Tribune sur la décision prise par les armées de retirer le nom du général Loustaunau-Lacau à la promotion de Saint-Cyr

Je reviens dans cette tribune sur la décision prise par les armées de retirer le nom du général Loustaunau-Lacau à la promotion de Saint-Cyr qui le portait depuis 2017 ainsi que sur les campagnes de presse serviles qui se sont déployés autour de cette décision, inappropriée en regard du parcours héroïque de cet officier, et humiliante pour l’armée de terre et ses écoles de formation d’officier.

48360277_10215691601335864_721467751683588096_nLe colonel (e.r.). Olivier SASTRE

Rompant le majestueux silence du Marchfeld et figurant l’Empereur tutélaire, le « Père Système » à cheval s’adresse au général commandant les écoles de Saint-Cyr Coëtquidan. Sa voix résonne, claire et forte, portée par la nuit de la lande bretonne. Au delà des paroles, perceptible à ceux qui connaissent le sens et la portée de cette cérémonie, il y a dans la voix du jeune officier une émotion tangible qui, dans la question qu’il énonce, fait résonner bien d’autres questions, bien d’autres réflexions, bien d’autres doutes.
« Mon général, quel nom ne portera plus jamais cette promotion de l’École spéciale militaire de Saint-Cyr ? »
Le général, lui-même saint-cyrien ne peut empêcher une introspection inquiète, propre à de nombreux officiers généraux de sa génération, marquée par l’incessant frottement où s’arasent les hauteurs de leurs idéaux, rongées par les pluies acides des caprices d’une classe politique à la vue courte et basse et corrigée seulement par les lentilles jumelles de leurs échéances électorales et des exigences de leurs obligés.
Le général, qui avait été le major de sa promotion – le nègre, aurait dit Mac Mahon sans penser à tout ce que ce genre d’humour pourrait avoir d’offensant pour sa postérité – songeait en silence. De solennel qu’il était, le silence se fit gênant : tout à ses pensées, il négligeait de répondre à la question, pourtant scandée le plus martialement du monde.
« Mon général, quel nom ne portera plus jamais cette promotion de l’Ecole spéciale militaire de Saint-Cyr ? »
Cette question, le « Systus » ne pouvait la répéter sans mettre le général dans une situation embarrassante. Du talon, il poussa l’éperon vers le ventre du cheval gris ; la jambe se détendit et le bruit des fers troubla la nuit calme.

HARO SUR LE HEROS

Le général revint à lui. Pourquoi lui demandait-on, en pleine paix, de débaptiser une promotion de Saint-Cyr, ordalie à laquelle avait échappé la promotion Maréchal Pétain ? Sur ce point, le général De Gaulle avait tranché en faveur de l’ancien colonel du 33e régiment d’Infanterie, assurant en substance « qu’un nom de promotion de Saint-Cyr est un moment de l’histoire de France. On le garde quoi qu’il arrive et on l’assume » ! Pourquoi fallait-il qu’aujourd’hui on décide que l’on assumait plus rien, à part peut-être la hausse des taxes sur les carburants ? Voire ! Ça, le général l’avait bien vite compris en lisant l’Opinion, la feuille des temps libéraux. Un journaliste de défense – qu’il aurait été plus juste de nommer d’attaque – s’était saisi d’une dépêche de l’AFP et avait décidé d’en exprimer toutes les moelles et tous les sucs. Surnommé le Pacha, en raison d’un goût pour les turqueries disaient certains, à cause de la manie curieuse de faire des phrases plaidaient les autres, il avait pris soin depuis quelques années d’avancer dans le grand jeu de cartes du pouvoir. Selon les mieux informés, il avait atteint, dans ce grand tarot, le rang des cartes habillées. Ni roi, ni reine, bien sûr. Ni même cavalier. Pas encore. Non. Valet. Et c’est à lui que le Pouvoir avait confié le soin d’abattre le plus terrible et le plus terrifiant des arcanes. Le seizième. La Maison-Dieu.
Dans le tarot du Pouvoir c’est la lame qui fait vaciller toute couronne. Elle permet de précipiter quiconque en bas de la tour, si haut qu’il ait pu y monter. Celui qui l’a entre les doigts dispose d’un pouvoir absolu de destruction. Il faut en user avec sagesse, prudence et discernement. Toutes vertus qui ont disparu de la presse française depuis longtemps. Qu’importe, le Pacha s’en est saisi fébrilement ; il anime un blog, il faut écrire vite. Mais l’arcane de la Maison-Dieu est chargé des dons les plus utiles. L’antisémitisme. Yes ! Le Pacha n’a pu s’empêcher de serrer son poing et de plier son coude, dans une cinétique virile, joyeuse et justicière qu’il ne joue que pour lui. Peut-être un instant est-il saisi par le ridicule de sa situation, mais songez, l’antisémitisme est là. Tout est permis. Il n’aime pas les juifs ! Il n’aime pas les juifs ! Il n’aime pas les juifs ! … Le papier est déjà écrit. Avec la gravité et le poids que la Shoah confère à toutes choses. Capacité à juger des choses d’hier avec la morale d’aujourd’hui. Pouvoir de condamner en même temps qu’on accuse. Apanage de l’amalgame. Recours aux heures les plus sombres de notre histoire. Reductio ad Hitlerum. Tout y est. Le Pacha se frotte les mains. Son œil s’allume. Il se rapproche de la pomme luminescente qui protège son clavier. Ça va être une tuerie. A-t-il lu le chapitre que Georges Loustaunau-Lacau consacre à sa déportation à Mauthausen ? Son livre « Chiens maudits » ? Qu’importe, il est d’extrême-droite. Les phrases s’enchaînent, assassines, selon un plan qu’il maîtrise à la perfection. Sait-il ce que représentent sur le ruban rayé de rouge et de vert d’une croix de guerre, une palme et quatre étoiles ? Sait-il ce que signifie une Légion d’honneur reçue à vingt-trois ans sur le front ? Qu’importe, il n’aime pas les juifs. A son retour de déportation, la violence des campagnes d’accusation du journal l’Humanité va entraîner sa mise en accusation, et c’est le juge Lévy qui interrogera le survivant Loustaunau-Lacau pour une atteinte contre la sûreté intérieure de l’Etat. L’instruction, qui durera jusqu’au non-lieu de 1948 le blanchira entièrement de ces accusations infâmes. Le juge Lévy, qui avait échappé aux persécutions raciales grâce au refuge offert par la zone non occupée, avait déclaré : « En principe, je n’arrêterai pas un déporté de Mauthausen ». Voilà un principe qui n’a pas effleuré M. Merchet, entièrement dévoué aux basses-œuvres qui lui ont été confiées. Car Loustaunau-Lacau n’est qu’un prétexte. Le journaliste qui pose la question, confit dans l’entre-soi de la bien-pensance, ne prend pas même la peine de masquer ses accusations-sentences ? « Cette affaire pose de nombreuses questions, la principale étant : comment une promotion de Coëtquidan peut porter le nom d’un militant d’extrême-droite ? » Et bien, Monsieur le journaliste, peut-être parce que ce militant d’extrême-droite, s’il faut l’appeler ainsi est d’abord un officier exemplaire que le tumulte de deux guerres a révélé en héros. Un héros que seul l’amour de la France animait jusqu’au plus profond de son être. Et son antisémitisme ? Pour qui connaît Loustaunau-Lacau, ce ne peut-être que ce sentiment d’entre-deux guerres, traînant les scories de « l’Affaire », mais guidé, non pas par le racisme, mais par les questions que posait l’imminence de l’engagement total des armes de la France face à un ennemi terrible que le monde politique dans son ensemble a ignoré. Marc Bloch, Jean-Mathieu Boris, Raymond Aron et bien d’autres ont répondu de la plus brave des façons car ils étaient des Français juifs. Bernanos l’a bien décrit : « Il y a une question juive. Ce n’est pas moi qui le dis, les faits le prouvent. Qu’après deux millénaires le sentiment raciste et nationaliste juif soit si évident pour tout le monde que personne n’ait paru trouver extraordinaire qu’en 1918 les alliés victorieux aient songé à leur restituer une patrie, cela ne démontre-t-il pas que la prise de Jérusalem par Titus n’a pas résolu le problème ? Ceux qui parlent ainsi se font traiter d’antisémites. Ce mot me fait de plus en plus horreur, Hitler l’a déshonoré à jamais. »
Si Loustaunau-Lacau avait été un antisémite à la Céline, à la Darquier, il n’aurait jamais pu trouver à la Chambre un de ses seuls alliés objectifs en la personne de Jean Pierre-Bloch, député de l’Aisne, futur président de la LICA – qui deviendra LICRA et du B’nai B’rith – un des rares parlementaires SFIO ouvertement antimunichois. Il ne se serait pas appuyé sur les travaux de Bertold Jacob, un juif allemand, qui pistait tout les détails de la montée du Nazisme depuis 1933. Cela ne s’appelait pas encore un « lanceur d’alerte », mais grâce à lui, l’ordre de bataille précis et complet de des toutes les armées d’Hitler parut dans le périodique « L’Ordre national » valant à Loustaunau-Lacau un grand succès d’estime, que tempérait l’hostilité des service secrets officiels. Toute vérité n’est pas bonne à dire. Plus tard, notre « antisémite » rencontrera Blum dans la captivité commune d’Evaux-les-Bains d’où Vichy finira par le livrer à la Gestapo. Interrogatoires et tortures dans les caves de la rue du Cherche-Midi. La suite est connue. Déporté à Mauthausen le 11 octobre 1943. Il y partagera avec une incroyable volonté le sort des juifs et des autres peuples ennemis du nazisme. Marie-Madeleine Fourcade, qui fonda avec lui le réseau Alliance, en témoigne ainsi : « Il tint jusqu’au bout, bien que condamné à une mort certaine par voie d’épuisement, sa « blessure de Champagne » toujours ouverte. Cependant la malnutrition, l’affaiblissement causé par tant de geôles juxtaposées n’eurent pas raison de ce baroudeur extraordinaire, qui fut toujours pour nous un magnifique exemple de volonté et de courage. Comme 5 % seulement des déportés dans ces camps d’extermination, il est revenu le 9 mai 1945 ». Il aura subi cinquante-quatre mois de prisons, de tortures et de bagnes.
Voilà l’homme que M. Merchet se réjouit de voir livrer à la vengeance froide du tribunal de l’histoire et du politiquement correct réunis. Qu’il se rassure il n’est pas le premier. A peine rentré dans son village du piémont pyrénéen, l’ancien déporté qui pèse 38 kilos, est invité à un vin d’honneur donné sous l’égide de « l’Union des femmes françaises ». Il s’y rend en uniforme. Dès le lendemain, il sera accablé d’injures dans les feuilles communistes. Un professeur du collège écrit qu’il est fâcheux qu’il soit rentré de Mauthausen. La correctionnelle et la cour d’appel lui rendront deux fois justice, mais jusqu’à sa mort, le parti communiste s’acharnera contre le Français rebelle.
Mais tout cela ne suffit pas à M.Merchet, qui trouve opportun de dénoncer l’un des officiers les plus droits et les plus valeureux de sa génération. Il commande actuellement l’opération Barkhane, et c’est une idée juste et pertinente de le mettre en cause pendant ce commandement opérationnel, face au danger quotidien des attaques islamistes. Mais la République est en péril, n’est-ce pas, et cela ne pouvait sans doute pas attendre. Je suis toujours prompt à saluer les belles consciences, et je le fais volontiers pour l’âme d’élite de M.Merchet. Qu’a-t-il fait de si épouvantable ce général ? Il a envoyé une délégation d’élèves en tenue au Puy-du-Fou lors de la présentation de l’anneau de Jeanne-d’Arc à l’invitation de Philippe de Villiers. Oui, Jeanne d’Arc, la jeune femme qui est à l’origine du premier Brexit et que la nation persiste depuis la loi du 10 juillet 1920 à associer à la fête du patriotisme. Le patriotisme. On comprend les sueurs froides de M. Merchet. Peste brune, no pasaran, toussa, toussa. (Au passage, M. Merchet, j’attire votre attention sur une subtilité de la langue française que l’on ne semble plus enseigner à vos jeunes confrères dans les écoles de journalisme. Lorsque vous écrivez « le (soi-disant) anneau de Jeanne d’Arc », vous prêtez à cet objet inanimé la capacité de dire par lui-même (soi-disant) qu’il a appartenu à la bergère de Domrémy. Or, sauf à penser qu’il possède des dons exceptionnels qui auraient fait les délices de Tolkien, il est préférable de dire « le prétendu ou le supposé anneau de Jeanne d’Arc ». Cette rectification sous une plume aussi prestigieuse que la vôtre ne manquerait pas d’édifier les responsables pédagogiques des bons instituts et bonnes écoles, et par ruissellement, celles et ceux qui s’instruisent – non pas pour vaincre- mais pour devenir les futur.e.s Albert.e.s. Londre.s. dont notre pays a tant besoin)

NAVARRE SANS PEUR…

Mais laissons le Pacha louvoyer dans les basses eaux et revenons dans la lande bretonne.
« Cette promotion de l’École spéciale militaire de Saint-Cyr ne portera plus jamais le nom de Général Loustaunau-Lacau ».
D’une voix triste et glacée, le général a prononcé l’arrêt. Il se retourne et s’en va. Napoléon rejoint le grand carré de ses maréchaux et d’une volte, tous ces cavaliers d’un autre âge quittent le Marchfeld, rapides et légers, comme des rêves ébauchés.
Aucun chant ne monte des jeunes poitrines. La nuit glacée a figé les casoars dans une froide immobilité. Le temps est long. Surtout lorsqu’on se relève et que l’on est une promotion sans nom. Le lieutenant-colonel qui les commande serre les dents.
Bien sur, la cérémonie que je viens de décrire n’a pas eu lieu. On lui a préféré un procès sans témoins. Quelques courriels. Quelques contacts entre cabinets. Un petit coup de fil. Et voilà. « Navarre » n’existe plus. Voilà comment la République efface ses héros.
Navarre. Mon vieux Navarre. Ils vous ont eu, les salauds. Vous le dernier Cyrano. Assommé par les médiocres. Dans le dos. Vos ossements blanchis n’ont pu rester présentables plus d’un an. Vous voici retourné parmi les Français rebelles. A jamais.
Haï et pourchassé par les communistes. Suspect aux gaullistes. Dénoncé et livré aux Allemands par Vichy. Torturé et déporté. Et aujourd’hui, vendu pour un plat de lentilles. J’ai le plus grand mal à penser qu’un juif puisse en vouloir à ce point à un déporté de Mauthausen. Un communiste ? Vous ne les avez pas ménagés, mais c’était au temps où ils préparaient le noyautage et la sédition de l’armée française. La désertion de Thorez a montré combien vous aviez raison. Aujourd’hui que la faucille a disparu et que le marteau est sans maître, pensez-vous qu’ils vous en veuillent encore ? La théorie du neveu de Kessel – la France aux ordres d’un cadavre – serait-elle toujours d’actualité ? Difficile de le vérifier. Avez-vous plutôt été trahi par un soldat, qui aurait proposé de débaptiser la promotion afin de prévenir des ennuis de cabinet ? Je ne parviens pas à y croire…. Je vous dirai tantôt quelle est ma conviction. Mais avant, Navarre, cher vieux Navarre, je me souviens.
Je me souviens. Ce monde médiocre, vous lui aviez déclaré la guerre, dès votre plus jeune âge.
« Les vacances venues, j’aimais les passer à Navarre humble masure perdue au milieu des ceps. Il n’était pas besoin pour que le vin fût bon d’appellation ni de contrôle, car chacun, maître ou valet, mettait un point d’honneur à ce que le cru fût réputé à la ronde. Parfois, le mois d’août défilait mal, avec ses deux fléaux planant comme un épervier sur la ferme : la grêle et la mévente. Alors les hommes, si calmes d’habitude, devenaient nerveux et les femmes pleuraient sur des riens. Je pressentais, sans que nul l’expliquât, la lutte muette du paysan, les lois de son obstination et de sa méfiance, et il me paraissait plus grand que l’homme des villes aux tâches orchestrées. (…)
– Aceste cop, que l’habem ! ( Cette fois, c’est pour nous !)
Je me souviendrai toujours de la scène. Nous étions à la vigne, l’oncle et moi. Il passait en revue ses ceps comme un général ses troupes, et s’arrêtait de-ci, de-là, pour pincer quelque grappe bien venue, plus fier d’elle que Napoléon de sa garde. Le ciel, de gris pervenche, se fit soudain gris sale et, très vite, gris noir. Derrière le coteau, le monstre avait surgi et se dirigeait vers l’est, soutenu par la violence du vent. Arrivé au dessus de la plaine, il fit brusquement demi-tour et piqua sur nous comme s’il nous avait vus. L’oncle eut tout juste le temps de me coiffer d’un tonneau vide. Le monstre creva sur la vigne sous la forme de projectiles glacés débouchés à zéro. Ce fut horrible. Par le trou de la bonde, je vis tournoyer feuilles et grappes, coupées au rasoir. L’oncle Anselme, resté debout, les poings serrés, subissait l’avalanche, immobile, et son visage exprimait la douleur poignante de l’injustice. (…) Plus tard, sous la grêle de feu qui a dévasté deux fois la France, j’ai essayé de me tenir comme l’oncle, mais je n’ai pas toujours réussi.
– Ne demoure pas areü ! (Il ne reste rien !) Telle fut la seule parole qu’il prononça en rentrant, et la veillée funèbre commença autour du cadavre de la vigne. Le lendemain, comme je racontais à l’instituteur le carnage de Navarre, ce pédagogue de marque voulut bien me confier qu’un jour allait venir où l’Etat prendrait à son compte les vignes et la grêle pour le bonheur de tous. Je me hâtai de rapporter la bonne nouvelle à la ferme.
-L’Etat, coupa l’oncle, est bien pire que la grêle lorsqu’il s’occupe du paysan . »
Comme votre vie de soldat, d’officier, de Français est déjà là, enracinée dans une lignée béarnaise où les ancêtres ont construit pour vous des « monuments de patriotisme, de silence et d’amour ». Vous ajouterez à l’édifice le courage, physique, intellectuel, moral. L’humour, qui se faisait d’autant plus cinglant qu’il s’appliquait à ceux qui étaient vos chefs. Le discernement. L’esprit de résistance. L’esprit de justice. La volonté.

ON ACHÈVE BIEN LES HÉROS

En retirant votre nom d’une promotion de Saint-Cyr qui le porte fièrement, le monde politique ne veut pas sanctionner une personnalité antisémite de la IIIe République. Personne n’est dupe, pas même les juifs. Car une chose est certaine : s’il y avait eu davantage de Loustaunau-Lacau dans les rangs des militaires des années trente, pas un juif n’aurait été déporté, car aucun soldat de l’Allemagne nazie n’aurait pu prendre pied en France. En revanche, l’effacement du nom, le « débaptême », dessine en creux les qualités attendues pour un officier qui souhaiterait faire une belle carrière dans la France du Président Macron : être l’Anti-Loustaunau-Lacau. Dressons-en le portrait propret. Un officier qui, s’il est doté par hasard de courage physique, ne possède en revanche pas une once de sa version intellectuelle. Croyant en l’homme et en l’Europe, il se voit comme un soldat de la Paix au service de la bonne gouvernance mondiale. Son sens de la discipline s’est affiné jusqu’à se sublimer dans un effacement complet. Dur à ses subordonnés- sauf lorsqu’ils appartiennent à des minorités politiquement gratifiantes – il sait prévenir agréablement les désirs de ses chefs, auxquels il aura toujours soin d’épargner le récit de la vérité. Féru d’éthique plus que de devoir, c’est un lecteur assidu de la revue « Inflexions », dont il n’a retenu, par aphérèse, que la partie « flexions ». Ouvert sur la diversité, il en respecte les différences, même quand elles sont portées par des ennemis de la République. Il est éco-responsable. Son bilan carbone est en cours.
A ce compte, on s’aperçoit que les élèves-officiers de Saint-Cyr auraient été mieux inspirés de choisir Gamelin comme parrain de promotion ou « le plus noble et le plus humains de nos chefs militaires » le Maréchal Pétain. Je sais, je n’ai pas le droit d’écrire ça, mais rassurez-vous, je ne faisais que citer Léon Blum. Mais venons-en à la vraie raison de votre éviction.
Dès le début de votre carrière d’officier supérieur, votre affectation comme « plume » de Pétain vous a fait côtoyer la France politique. Comme De Gaulle, vous avez essayé sans succès de convaincre les décideurs du pays. Lui, par le livre. Vous par le contact, les voyages parlementaires, les réseaux. Deux échecs, contrecarrés par l’aveuglement, l’absence de vision stratégique, la priorité de l’idéologie sur l’intérêt national, la faiblesse morale de la classe politique. Tout cela a créé un boulevard à Hitler. Léon Blum avait toujours voté contre les crédits militaires et l’allongement du service militaire. Au moment où Hitler réoccupait la Rhénanie, la SFIO faisait campagne avec le slogan « Pas un sou, pas un homme pour l’Allemagne » . Edouard Daladier a incarné mieux que tout autre cette politique aveugle, irresponsable et veule, tout en distillant jour après jour les mensonges les plus cyniques et les plus démagogiques. Vous l’avez vite cerné : « Il tendait le poing aux deux cents familles comme s’il n’en faisait pas partie. (…) Proclamer des idées de sans-culotte en trinquant à la Veuve-Clicquot, goût sec, c’est moins original qu’écoeurant. Nous ne recevions pas un imbécile comme ministre, mais bien pis, un comédien (…). Pour faire face à l’hystérique qui se déchaînait outre-Rhin, il eût mieux valu, tout simplement, un homme . » Votre analyse cinglante était confirmée par l’exemple, par un homme à l’expérience que rien ne trompe. René Girier, dit René-la-Canne, qui s’y connaissait en opulences, avait été « rencardé » sur une maison des plus rupines, celle de Daladier. Mettant la main sur le coffre-fort ventru avec sa petite équipe, il ne rencontra pas le « taureau du Vaucluse » mais sa très nombreuse domesticité. Grand Seigneur, « la Canne » laissa au Maître d’hôtel les enveloppes contenant la paye du personnel. Les années trente n’étaient pas sombres pour tout le monde. Plus tard, alors que le réseau Alliance rencontrait ses premiers succès, Pétain vous a livré aux Nazis. Il n’a rien fait pour empêcher votre déportation. Vous ne lui deviez rien. Et pourtant, survivant inattendu et peu espéré, vous êtes venu témoigner afin de porter un peu de lumière sur le complot médiocre qui voulait que l’on chargeât de toutes les fautes le vieillard- ce pelé, ce galeux – en s’arrangeant entre amis pour s’exonérer de toutes celles qui l’avaient porté au pouvoir et précipité la France dans la tourmente. Et ça, Georges Loustaunau-Lacau, c’est votre vraie faute : Le monde politique d’aujourd’hui, qui ressemble trait pour trait à celui des années trente, ne vous le pardonne pas. L’incessant vacarme de la mémoire fabriquée et de ses réponses toutes faites s’est levé pour faire taire votre voix. S’il en fallait une nouvelle preuve, la voici. Quelques jours plus tard, Jean-Dominique Merchet convoque sur son blog pour reclouer votre cercueil, une historienne dont la thèse est limpide puisqu’elle est annoncée dès le titre : « Loustaunau-Lacau était considéré comme un dingue ». Dernière phase du procès stalinien classique : La psychiatrisation de l’accusé. D’où vient Johanna Barasz, historienne? De l’université, où elle se spécialise dans le Vichysme, puis Science-Po Paris, où elle enseigne le contenu de sa thèse de doctorat. Mais très vite, elle bascule dans la vie politique (comprendre : elle va en vivre) en devenant coordinatrice du pôle éducation-culture au Parti socialiste. Cet engagement sera récompensé par un poste au cabinet de Vincent Peillon, Ministre de l’Education nationale en mai 2012. Elle y sera chargée des « questions de sociétés et des arguments ». Elle y demeurera après le départ de son ministre, en 2014, recasée un temps comme chargée de mission auprès de la DGESCO puis en devenant n°2 de la Délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT (DILCRAH) où notamment, elle coordonne la politique interministérielle en matière de lutte contre le racisme et l’antisémitisme dans les domaines de l’éducation, de l’enseignement supérieur et de la recherche. Sans vouloir mettre en cause le moins du monde les compétences historiques de cette brillante universitaire, il n’est pas interdit de penser qu’elle n’écrit plus en historienne mais en forgeuse de légendes. En parcourant son intervention sur le blog « Secret-Défense » écrite d’une plume trempée dans l’encrier de la gauche morale, bien installée dans le carré VIP du pouvoir, elle montre son vrai métier, qui n’est plus celui d’historienne mais de communicante, chargée de la rédaction d’éléments de langage. Répondant de façon décousue à Jean-Dominique Merchet, égrenant les « on-dit » et les suspicions les plus diverses, sans pouvoir mettre en avant un élément probant qui puisse justifier l’indignité faite à Georges-Loustaunau-Lacau, elle finit par avouer : « Pour l’historien plongé dans le dossier Loustanau-Lacau, il arrive un moment où cela devient difficile à suivre, voire incompréhensible et surtout plus révélateur de grand-chose à part de ses propres contradictions… ». Incompréhensible dites-vous ? Je veux bien vous croire. Il fut un temps où la gauche se préoccupait de la Patrie française et refusait de la dissoudre dans une Union européenne antidémocratique. Un temps où l’éducation donnait deux fois plus de chances qu’aujourd’hui aux enfants d’ouvriers d’accéder aux parcours supérieurs. Un temps où cette même gauche se préoccupait des questions sociales qui n’étaient pas encore le faux-nez d’une politique communautariste abritée derrière le paravent des luttes sociétales, où tout le monde est l’ennemi de chacun et réciproquement. Où elle ne bradait pas l’industrie française pour transformer en chômeurs de longue durée les ouvriers et les soumettre au magistère moral et caritatif du « care ». Je crois, en effet, Madame, que vous n’avez rien compris. Et surtout pas ce qu’est l’esprit de résistance. Passant sous silence les 438 morts pour la France du réseau Alliance, vous ne le trouvez efficace que lorsque son créateur est à Alger, en 1941. Vous aurez bon cœur d’accepter que jusque là, ils ont montré plus d’efficacité que les réseaux communistes… qui n’existaient pas. Mais surtout, en collant vos petites étiquettes, en donnant vos bons points d’institutrice du prêt-à-penser post-moderne, vous méconnaissez cet esprit qui irrigua la Résistance. On ne demandait pas à un combattant d’où il venait, ni ce qu’il pensait, mais bien ce qu’il était prêt à faire pour libérer son pays. La vraie fraternité était là, vivante, vivace, au maquis, dans la clandestinité des réseaux, dans la terreur sombres des camps. Aragon, qui comme Loustaunau-Lacau avait reçu la croix de guerre 1914-1918 ne s’y trompait pas :
« Un rebelle est un rebelle
Nos sanglots font un seul glas
Et quand vient l’aube cruelle
Passent de vie à trépas
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas
Répétant le nom de celle
Qu’aucun des deux ne trompa »
Aujourd’hui, dans nos armées, on ne demande jamais à une jeune Française ou un jeune Français qui veut s’y engager : « Pour qui votes-tu ? » Nos soldats sont laissés libres de leurs pensées et de leurs croyances. On leur confie une arme pour la défense de leur patrie commune. On leur demande de servir la France. C’est tout, mais ce tout est leur fraternité. Et l’idée que l’on puisse retirer de cette fraternité le nom d’un soldat qui s’est battu pour la France de façon exemplaire, est une insulte qu’on leur fait. Les erreurs se pardonnent. Les insultes ne s’oublient pas.
Que reste-t-il de ce gâchis ?
Il reste aujourd’hui, attisées par la rancœur des procureurs indécents de confort du tribunal de la pensée, des cendres mal éteintes. La ministre des armées devrait s’en inquiéter. Le moral fait partie de l’équation de la guerre. C’est un terme multiplicateur. Et dans une multiplication, lorsque l’un des termes est égal à zéro, il devient un élément absorbant. Qu’elle prenne garde, aveuglée par une idéologie mal construite d’humilier l’armée de Terre en couvrant de son autorité des complots de bas étage.
Il reste aujourd’hui que l’armée de Terre a subi la tyrannie du politiquement correct pour de mauvaises raisons. Toutes ces raisons mises bout à bout n’empêchent pas que la vie de Georges Loustaunau-Lacau demeure un hymne à la France. Les forces terrestres s’en relèveront et poursuivront leur mission. En opérations extérieures, comme en opérations intérieures au service de leurs concitoyens. Sans compter leur temps, passé loin des leurs. Sans faillir. Sans se plaindre. Sans endosser un gilet jonquille. Mais profondément humiliées qu’on ose lui dire, de haut et le derrière bien au chaud, où elle doit choisir ses héros. Aucun autre grand corps de l’Etat n’a été outragé de la sorte. Enfin, pas depuis la démission du général de Villiers.
Il reste aujourd’hui un Service historique de la Défense qui s’est saisi d’une mission qui n’est pas la sienne, celle de commissaire politique. Une mission qui trahit son rôle traditionnel et qui accélère l’inféodation de l’histoire à la mémoire. L’instrumentalisation de cette dernière à des fins politiques ou partisanes est une tendance régulière depuis quelques années que rien ne semble pondérer, pas même le bien du service ni le succès des armes de la France. Un officier républicain et démocrate comme l’auteur de ces lignes est en droit de le regretter.
Il reste aujourd’hui la famille d’un grand homme, dont le choix comme nom de promotion, a réhabilité le courage et le dévouement. Dans une absolue dignité, cette famille souffre et ne comprend pas l’affront qui lui est fait. Le moins que les Armées puissent faire est de rendre publics les documents – réclamés par le SHD à l’armée allemande – et qui ont servi de preuve à charge dans un procès inique, où personne n’a défendu l’accusé. Il serait immoral et odieux que ce document demeure un jour de plus caché. Il doit être rendu public, comme tous ceux qui servent à charge ou à décharge dans ce dossier. Il doit être discuté et commenté librement et en dehors de tout arbitraire.
Il reste aujourd’hui, une promotion orpheline d’un grand parrain. Des élèves qui ont le sentiment d’avoir été trahis. Foutons-leur la paix. Ne les rééduquons pas. Ils ont plutôt la tête bien faite pour choisir un officier empli de vertus exemplaires comme parrain. Pas de parcours de mémoire. Pas de passé fabriqué. Des parcours du combattant, oui. Ils en auront besoin.
C’est bien sûr à la famille, à la promotion et son encadrement que je songe en achevant ce papier. Et à vous Navarre. Vous resterez l’exemple absolu du devoir accompli, quoi qu’il en coûte.
« L’indifférence n’est pas une façon de vivre ».
Longue vie à la Promotion Général Loustaunau-Lacau !

© Colonel (e.r.) Olivier SASTRE

48378063_2031230060297893_7386284812048269312_nStèle à la mémoire de Georges LOUSTAUNAU-LACAU à Oloron Ste Marie

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