Zamir au gouvernement : Tsahal pourrait « s’effondrer » à cause du manque d’effectifs

Le chef de Tsahal a demandé l’adoption de lois pour enrôler les Haredim et prolonger la durée du service militaire ; Avi Bluth a dit aux ministres que leurs politiques en Cisjordanie ajoutaient encore à la charge des soldats

Par Stav Levaton et Ariela Karmel 27 mars 2026, 11:21

Le chef d’état-major de l’armée israélienne, le lieutenant-général Eyal Zamir, s’exprimant dans une allocution vidéo le 21 mars 2026. (Crédit : Armée israélienne)

Selon certaines informations, le chef d’état-major de l’armée, le lieutenant-général Eyal Zamir, a prévenu cette semaine, lors d’une réunion du cabinet de sécurité, que « l’armée israélienne allait s’effondrer sur elle-même », face à des exigences opérationnelles croissantes et face à une pénurie d’effectifs de plus en plus importante.

« Je pourrais vous tirer dix signaux d’alarme », a déclaré Zamir aux ministres, des propos qui ont été rapportés jeudi par la Treizième chaîne.

« Aujourd’hui, l’armée israélienne a impérativement besoin d’une loi sur la conscription, d’une loi sur le service de réserve et d’une loi sur l’allongement de la durée du service obligatoire », a-t-il ajouté. « Avant longtemps, l’armée israélienne ne sera plus en mesure d’assurer ses missions de routine, et le système de réserve ne tiendra plus. »

Les propos de Zamir ont déclenché les critiques des membres de l’opposition, qui ont accusé le gouvernement de négliger la sécurité du pays et qui ont appelé à redoubler d’efforts pour mobiliser les hommes ultra-orthodoxes. Dans un communiqué, le cabinet du Premier ministre a, pour sa part, imputé la responsabilité de cette situation aux blocages juridiques entravant l’adoption de la législation consacrée au recrutement des jeunes hommes de la communauté haredi au sein de Tsahal. Kibboutz Beeri au cœur des ruines Keep Watching

Le major général Avi Bluth, chef du Commandement central, qui assistait à la réunion du cabinet, a indiqué que les politiques appliquées par le gouvernement en Cisjordanie exerçaient une pression croissante sur les effectifs déjà très sollicités de l’armée israélienne, a rapporté la chaîne N12. Selon certaines sources, Bluth aurait fait remarquer aux ministres qu’au cours de l’année écoulée, ils avaient approuvé la création de nombreuses implantations dans la vallée du Jourdain et dans toute la Cisjordanie — autant de projets nécessitant une sécurité renforcée.

« Ce sont vos politiques », aurait affirmé Bluth, « mais elles impliquent des mesures de sécurité et un dispositif de protection complet, en raison de l’évolution radicale de la situation sur le terrain. Cela demande des effectifs. »

Des images d’incidents violents impliquant des partisans du mouvement pro-implantations ont été montrées aux ministres lors de la réunion, a fait savoir N12.

Depuis le début de la guerre avec l’Iran, les attaques perpétrées par des partisans extrémistes du mouvement pro-implantations ont connu une forte recrudescence. Cette semaine, l’armée israélienne a redirigé un bataillon d’infanterie qui devait être déployé au Liban vers la Cisjordanie, suite à une série d’attaques menées par des membres du mouvement pro-implantations contre des Palestiniens. D’après l’armée, des effectifs supplémentaires pourraient être nécessaires pour faire face à ces attaques.

Le député Yair Lapid, chef de file de l’opposition et président du parti Yesh Atid, préside une réunion de son groupe parlementaire à la Knesset, le parlement israélien, à Jérusalem, le 23 mars 2026. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Au cours d’une conférence de presse organisée après la diffusion du reportage de la Treizième chaîne, le chef de l’opposition Yair Lapid a accusé le gouvernement d’avoir « envoyé l’armée dans une guerre sur plusieurs fronts sans stratégie, sans ressources suffisantes et avec trop peu d’hommes ».

« Cette fois, le gouvernement ne pourra pas dire qu’il ne savait pas. Ce sont eux qui ont nommé ce chef d’état-major. Ils ne pourront pas le politiser et lui faire porter le chapeau », a renchéri Lapid, soulignant que le Premier ministre Benjamin Netanyahu ne pourra pas dire : « Je ne suis pas responsable. »

Lapid a exhorté le gouvernement à redoubler d’efforts pour mobiliser les hommes ultra-orthodoxes, qui bénéficient depuis longtemps d’exemptions généralisées du service militaire – une situation que le gouvernement avait auparavant cherché à inscrire dans la loi.

Le gouvernement « doit lutter contre le terrorisme juif par tous les moyens disponibles », a-t-il poursuivi, appelant l’exécutif à « dépouiller de son autorité » le ministre de la Sécurité intérieure d’extrême droite Itamar Ben Gvir, lequel « soutient ouvertement les terroristes juifs », ainsi qu’à « déployer toutes les capacités de maintien de l’ordre ».

L’ancien Premier ministre Naftali Bennett prend la parole lors de la Conference of Presidents of Major American Jewish Organizations à Jérusalem, le 17 février 2026. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Dans une interview accordée à la chaîne N12, l’ancien Premier ministre Naftali Bennett, qui est considéré comme l’un des principaux rivaux de Netanyahu lors des élections de cette année, a lui aussi insisté pour que le gouvernement enrôle les ultra-orthodoxes, soutenant que les dirigeants israéliens « empêchaient l’armée israélienne de gagner ».

« L’armée israélienne est à court de 20 000 soldats », a-t-il expliqué. « Il y a aujourd’hui 100 000 jeunes haredim en âge de servir et en bonne santé. Il suffirait d’en recruter un cinquième pour résoudre le problème. »

Gadi Eisenkot, ancien chef d’état-major de l’armée israélienne qui se présente également contre Netanyahu, s’est quant à lui adressé au gouvernement dans un message publié sur le réseau social X : « Vous ne pourrez plus dire que vous ne saviez pas. Le chef d’état-major ‘tire dix signaux d’alarme’, les réservistes et leurs familles clament leur désarroi, mais le gouvernement israélien les ignore, et continue d’encourager les exemptions au service militaire. »

Gadi Eisenkot participe à une conférence à l’Academic College de Tel-Aviv, le 6 janvier 2026. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

Le chef du parti Les Démocrates Yair Golan a estimé que le gouvernement « crachait au visage des réservistes » et « les sacrifiait au profit des réfractaires à la conscription ».

Le député Benny Gantz, chef du parti HaMahane HaMamlahti-Kakhol lavan et ancien chef de l’armée israélienne, a quant à lui qualifié l’avertissement de Zamir de « condamnation sévère du gouvernement en temps de guerre ».

Dans une déclaration rapportée par les médias israéliens, le cabinet de Netanyahu a accusé les personnalités de l’opposition d’avoir détourné les propos de Zamir.

Selon le cabinet du Premier ministre, Zamir a appelé à l’adoption de lois réglementant la conscription, le service de réserve et l’allongement de la durée du service militaire obligatoire. Le cabinet de Netanyahu a assuré qu’il s’efforçait de faire voter ces lois, mais qu’il se heurtait à l’opposition des conseillers juridiques.

Cependant, les hauts responsables de l’armée israélienne ne soutiennent pas la loi du gouvernement sur l’exemption du service militaire. En décembre, un haut gradé a notamment déclaré que ce texte ne permettrait pas de résoudre la pénurie d’effectifs militaires. Après le début de la guerre avec l’Iran, Netanyahu et le ministre des Finances Bezalel Smotrich ont annoncé que le projet de loi allait être mis de côté.

Certains députés du Likud, le parti au pouvoir, ont fait écho à l’avertissement rapporté de Zamir.

Le député Dan Illouz, qui s’était opposé au projet de loi sur l’exemption de conscription des Haredim, a publié sur X : « Être de droite, c’est avant tout privilégier la sécurité. »

« On ne peut pas exiger l’annexion, l’établissement d’implantations et la victoire totale, puis laisser l’armée nationale s’effondrer par manque de soldats », a-t-il écrit.

Dans un message sur X, le député Likud Eli Dallal a pour sa part appelé le gouvernement à mettre en application ses lois et à enrôler les hommes ultra-orthodoxes, soulignant qu’il s’agissait du seul moyen d’empêcher que le problème d’effectifs de l’armée israélienne ne s’aggrave davantage.

Le député Boaz Bismuth préside une réunion de la commission des Affaires étrangères et de la Défense à la Knesset, le Parlement israélien à Jérusalem, le 24 février 2026. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

D’autres députés du Likud ont préféré diriger leur colère contre Zamir.

Boaz Bismuth, président de la commission des Affaires étrangères et de la Défense de la Knesset et architecte du projet de loi sur l’exemption, a pour sa part dénoncé les propos de Zamir comme étant « irresponsables » et « sans précédent », estimant qu’ils « nuisaient directement à l’effort de guerre » et qu’ils relevaient d’un « comportement dangereux », ont rapporté les médias israéliens, citant des sources proches du Likud.

Pour la députée Tally Gotliv (Likud), les propos de Zamir traduisent un « défaitisme » qui « renforce nos ennemis.

La députée Tally Gotliv assiste à une réunion de la commission de la Constitution, du Droit et de la Justice à la Knesset, le parlement israélien, à Jérusalem, le 23 mars 2026. (Crédit : Oren Ben Hakoon/Flash90)

Zamir a déjà lancé des mises en garde similaires par le passé. L’armée israélienne a déclaré avoir un besoin urgent de 12 000 recrues — principalement des soldats de combat — en raison de la pression exercée sur les forces permanentes et de réserve par la guerre contre le Hamas à Gaza et d’autres défis militaires.

En janvier, Zamir a envoyé une lettre à Netanyahu et à d’autres hauts responsables, les avertissant que la pénurie d’effectifs pourrait nuire à l’état de préparation opérationnelle de l’armée dans un avenir très proche.

Zamir a par ailleurs appelé le gouvernement à ramener la durée du service militaire obligatoire pour les hommes à 36 mois, après qu’elle a été réduite à 30 mois en août 2024. En janvier 2027, la première cohorte enrôlée dans le cadre de ce service raccourci sera démobilisée, ce qui risque d’aggraver encore les problèmes d’effectifs, faute de modification de la loi en vigueur.

Source : The Times of Israel

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