Tarn. Après un rodéo à moto, le contrôle de gendarmerie vire au guet-apens

C'est à ce carrefour, situé face à la grande tour de Crins, que les faits ont eu lieu./Photo DDM,  JM Lamboley

C’est à ce carrefour, situé face à la grande tour de Crins, que les faits ont eu lieu./Photo DDM, JM Lamboley

En voulant ramener le calme dans un quartier de Graulhet où des jeunes effectuaient un rodéo à moto, deux gendarmes sont tombés dans une embuscade dimanche soir. Même si le contexte n’a rien à voir avec les émeutes de Trappes, cette rébellion à l’autorité pose question.

 

«Ils nous ont rejoué un petit Trappes.» Même lâchée sur le ton de la boutade, cette confession d’un gendarme traduit assez bien ce qui s’est déroulé dimanche soir dans le quartier de Crins, à Graulhet.

 

Il est bientôt 21 heures et cela fait un moment que les oreilles des riverains des avenues de l’Europe et de Provence subissent les nuisances sonores de jeunes qui font du rodéo dans la rue. «Il y en avait deux surtout qui s’amusaient à passer au feu rouge, au risque de provoquer un accident, et à chevaucher le terre-plein. Alors, on a prévenu la gendarmerie», raconte un retraité qui se plaît dans ce quartier. «Ici, c’est calme plat.»

 

Enfin, un peu moins dimanche soir, quand deux militaires de la brigade autonome de Graulhet, qui faisaient la morale à un des «risque-tout» à moto qu’ils venaient d’intercepter en flagrant délit de feu rouge grillé, se sont fait insulter par un automobiliste venu se mêler de ce qui ne le regardait pas. En quelques secondes, ce conducteur a réussi à rameuter une vingtaine de jeunes habitants du quartier. Les deux militaires ont été molestés et leur véhicule de service sérieusement dégradé. Hier, le directeur de cabinet du préfet saluait leur sang-froid dans ces circonstances. «Ils ont réussi à s’échapper sans faire usage de la force.»

 

Toutefois, selon nos informations, un des militaires aurait fait usage d’un pistolet à impulsion électrique pour faire reculer les assaillants. Alors que les auteurs présumés de ces violences se disséminaient très vite dans le quartier de Crins, la gendarmerie déclenchait le plan Épervier. Vingt-quatre militaires étaient mobilisés et un hélicoptère EC 135 du détachement aérien de Toulouse participait même à la traque des fuyards.

 

«Des jeunes s’étaient réfugiés sur les toits des immeubles. L’hélicoptère était le seul moyen de les apercevoir à la nuit tombée», justifie-t-on à la préfecture.

 

«Ce matin, tous les clients ne m’ont parlé que de cet hélicoptère», rapporte la buraliste de Crins. Un riverain a lui une image en tête : «Il y avait une tonne de gendarmes devant chez moi». Il y en avait aussi beaucoup sur le coup de 22 heures, place du Languedoc, devant le foyer Léo-Lagrange. Une trentaine de jeunes, qui se rendaient au café sans alcool ouvert pour la période du Ramadan se sont fait contrôler. Aucun d’eux n’était, semble-t-il, impliqué dans l’affaire de l’avenue de l’Europe. La préfecture parle d’«un fait isolé de rébellion à l’autorité» qui réclame néanmoins «une réponse sans faille de la justice».

 

Le maire PS de la ville, tout en condamnant «fortement» cet acte de violence joue l’apaisement. «L’important pour tous, c’est le retour au calme. Il n’y a pas à Graulhet aujourd’hui de phénomène que l’on pourrait rapprocher de ceux de la banlieue parisienne. Les gendarmes doivent agir, comme ils le font toujours, pour la sécurité et la tranquillité de tous. Graulhet est une ville par essence calme.»

 


 

Trappes : «Une minorité de voyous»

 

Hier, le gouvernement a renvoyé dans ses cordes la droite qui a encore dégainé des accusations de «laxisme» après les violences urbaines de Trappes (Yvelines) où le calme est «en train de revenir» après trois nuits de heurts, a assuré le ministre de l’Intérieur Manuel Valls.

 

Jugeant «inacceptable» la flambée de violence dans cette banlieue située à 35 km à l’ouest de Paris, le Premier ministre Jean-Marc Ayrault a demandé à l’opposition qu’elle soit «aussi responsable» que les socialistes l’avaient été lors des émeutes de 2005, parties de Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) avant d’embraser l’ensemble de l’Hexagone.

 

Offensif, l’actuel patron de Beauvau a affirmé, hier, à Trappes n’avoir pas de «leçons» à recevoir de la part de l’opposition. Depuis samedi, la droite critique l’action du gouvernement, le président de l’UMP Jean-François Copé dénonçant lundi ses «messages de laxisme» et Henri Guaino, ex-conseiller du président Sarkozy, sa lenteur et son manque de fermeté. Déjà dimanche, Manuel Valls a rappelé n’avoir «jamais mis en cause en 2005 le gouvernement» dans lequel Nicolas Sarkozy était ministre de l’Intérieur.

 

Évoquant «l’assaut inacceptable, intolérable» contre les forces de l’ordre vendredi soir à Trappes, Manuel Valls a réaffirmé qu’il fallait «éviter tous les amalgames, des quartiers populaires avec une minorité de voyous

[…] , 200 personnes seulement, dans une ville qui compte 30 000 habitants». Hier, trois jeunes hommes de 18 à 21 ans, soupçonnés d’avoir participé aux violences du week-end dans le quartier des Merisiers aux abords du commissariat, ont été condamnés à des peines allant de 10 mois de prison ferme à 6 mois avec sursis. Deux autres hommes de 20 et 24 ans, ont été relaxés. Le parquet va faire appel.

P.-J. P

Source : La Dépêche

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