Vidéos trash, arnaques : 24 heures avec les gendarmes du numérique

201810202193-fullLa gendarme Maria répond à un internaute victime d’arnaque. / photo DDM, R. B.

Depuis sa création en février 2018, la brigade numérique de la gendarmerie comptabilise 37 000 interactions avec les internautes. Entre les signalements de vidéos choquantes et les victimes d’arnaques les opérateurs n’arrêtent jamais. Reportage.

Ils sont 20 gendarmes pour répondre à la France entière. Cela parait peu, surtout lorsqu’Internet montre sa plus sombre facette. Mais la Brigade numérique de la gendarmerie basée à Rennes s’en sort plutôt bien. La dernière preuve remonte au 17 septembre, quand de nombreux internautes ont sollicité les opérateurs pour signaler la vidéo d’un viol diffusée en direct sur les réseaux sociaux. «Ce jour-là, nous avons reçu plusieurs dizaines de messages. L’un d’eux nous a permis de confirmer le lieu du drame, la ville de Toulouse», se rappelle le capitaine Patrice Georget, à la tête de ce service ouvert 7 jours sur 7, 24 heures sur 24.

De précieuses indications envoyées à la compagnie de gendarmerie de Saint-Michel chargée de l’enquête. Tout au long de l’année, cette plateforme unique en son genre recueille les plaintes et les questions des internautes de tout l’Hexagone. «Ceux qui ne veulent pas se déplacer dans une gendarmerie viennent nous parler par chat sur le web. Cela leur permet de garder l’anonymat. Nous les orientons au mieux vers les services spécialisés», explique le capitaine.

37 000 interactions en 7 mois

Créée le 27 février dernier, cette unité a rapidement pris ses marques dans ses locaux rennais. C’est d’ici, une salle de 30m² où chacun des six bureaux est équipé de trois écrans d’ordinateurs, que les opérateurs travaillent. «Ça peut soulager les unités, mais nous ne traquons pas les cybercriminels et nous ne sommes pas un service d’urgence», précise le capitaine.

Sur les murs blancs de cet espace flambant neuf, trois écrans géants tournent en boucle. L’un est dédié aux chaînes d’information, tandis qu’un autre rappelle les consignes. Le dernier comptabilise le nombre d’interactions de la journée. Et elles sont nombreuses, 37 000 en sept mois. Ce vendredi, le soleil n’est pas encore couché sur la Bretagne, mais les militaires ont déjà répondu à plus de 200 demandes.

Justement, vers 18 heures un internaute se précipite sur son ordinateur pour signaler un véhicule stationné dans son quartier. «Je crois qu’il est volé. Que dois-je faire», demande la personne. «Ce genre d’interrogations est fréquent. Il nous arrive d’avoir aussi des témoignages plus dramatiques», prévient l’adjudant-chef Ludovic.

Comme lui, les hommes et femmes qui forment cette équipe n’ont pas vraiment le profil du parfait petit geek. Tous ont passé de nombreuses années sur le terrain, avant de se porter volontaire pour ce poste innovant. «Il faut avoir un peu de vécu pour garder son sang-froid dans certaines situations», estime la gendarme Maria, sa collègue.

«Aiguiller nos interlocuteurs»

Elle ne croît pas si bien dire. Quelques minutes plus tard un mineur l’interpelle sur l’outil de chat en direct. «Je pensais que je discutais avec une fille mignonne, elle m’a demandé de lui envoyer des photos de moi nu, et des vidéos. J’ai joué le jeu, mais je me suis fait piéger. Maintenant la personne me demande de l’argent sinon elle divulgue les clichés. Je ne peux pas en parler à mes parents», résume Jérémy* un Marseillais. Après l’avoir rassuré sur cette arnaque très fréquente la gendarme le renvoie vers la plateforme Pharos (2) et lui propose de déposer plainte à la gendarmerie ou au commissariat le plus proche, «avec un majeur en qui vous avez confiance», ajoute-elle. «Nous n’intervenons jamais directement. Notre rôle consiste essentiellement à aiguiller nos interlocuteurs vers les services ou les interlocuteurs spécialisés. Nous répondons toujours très rapidement sur le chat ou les réseaux, avec le plus de pertinence possible», assure l’adjudant-chef Ludovic.

La nuit tombe sur Rennes et comme souvent plusieurs habitués «polluent» les conversations en y racontant leurs aléas. «Cela peut ressembler à SOS amitié de temps en temps», sourit la gendarme Maria. Elle prend malgré tout le temps d’écouter les requêtes, quitte à se faire insulter. «C’est difficile de s’assurer de la véracité des déclarations, de l’identité du requérant, nous devons profiler les gens à distance», souligne le capitaine Georget. Parfois ces déclarations mènent à des canulars, mais elles permettent aussi d’éviter des drames. «Un de nos hommes a sauvé la vie d’une suicidaire le mois dernier. Elle nous écrivait alors qu’elle s’apprêtait à sauver d’un pont. En prévenant le COG à temps, la gendarmerie lui a sauvé la vie», conclut-il, fière. D’ici quelques semaines, son service recevra aussi les témoignages des femmes victimes de violences sexistes et sexuelles, une preuve de plus que la brigade de gendarmerie numérique devient incontournable.

(1) Rendez-vous sur https ://www.gendarmerie.interieur.gouv.fr pour discuter avec la brigade de gendarmerie numérique ou flashez le QR code présent dans chaque gendarmerie de proximité.

(2) Plateforme d’harmonisation, d’analyse, de recoupement et d’orientation des signalements, qui permet de signaler en ligne les contenus et comportements illicites de l’internet. Rendez-vous sur https ://www.internet-signalement.gouv.fr/PortailWeb/planets/Accueil!input.action

Source : La Dépêche

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