma. Cinq nominations aux Oscars, une statuette, Thelma & Louise, La Dernière Marche, Atlantic City, Le Client : sa place dans l’histoire du cinéma américain ne dépend plus du prochain contrat qu’un studio acceptera ou non de lui donner.

C’est peut-être aussi ce qui rend son cas intéressant. Elle sait désormais très concrètement ce que certaines prises de position peuvent lui coûter. Elle raconte avoir perdu son agence, être devenue indésirable à la télévision américaine et voir encore des rôles lui échapper. Malgré cela, elle n’a pas changé de sujet.

Cette histoire résonne aussi en France. Blanche Gardin en a fait l’amère expérience après son sketch de juillet 2024 consacré à Gaza et aux accusations d’antisémitisme : l’humoriste raconte ne plus recevoir de propositions de cinéma, avoir été lâchée par son agente et avoir vu disparaître une partie de son activité professionnelle.

Bien avant elle, Dieudonné avait connu une rupture autrement plus brutale avec le paysage médiatique français. Le 1er décembre 2003, alors que Gaza était encore très loin d’occuper la place qu’elle occupe aujourd’hui dans le débat public, il apparaissait en direct sur France 3 dans le rôle d’un colon israélien extrémiste. Le sketch provoqua un tollé et marqua un tournant dans sa carrière médiatique ; les années suivantes furent jalonnées de polémiques, de condamnations judiciaires et, plus récemment encore, d’interdictions répétées de ses spectacles.

Susan Sarandon, Blanche Gardin, Dieudonné : trois parcours très différents, mais une même réalité apparaît lorsque la parole d’un artiste devient trop coûteuse pour ceux qui l’emploient. À ce moment-là, continuer à parler n’est plus seulement une posture : cela peut vouloir dire perdre des rôles, des revenus, des scènes et parfois une grande partie de sa carrière.

par Le Média en 4-4-2

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