Cédric Chouviat : une tragédie. Mais un procès ?

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Pardon pour cette banalité obligatoire. La mort de Cédric Chouviat, à la suite d’une asphyxie et d’une fracture du larynx (Le Monde), est une tragédie pour tout le monde, pas seulement pour ceux qui détestent la police par principe, par exemple Mediapart. Une tragédie pour la police elle-même qui n’est pas une catégorie, quel que soit son dur et éprouvant métier de moins en moins respecté, dénuée d’humanité et de compassion.

Même pour la mort de Cédric Chouviat, n’évoquons pas LA police, comme si on était chaque fois contraint de la mettre globalement en cause, alors qu’il s’agit de transgressions (si elles sont démontrées) imputables à un, ou plusieurs, fonctionnaires.

J’ajoute – je l’ai suffisamment dit et écrit – que j’ai défendu les policiers en beaucoup de circonstances qui créaient des tensions, des violences et de la résistance, parce que contrairement à un certain nombre de bons apôtres réfugiés dans leur salon, je ne les considérais pas comme présumés coupables.

Je comprends les excès du père de la victime mais qualifier d’assassinat cette mort est absurde. En revanche j’ai apprécié la dignité et la mesure de son épouse.

J’ai déjà souligné, au sujet d’autres polémiques suscitées par certaines interventions policières, qu’il nous manquait toujours l’ensemble de la scène et la globalité des péripéties, des premiers mots échangés, des premiers gestes jusqu’à l’issue finale. La plupart du temps on ne nous offre que des fragments et des vidéos concernant les séquences à charge contre les policiers, croit-on.
Je voudrais tout voir et tout entendre.

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Même si certains policiers ont des progrès à faire dans ce que j’appellerais l’urbanité républicaine, le malheureux Cédric Chouviat a adopté une attitude de plus en plus répandue dans notre société, qui consiste à l’égard de la police à ne pas obtempérer, à renâcler, à soupçonner, à filmer – bref à manifester d’emblée un comportement non civique. Ce qui, parfois, peut conduire tel ou tel fonctionnaire de police à instaurer un rapport de force.

Pour Cédric Chouviat, après avoir vu les seules vidéos de Mediapart, j’ai tweeté en m’affirmant troublé, préoccupé. En m’interrogeant sur cette donnée : fallait-il, quels que soient les incidents antérieurs, finir obligatoirement par un plaquage ventral interdit en Belgique, en Suisse et aux USA ?

L’inspection générale de la Police nationale (« la police des polices ») a été saisie et une information ouverte pour homicide involontaire. Après les multiples enquêtes dont elle est en charge et qui concernent les Gilets jaunes, j’espère que l’IGPN n’encourra pas le reproche de favoriser la cause de la police et que l’instruction judiciaire cherchera vraiment à examiner les responsabilités, la légitimité de l’action et le caractère évitable ou non de ses conséquences. Dans le registre du caractère involontaire ou, au pire, celui de la mise en danger ? Des policiers contraints ou sans maîtrise ?

Pour vérifier ce qui va déjà l’être, ainsi que l’application des règles de déontologie, le défenseur des droits s’est saisi d’office, ce qui augure mal de son impartialité… Je doute de l’efficacité de ces investigations cumulées.

Peut-être faudra-t-il aller jusqu’à prohiber le plaquage ventral ? Ce serait une mesure qui j’en suis sûr serait acceptée par la police, et qui entraînerait, je l’espère, plus d’objectivité pour l’ensemble de ses interventions quotidiennes, notamment dans ces cités où elle n’est guère souhaitée puisqu’elle dérange les trafics de quelques voyous.

Il me semble surtout capital de tenir compte de l’état de fatigue, de tension, d’une police bousculée depuis plus d’un an entre des instructions parfois contradictoires et une série incessante d’insultes, de harcèlements et d’échauffourées qui ont probablement affaibli la capacité de tolérance d’un corps n’en pouvant plus de n’être soutenu et applaudi que par intermittences tragiquement ponctuelles, quand la France a été touchée au coeur.

Cédric Chouviat: une tragédie. Mais un procès ?

S’il survient, qu’il soit équitable pour tous.

Source : Philippe Bilger

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