Pierre de Villiers : « La France est désarmée et la guerre arrive »
Une vision des choses et une appréciation au sujet de Sébastien Lecornu, que je laisse à Pierre de Villiers sans les partager.
La politique de défense n’est jamais qu’un des sous-ensembles de la politique étrangère d’une nation.
Vouloir partager ou étendre la dissuasion nucléaire est une hérésie du président de la République, chef des Armées.
La première des réformes à faire est celle de notre politique étrangère dont l’objectif premier doit être la sûreté de la France.
Pour ce faire, il faut commencer par cesser de dire à la Russie qu’elle est notre ennemie… et reprendre notre souveraineté en dénonçant le traité de l’Atlantique nord ou, à tout le moins, en sortant du commandement militaire intégré..
Contre-amiral (2s) Claude Gaucherand
Pierre de Villiers : « La France est désarmée et la guerre arrive »
Date : dimanche 14 sept. 2025 à 11:11
L’ex-chef d’État-major des Armées s’est exprimé, ce 9 septembre, devant un parterre de dirigeants de start-up réunis par Challenges et ses partenaires à l’occasion de l’édition 2025 du Trophée des futures licornes.
Pierre-Henri de Menthon CHALLENGES
11 septembre 2025 à 18h41
L’ancien chef d’État-major des Armées, Pierre de Villiers, débarqué en juillet 2017 par Emmanuel Macron, est sorti de la cure de silence médiatique qu’il s’est imposé depuis deux ans. Invité du Trophée des futures licornes, dont Challenges est partenaire, il a remercié les lauréats et salué leurs aventures entrepreneuriales : « Ils sont l’expression du génie français, un signe d’espérance. » De l’espérance, il en faut, quand on écoute Pierre de Villiers. Interrogé sur la nomination de Sébastien Lecornu à Matignon, il commence tout de même sur une note positive en se félicitant du choix d’un (ancien) ministre des Armées pour ce poste, rappelant l’exemple de Pierre Messmer et estimant qu’il s’agit en tout cas « d’une bonne nouvelle, d’un bon signe ».
Il indique avoir une très bonne opinion du nouveau Premier ministre, car il a aussi lu son livre (Vers la guerre ? éd. Plon), qu’il a trouvé « excellent ». Mais au-delà de cette nomination, il ponctue par cette exhortation lapidaire, demandant désormais des actes : « Oui, mais on fait quoi maintenant ? Il faut accélérer ! »
La France « désarmée »
Pierre de Villiers décrit un échiquier géopolitique et militaire où l’on fait face au retour de deux zones de conflictualité – l’Ouest avec le bloc de l’Est, le Proche-Orient – auxquels s’ajoutent les questions de l’islamisme et du dérèglement climatique. Mais au-delà de ces problèmes qui existaient déjà et qui ne font que se renforcer, il pointe surtout un monde devenu très instable : « C’est bien là la grosse différence par rapport à avant. »
Une instabilité générale, partout, dans toutes les zones, car on assiste au retour d’un monde bipolaire. D’un côté, l’Occident dont nous faisons partie derrière les États-Unis, et de l’autre la Russie, la Chine, la Corée du Nord, l’Iran. Beaucoup de pays de ce qu’on appelle le Sud global, en tout cas plein de pays qui ont la haine de l’Occident : « Ils représentent à peu près 4 milliards d’habitants, 50 % du PIB mondial… Il faut savoir que chaque fois qu’il y a faiblesse de notre côté, la force, elle, en profite. »
Et Pierre de Villiers de se pencher sur la France et ses moyens de se défendre insuffisants : « Mon seul souci, c’est le succès des armes de la France. Moi, je n’ai pas envie qu’un missile tombe un jour sur une ville de notre pays, faisant 50 morts et beaucoup de dégâts, et, je vous le dis, on ne saura peut-être même pas qui l’aura tiré. Je ne veux pas de ça. Je vous le redis simplement mais fortement, la France s’est désarmée, cela a commencé par les décisions de la RGPP (Révision générale des politiques publiques, ndlr), et ça a continué. Nos armées ne sont plus capables de gagner la guerre. On a cédé à plusieurs lignes Maginot… »
Et Pierre de Villiers d’insister sur la bonne approche, selon lui, de la question militaire : « la politique, dans ce domaine, c’est d’abord de proposer une vision, sinon vous ne faites pas bouger les choses, vous passez à côté. Pour protéger la France, comme le ministre des Armées Lecornu l’a d’ailleurs dit dans son livre, il faut 5 milliards d’euros de plus par an pour les armées jusqu’en 2035…
Par ailleurs, je ne crois pas à cette idée d’une armée européenne, mais j’appelle à une coopération européenne entre États. Regardez la Pologne, elle est allée de l’avant depuis longtemps, elle va être équipée de 2 000 chars, alors que nous peinons à arriver à 200 chars en fonctionnement. Entre la livraison, la maintenance de certains chars, vous voyez qu’on est très loin derrière, très en retard… »
Pierre de Villiers va là où le bât blesse : « Je vais vous dire, il y a un fossé d’absence de vérité sur ces sujets en France. Alors que nos adversaires sont prêts, eux ! Dans mes anciennes fonctions, je les ai tous vus en face-à-face les dictateurs de la planète… Eh bien, il est temps de se réveiller ! Pourtant, on peut, en France, reconstituer une armée en 10 ans, c’est ma conviction, si l’on y met le prix et de la constance… Car, il faut bien se le dire, la guerre va être de retour sur notre territoire ! »
Le spectre de la paix en Ukraine
Et Pierre de Villiers de tordre le cou aux rumeurs sur certaines proximités qu’on lui prête : « Moi pro russe ? Je serai un pro russe… C’est incroyable d’entendre ça… moi surtout, je connais les Russes et je vous dis qu’il n’y aura pas d’issue militaire au conflit en Ukraine… La seule issue, c’est la paix. Il faut aller à la paix ! » Le général restant bien vague sur le contenu qu’il donnerait à cette Pax Russia.
Et de porter encore sa charge sur ces dictateurs qu’il connaît intimement pour les avoir tous pratiqués de visu : « Si on est faible, les dictateurs ne nous respecteront pas. Mais qui va nous attaquer ? Ce sont les pays qui ont une vision de long terme, qui sont forts de toutes ces technologies du futur… Un jour ou l’autre, j’en suis certain, il y aura une étincelle. Dans l’histoire du monde, arrive ce moment où vous avez une étincelle, comme jadis à Sarajevo. »
Et de Villiers de poursuivre, dans le souvenir avec ces hommes forts qui peuplent la planète : « Je l’ai vu Trump les yeux dans les yeux… et aussi Modi, ce n’est pas un poète… On est en risque… On ne peut pas prendre le risque d’une défaite cuisante, ce n’est pas possible… »
Et le général, malgré ce tableau sombre, de s’essayer à un peu d’optimisme : « Je ne fais pas du en même temps, c’est clair. Mais je pense qu’on peut reconstituer notre armée et que la France sera capable d’entraîner cette Europe des États. Mais, je vais vous dire ma crainte pour finir. Je crains que la France ne se réforme pas et que cela passe encore par de fortes ruptures… Ne l’oublions pas, nous sommes face au bloc des anti-Occidentaux ! » Et le général de Villiers de confier son projet d’écrire bientôt un livre autour de cette thématique.
Source : Challenges

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