Suicide d’un Gendarme

Le 17 juin 2013 ce sera un bien triste anniversaire, car en effet il y a 4 ans jour pour jour, Patrick, jeune gendarme auxiliaire âgé de 20 ans, se donnait la mort avec son arme de service.

Mais qui était Patrick ? Laissons sa Maman nous le présenter :

Patrick est né le 12 septembre 1988. Au moment de son décès, il y a quatre ans (17 juin 2009) , il aurait eu  20 ans quelques jour après.

C’était un jeune homme plein de vie, aimant la musique, les bringues, les filles. Il avait
une bande d’amis indéfectibles. Fidèle en amitié, il était toujours là quand on avait besoin de lui.

Ce que l’on retenait de lui, c’était son énorme boule de cheveux qu’il avait sur la tête.

Patrick THOMAS

Il avait passé un bac littéraire avec une option musique, pour laquelle il avait eu
une note de 18/20. Très éclectique en musique, il aimait le jazz, Janis Joplin que je lui
avait fait découvrir, Métalica dont il apprenait à jouer « Nothing Else Mater ».
Il adorait Alleluia chanté par Jeff Buckley que nous avons passé à l’église le jour de son enterrement.

Ses amis les plus proches avaient créé un groupe (SPAMAVIE). Dans le cadre de leurs études musicales, ils avaient réalisé quelques petits films sur You tube. Un peu «  space », mais cela permettait de voir leur joie de vivre, leur univers et découvrir Patrick.

Question fille Patrick était un garçon très doux, un peu mufle avec les filles et j’adorais, pour le faire marronner, lui donner des petites leçons de comportement avec les filles. Mais elles l’adoraient et le trouvaient très beau, avec un super sourire. Encore plus beau dans sa tenue de gendarme. La jeune fille qu’il a fréquenté le plus longtemps s’appelait Pauline. Elle était  très jolie, toute douce comme lui. Elle lui apportait le calme dont il avait besoin.

Patrick était entré à l’école de Chaumont pour son stage GAV. Il avait fini 6ème sur 120.
II était surnommé « la crevette » car il était tout menu. En sortant de stage, il avait pris de la carrure en raison du sport qu’il faisait de manière intensive.

Malheureusement, il a choisi le peloton d’autoroute de Chevigny-Crimolois près de Dijon. Il est tombé sur une hiérarchie de malades qui l’ont pris comme tête de turc. Il faisait rapport sur rapport, prenait pour les gradés qui faisaient des conneries (coffre-fort d’armes non fermés par les gradés, etc.).

Chaque fois que je venais à Dijon (je travaillais à Saint Nazaire), tout allait bien. Il cachait son jeu. Il vivait dans le noir chaque fois qu’il était en repos. Il était très souvent à la fac avec son frère pendant ses jours de repos, il fuyait la brigade.

Il n’avait qu’un seul ami, son référent Jean-Louis, le gendarme qui l’a trouvé dans sa chambre le jour de son décès. C’est lui qui a eu l’honneur de lire la prière du Gendarme, que mon gamin adorait et qu’il avait affiché dans son logement de fonction.

Je me suis rendue compte de son mal être quand j’ai fait ma dépression après son décès. J’en veux à sa hiérarchie qui n’a pas su réagir. C’était des «  si seulement on avait su », mais Patrick cachait son jeu. Je n’ai rien vu venir quand il a passé quelques jours avec moi à Saint Nazaire. J’ aurais profité de lui  pendant une semaine beaucoup trop courte. Il avait apprécié cette semaine car je vivais à 5 minutes à pieds de la mer.

Il commençait à envisager de quitter la gendarmerie car pour lui, ce travail n’était pas de se mettre à un carrefour et verbaliser les gens, c’était se mettre au service de la population, être utile, venir en aide.
Il voulait donner ses organes au moment de sa mort afin de permettre à une personne de vivre à travers lui. On avait évoqué le sujet en juin 2009, mais je n’aurais jamais pensé qu’il ferait ce geste.

Lui qui rêvait de l’armée depuis qu’il était tout jeune. Cela a été un énorme gâchis,  10 mois ont eu raison de son rêve.

Son métier était dangereux et c’était le risque à payer. Les gendarmes de la BR de Dijon ont traité mon gamin de lâche, mais pour moi, il faut un énorme courage, une dose de ras-le-bol énorme pour arriver à cette extrémité.

6.55 mn  pour Patrick  (clicquer sur le lien ) : Jeff Buckley – Hallelujah

Ce témoignage très émouvant prouve, encore une fois, les dégâts que peuvent faire le  harcèlement au sein de la Gendarmerie.

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