Trente ans de réclusion requis contre le gendarme accusé du meurtre d’une étudiante en 1995 à Lille

 

Vingt-et-un ans après la mort de Stéphanie Fauviaux, une peine de trente ans de réclusion criminelle a été requise vendredi à l’encontre du gendarme accusé du meurtre de cette étudiante en 1995 à Lille, qui n’a cessé de plaider son innocence.

« Dans ce procès, il n’y a pas beaucoup de place pour le doute, le seul doute que j’ai, c’est de savoir, Monsieur, si vous appartenez encore à la communauté des hommes », lance à ce militaire de Nice l’avocat général Luc Frémiot, lors de son réquisitoire d’une heure et demi devant les assises du Nord.

Lylian Legrand, grand homme dégarni, vêtu d’un costume, est resté impassible à l’annonce de ces réquisitions. « Un homme froid qui nous toise depuis le début de l’audience », décrit M. Frémiot.

« Il s’exprime mal, il n’exprime aucune empathie, c’est vrai », dit son propre avocat Me Eric Dupond-Moretti lors de sa plaidoirie. Mais, « c’est effrayant de se faire reprocher des choses que l’on n’a pas commises », justifie-t-il.

Depuis le 24 mai 1995, jour où Stéphanie Fauviaux est découverte étranglée, peignoir largement ouvert dans la baignoire de son appartement à Lille, Lylian Legrand, également accusé de tentative de viol, a été auditionné 12 fois par les enquêteurs et les magistrats, auxquels il a livré diverses versions.

Il a d’abord présenté un alibi. Puis, 17 ans plus tard, alors que son ADN est retrouvé sur le peignoir de la victime, il avoue une relation sexuelle ce matin-là, expliquant qu’elle était morte en tombant. Dans une autre version encore, il confirme la relation sexuelle, mais assure qu’elle était en vie quand il avait quitté l’appartement.

Revirement au tribunal: il affirme finalement qu’au moment du drame, il faisait des travaux chez ses parents à La Couture (Pas-de-Calais), à quelque 30 km de Lille. La même version qu’en 1995.

Pour justifier ses précédents aveux, il pointe la « pression des enquêteurs » et une « mauvaise stratégie de défense » mise en place par son avocat de l’époque.

« Un policier m’a enfermé dans une petite pièce, il tournait autour de moi, me pourrissait, il voulait la vérité judiciaire. J’ai perdu mes repères et la solution c’était +Tu parles et tu es tranquille+ », a-t-il raconté lors de ce procès.

Réplique de l’avocat général: « Votre thèse ne mérite même pas que je me lève pour vous interroger ».

 

– « Pas de condamnation au nom du chagrin » –

 

Selon M. Frémiot, la version est simple: cette affaire « est une tentative de viol qui s’est soldée par un meurtre parce qu’on ne voulait pas que Stéphanie Fauviaux parle ».

« Qu’est-ce qu’on a dans cette affaire? Des aveux rétractés, des ADN sur un peignoir, stop et fin, on a fait le tour du dossier », estime l’avocat de la défense, démontant chacune de ces preuves.

Puis il pointe les éléments non résolus dans cette enquête: « Le poil pubien non identifié sur le ventre de la victime et un ADN masculin non identifié également retrouvé sur un torchon que la victime tenait ».

Hormis les aveux devant les enquêteurs et les traces d’ADN retrouvés sur le peignoir de la victime, un autre élément pèse sur l’accusé: une lettre écrite à sa femme lors de sa garde à vue où il dit ses « regrets ».

Âgé de 23 ans au moment du drame, Lylian Legrand, Nordiste d’origine, appartenait à l’entourage de Stéphanie Fauviaux chez qui il se rendait régulièrement pour voir sa colocataire, soeur de sa future épouse.

Devenu depuis adjudant à la gendarmerie de Nice, marié et père de deux enfants, il est présenté majoritairement par son entourage comme un « bon père de famille », « serviable », mais aussi comme un homme « infidèle », pouvant être « manipulateur ».

« Pour condamner un homme, il faut des preuves absolues. Ce n’est pas au nom de son chagrin que l’on condamne, condamner un homme au bénéfice du doute parce que les parents cherchent justice est une hérésie », conclut Me Dupond-Moretti, réclamant implicitement l’acquittement de son client.

avec AFP

Source : Tahiti Infos

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