Au Mont-Saint-Michel, la bataille d’un berger contre l’écologie punitive

Auteur(s) France-Soir Publié le 04 novembre 2025

Mouton dans les prés-salés du Mont-Saint-Michel

Triballeau AFP

Dans les prés-salés de la baie du Mont-Saint-Michel, un homme se bat contre ce qu’il considère comme une injustice. François Cerbonney, berger à Genêts, vient d’être condamné à détruire sa bergerie. Une décision qui, au-delà du cas individuel, soulève de lourdes questions sur la place de ceux qui font vivre les territoires ruraux et de l’élevage extensif, au nom d’une application jugée aveugle de la loi.

Depuis plus d’une décennie, François Cerbonney élève environ 350 brebis roussines de La Hague, labellisées bio et intégrées à l’appellation d’origine protégée « Prés-Salés du Mont-Saint-Michel ». Son exploitation, enracinée dans une tradition agricole ancienne, participe à l’entretien écologique des herbus, ces prairies salées où le pâturage contribue à maintenir la biodiversité. Sa bergerie, une construction en bois, sobre et intégrée au paysage, lui permet de protéger ses animaux et de travailler à proximité de son troupeau. Mais ce bâtiment, situé dans une zone régie par la loi littoral, est désormais jugé illégal par la justice.

Saisie par l’association Manche Nature, la cour d’appel de Caen a confirmé, en octobre 2025, l’obligation de démolir la bergerie dans un délai de huit mois. Passé ce délai, le berger devra payer une astreinte de 60 euros par jour. Pour lui, cette décision revient à une condamnation professionnelle : sans bergerie, plus d’activité. « Je n’emmerde personne, je fais vivre un territoire et un savoir-faire », confiait-il récemment à la presse locale, amer et abattu.

Cette affaire met en lumière les contradictions d’un modèle administratif qui prône la protection de l’environnement tout en fragilisant ceux qui le préservent au quotidien. Car l’activité de François Cerbonney, loin de défigurer le paysage, en garantit l’équilibre. Sans pâturage, les herbus s’envasent, les espèces disparaissent et les terres se ferment. Les éleveurs, pourtant, deviennent les premiers sacrifiés d’une logique de réglementation parfois déconnectée des réalités du terrain, et le plus souvent d’ailleurs venue de Bruxelles.

Les défenseurs de la loi littoral rétorquent qu’il faut préserver la baie de toute urbanisation, même minimale, pour maintenir son intégrité paysagère. Mais pour les habitants et les élus locaux, cette lecture purement juridique ignore l’esprit du lieu : une terre vivante, façonnée depuis des siècles par le travail des bergers et des marées. Difficile, dans ces conditions, de ne pas voir dans cette décision un excès de plus du zèle administratif.

Le dossier traîne depuis plus de douze ans, au fil des recours et des reports. Autour du berger, un collectif de soutien baptisé « Bergerie Défendre » s’est constitué. Ses membres dénoncent une « application aveugle » des règles d’urbanisme et appellent à une réforme plus souple de la loi littoral, capable de distinguer les projets agricoles nécessaires des véritables atteintes environnementales. « On parle de circuits courts, d’agriculture durable, de relocalisation de la production », s’indigne un élu local. « Et pendant ce temps, on condamne un éleveur bio qui entretient la baie la plus visitée d’Europe. »

L’affaire dépasse désormais les frontières du département. Elle pose une question plus large : comment concilier protection du patrimoine naturel et maintien d’une activité humaine durable ? Entre les exigences d’un droit rigide et la réalité d’un territoire vivant, la ligne de crête devient étroite.

Dans la baie du Mont-Saint-Michel, classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, les symboles comptent. Mais à force de sanctuariser le paysage, la France risque de le muséifier. Et si, à vouloir trop « protéger » la nature, on finissait par chasser ceux qui en sont les gardiens ?

Pour François Cerbonney, la bataille n’est pas seulement juridique : elle est existentielle. S’il démonte sa bergerie, il perdra son outil de travail et, sans doute, sa vocation. « La loi veut protéger la baie, mais moi aussi », lâche-t-il. Une phrase simple, presque désespérée, qui résume toute la contradiction d’un pays qui célèbre la ruralité… tout en la condamnant à disparaître sous le poids de ses propres règles. 

Technocratie, quand tu nous tiens !

Source : France Soir

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