«Terroriser les voyous et protéger les victimes» : les propositions d’un syndicat de police pour la présidentielle

INTERVIEW – Ensauvagement, suicides des policiers, rodéos urbains ou encore tirs de mortiers…. Le porte-parole du syndicat indépendant des commissaires de police (SICP), Mathieu Valet, formule des propositions pour peser dans le débat public.

L’élection présidentielle mais aussi les élections professionnelles dans la police nationale – qui se tiendront en décembre 2022 -, approchent. Dans cette optique, le commissaire de police Matthieu Valet, porte-parole du syndicat indépendant des commissaires de police (SICP), formule un certain nombre de propositions au nom de son organisation pour peser dans le débat public.

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LE FIGARO. – Vous faites le constat d’un «ensauvagement» de la société, un terme qu’avait lui même prononcé le ministre de l’Intérieur en juillet 2020 , que proposez-vous concrètement ?

Matthieu Valet. – La hausse des atteintes aux personnes en 2021 confirme ce constat. Aujourd’hui, pour une chaîne en or, un téléphone portable, une jupe trop courte ou un regard, on peut se faire fracasser à mort par des individus sans foi ni loi. Notre proposition phare est qu’il y ait un défèrement devant la justice et une incarcération systématique pour toutes les agressions physiques, gratuites ou pour voler quelqu’un. Il faut proscrire les peines alternatives – travaux d’intérêt général et stages de citoyenneté -, et la prison à la maison – le bracelet électronique -, qui ne servent rien. Il manque aujourd’hui 40.000 places de prison et un voyou doit passer dix fois devant la justice pour aller en prison. L’école du crime ce n’est pas le fait de mettre des voyous en prison, c’est le fait de laisser des voyous en liberté.

Notre deuxième proposition phare est d’instaurer des peines minimales dans le Code pénal, comme il existe des peines maximales. Par exemple pour les agressions au couteau ou les agressions de policiers, il faudrait risquer une peine minimale avec systématiquement un mandat de dépôt. On ne veut plus de sursis pour ces agressions-là. Des séjours en prison, même courts, ont un effet dissuasif. Il y a un laxisme de certains magistrats qui jugent au nom du peuple français. Aujourd’hui, un voyou interpellé sur dix pour avoir frappé un policier, et qui est présenté à un magistrat, va en prison. Il faut mettre fin à l’impunité et dire aux voyous : «Si vous touchez à un policier, à un pompier ou à un élu, vous irez systématiquement en prison».

Les suicides de policiers font malheureusement régulièrement la une de l’actualité. Comment lutter contre ce fléau ?

Matthieu Valet – Les suicides sont l’ennemi invisible de notre institution. On a du mal à l’endiguer et ça peut toucher n’importe lequel d’entre nous. Le bien-être du policier, c’est d’abord être bien au travail. Pour les sorties d’école, qui atterrissent souvent dans des quartiers compliqués, on préconise la mise en place d’un binôme d’un jeune et d’un ancien dans la brigade. L’ancien va former, conseiller et accompagner le jeune dans ses premiers pas. Moi-même quand j’ai débuté à Garges-lès-Gonesse (Val-d’Oise), j’ai eu la chance d’être en binôme avec Jacques, un ancien, qui m’a souvent servi de guide et m’a permis de ne pas me sentir seul dans des situations difficiles. Il y a aussi le logement : un policier bien logé, c’est un policier bien dans ses pompes. Pour un jeune policier, se loger est très compliqué dans les régions tendues. Actuellement, les parcs sociaux sont gérés par la préfecture. On préconise une vraie politique du logement pour les policiers avec une agence nationale du logement vers laquelle ils pourraient se tourner facilement pour obtenir un logement adapté à leur revenu et à leur situation professionnelle.

Sur les réseaux sociaux, vous dénoncez régulièrement les rodéos urbains, les débordements lors de mariages ou encore les tirs de mortiers sur les policiers. Quelles mesures efficaces faudrait-il prendre ?

Matthieu Valet – Concernant les rodéos, il faut acter dans la loi le choc tactique comme en Angleterre. Ça veut dire que les voyous qui font du rodéo sur la voie publique, comme les Daltons à Lyon, doivent être interceptés par les policiers en faisant confiance à leur discernement et en les autorisant à aller au contact avec leur véhicule. Aujourd’hui ce n’est pas d’un choc d’autorité dont on a besoin mais de courage politique pour mettre en place une telle mesure. Le double constat est simple : on a des honnêtes citoyens qui sont verbalisés quand ils grillent un feu rouge et à côté des voyous sur des engins non homologués, et sans casque, qui font des rodéos sur la voie publique, parfois jusqu’en centre-ville, et mettent en péril la vie des gens. Il faut réarmer moralement société contre ces voyous qui pourrissent le quotidien des gens.

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Ces voyous qui font des rodéos mettent aussi le bronx dans les centres-villes avec des grosses berlines ou des moto-cross à l’occasion de mariages. Nous proposons de créer un délit qui met en cause la responsabilité des mariés quand il y a des troubles à l’ordre public – obstruction de routes, infractions au code la route, agressions verbales et physiques envers des policiers ou des élus -, consécutifs au mariage organisé. C’est aux mariés de responsabiliser les invités et pas à la société de subir les incivilités des invités.

Concernant les mortiers, c’est la première arme des voyous pour attaquer les policiers dans les quartiers. Nous proposons que la détention d’un mortier sans raison professionnelle soit considérée comme la détention d’une arme, au même titre qu’un couteau ou qu’un poing américain, et passible d’une garde-à-vue.

Concernant le trafic de stupéfiants, qui est l’une des priorités du gouvernement, faut-il aller encore plus loin ?

Matthieu Valet – Il faut mettre à nu les voyous, économiquement et matériellement, du petit dealer au gros trafiquant. Tous les comptes bancaires, les biens mobiliers et les biens immobiliers comme les voitures, doivent être saisis en amont et attribués aux services de police, de gendarmerie et de justice. Dans nos quartiers, nous avons besoin d’agents du fisc et d’agents des douanes pour les taper au portefeuille.

Beaucoup de policiers se plaignent de la «charge administrative». Faut-il alléger la procédure pénale ?

Matthieu Valet – La priorité de la justice doit être la victime et pas uniquement le voyou. Pour redonner l’envie aux policiers de faire des enquêtes, il faut simplifier la procédure pénale. Notre proposition phare est la création d’un cadre d’enquête unique pour les auditions, les perquisitions et les interpellations. Aujourd’hui, il y a l’enquête préliminaire et l’enquête de flagrance. La procédure pénale est un carcan judiciaire : il faut un cadre plus simple pour faciliter le travail des policiers et des magistrats.

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Source : Le Figaro

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