Ulrike Reisner : quel lien entre le vaccin et la guerre en Ukraine ?

Nous publions pour la première fois une analyse d’Ulrike Reisner, chercheuse autrichienne qui enseigne les sciences politiques et le développement régional à la école supérieure spécialisée Management Center Innsbruck. Son interrogation porte sur un sujet déjà abordé dans nos colonnes : le lien entre le coronavirus et la guerre en Ukraine. Un article à ne pas mettre entre toutes les mains.

Tout est lié à tout – c’est à chacun de savoir si l’on souhaite aborder cette phrase avec Léonard de Vinci – «Reconnaître que tout est lié à tout»[1] – ou si l’on préfère les approches de la physique quantique. On pourrait aussi l’envisager de manière ésotérique, ce qui conduirait immédiatement le chemin vers des doctrines secrètes que seuls les initiés partagent. Eh bien, nous nous en abstiendrons ici.

Mais reprenons la question posée au début : vaccin et guerre en Ukraine. Existe-t-il un lien ? » et examinons-la à la lumière de quelques trouvailles. Ces trouvailles sont des documents sur lesquels on tombe en l’espace de quelques jours et qui – chacun pris séparément – n’ont à première vue rien à voir les uns avec les autres.

Trouvaille 1 : «Récit des médias d’État russes sur les vaccins Covid-19 en Occident»

Commençons par le numéro 418 de Russie-Analyses du 11 avril 2022. Russie-Analyses est publié périodiquement par le Centre de recherche sur l’Europe de l’Est de l’Université de Brême, la Société allemande d’études sur l’Europe de l’Est, l’Institut allemand de Pologne, l’Institut Leibniz pour le développement agricole dans les économies en transition, l’Institut Leibniz de recherche sur l’Europe de l’Est et du Sud-Est et le Centre d’études sur l’Europe de l’Est et internationale (ZOiS). Le reportage «Récit des médias d’État russes sur les vaccins Covid-19 en Occident»[2] vise à analyser la couverture médiatique russe des vaccins Covid-19 en Occident. Outre les caractéristiques générales de la couverture médiatique des campagnes de vaccination en Occident, le reportage examine également les principaux récits utilisés à cet effet par les médias russes pro-gouvernementaux.

Mis à part le fait que la valeur informative de ce reportage est nulle et que les méthodes utilisées sont scientifiquement discutables, nous voulons tout de même reprendre le fil. Dans les conclusions, on peut lire : «La grande majorité des articles des médias publics russes sur les campagnes de vaccination en Occident ont une connotation négative. L’exagération des conséquences négatives d’une vaccination avec des vaccins de BionTech/Pfizer et Moderna ainsi que l’exagération du prétendu mécontentement de masse sont les principaux récits des médias russes pro-gouvernementaux. (…) Actuellement, les médias russes pro-régime rapportent les campagnes de vaccination en Occident sur un ton plus neutre, tandis que les chaînes étrangères maintiennent la rhétorique négative antérieure. Ce contraste reflète les priorités du gouvernement russe: inciter ses propres citoyens à se faire vacciner et endiguer l’épidémie de coronavirus. Dans le même temps, la désinformation est diffusée et les attitudes sceptiques vis-à-vis de la vaccination sont encouragées dans les sociétés occidentales».

Trouvaille 2 : rapport annuel de BioNTech

La deuxième trouvaille dans notre recherche de traces est le rapport annuel de BioNTech[3] à la «Securities and Exchange Commission», daté du 30.3.2022. Cette commission[4], en tant qu’autorité de surveillance boursière américaine, est responsable du contrôle du commerce des valeurs mobilières aux États-Unis et donc aussi du groupe BioNTech, coté en bourse. Dans ce cas, il est recommandé, en premier lieu, de lire les mises en garde mentionnées au début, en ce qui concerne les déclarations prospectives du groupe:

«Nous pourrions ne pas être en mesure de démontrer une efficacité ou une sécurité suffisante de notre vaccin COVID-19 et/ou des formulations spécifiques à une variante pour obtenir une approbation réglementaire permanente aux États-Unis, au Royaume-Uni, dans l’Union européenne ou dans d’autres pays où le vaccin a été autorisé pour une utilisation d’urgence ou a reçu une approbation de commercialisation conditionnelle.» (page 6)

«Nos revenus futurs provenant de la vente de notre vaccin COVID-19 dépendent de nombreux facteurs, notamment… la durabilité de la réponse immunitaire générée par notre vaccin COVID-19, qui n’a pas encore été démontrée dans les essais cliniques… le profil de sécurité de notre vaccin COVID-19, y compris si des effets secondaires inconnus jusqu’à présent ou une augmentation de l’incidence ou de la gravité des effets secondaires connus par rapport à ceux observés dans les essais cliniques sont constatés avec notre vaccin COVID-19 à usage mondial après l’autorisation de mise sur le marché» (page 8)

Selon le rapport 2021, la société de biotechnologie allemande cotée en bourse a enregistré un bénéfice après impôts de 10,23 milliards d’euros (contre 179,2 millions d’euros en 2019) – des capitaux que l’entreprise dit vouloir investir dans la construction de sites de production d’ARNm ultramodernes en Afrique et en Asie, afin de garantir l’approvisionnement local et d’augmenter les capacités de production.

Trouvaille 3: gains de fonctions et pandémies

La troisième trouvaille provient du numéro 4.22 du mensuel scientifique allemand «Spektrum der Wissenschaft». Notre attention se porte sur une interview avec une virologue suisse qui défend les avantages des expériences dites de «gain de fonction». Le gain de fonction est un domaine de la recherche biomédicale dans lequel les scientifiques dotent un organisme de nouvelles capacités et examinent comment cela affecte ses propriétés. Dans le cadre de ces expériences, les chercheurs ont créé, il y a quelques années, des virus modifiés qui auraient pu déclencher une pandémie. La virologue répond à la question de savoir si, en raison de ces dangers potentiels, il ne vaudrait pas mieux renoncer à de telles recherches: «Certainement pas. Nous voulons comprendre ce qui se passe là-bas pour pouvoir ensuite réfléchir à des contre-mesures possibles. Interdire purement et simplement cela, je pense que c’est une fausse piste». Selon elle, la pandémie aurait montré que c’est précisément cette forme de recherche qui est nécessaire.

Vaccin et Ukraine…existe-t-il un lien ?

La question de l’affirmation des intérêts de groupes biotechnologiques opérant à l’échelle mondiale nous conduit inévitablement à la guerre d’Ukraine. En principe, les États européens savaient depuis longtemps que l’Ukraine autorisait sur son territoire une multitude d’activités qui représentaient un potentiel de risque et de conflit considérable – tant pour les États voisins de l’UE que pour la Fédération de Russie (par exemple, les laboratoires de recherche biologique avec des recherches à haut risque). En Europe, c’est un secret de Polichinelle que la politique et l’économie ukrainiennes sont dirigées par des oligarques. Contrairement à ce qui est affirmé, l’Ukraine est un «État défaillant» qui s’est placé entre les mains d’intérêts économiques dominants au détriment de la souveraineté de l’État dans toutes ses caractéristiques.

Ces intérêts économiques échappent au contrôle de l’État et ne sont pas toujours identiques à ceux des actionnaires. Le progrès technologique est encouragé, le marché est dirigé.

Dans cette oligarchie économique, qui s’autogère de plus en plus, les États sont les plus grands et les plus importants clients. Ils permettent que les structures des groupes deviennent des éléments de la structure étatique. Le dilemme international de cette évolution erronée de la politique étatique réside dans le fait que ces acteurs économiques actifs au niveau mondial n’ont pas de subjectivité en droit international. Ils ne sont pas des partenaires de négociation appropriés dans les situations de conflit géopolitique, car ils ne sont pas en mesure de conclure des pactes.

La Russie a eu recours à des moyens militaires parce qu’elle veut se débarrasser de cette menace et imposer ses propres intérêts. L’UE, sous l’influence massive des Etats-Unis, n’a pratiquement rien fait ces dernières années pour empêcher des développements sur le territoire ukrainien susceptibles de mettre en danger la paix et la liberté en Europe et en Eurasie.

Désormais, tout est fait pour éviter une présentation complète et correcte de l’évolution de ce conflit et de la contribution des tiers. Le principal moyen de cette dissimulation est l’abus de la politique d’information, de médias et de contrôle par les États occidentaux. Une méthode qui est également utilisée depuis le début de la crise de coronavirus.

Selon la méthode “Arrêtez le voleur, il a mon couteau dans le dos”, on accuse la Russie de scandaliser les effets secondaires des vaccins occidentaux et d’influencer ainsi négativement la volonté de se faire vacciner (trouvaille 1). Ceux qui sont les véritables coupables se stylisent en tant que victimes. S’il s’agit en revanche de leur propre risque économique, ils ne peuvent pas se protéger suffisamment (trouvaille 2 – BioNTech est responsable des dommages causés si le prospectus d’émission du titre contient des informations fausses ou trompeuses au détriment des acheteurs).

L’oligarchie économique, dont des groupes biotechnologiques, profite de leur pouvoir sur le marché pour promouvoir le progrès technologique et diriger les marchés et les États (trouvaille 3). De cette manière, l’oligarchie économique accepte la mort et la maladie des sociétés civiles tout comme les conflits militaires. Le voilà – le lien entre le vaccin et l’Ukraine.

[1] Rendersi conto che tutto è collegato con tutto il resto.

[2] https://www.laender-analysen.de/russland-analysen/418/narrative-russischer-staatlicher-medien-ueber-corona-impfstoffe-im-westen/

[3] https://investors.biontech.de/node/11931/html

[4] https://www.sec.gov/

Source : Le Courrier des stratèges

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