Son crime maquillé en suicide, il avait fini par aller se dénoncer

201805262027-full

Me Pierre Charpy pour la défense de l’accusé./ Photos Nathalie Amen-Vals
 
Un homme de 39 ans comparaît devant la cour d’assises de l’Aude depuis hier. Il est accusé d’un meurtre dissimulé en suicide. Les faits ont eu lieu en décembre 2014, à Narbonne.

Si Moustapha Ridouan, 39 ans, ne s’était pas accusé de son crime au poste de police de Narbonne au mois de décembre 2014, n’aurait-il pas été loin de réussir le crime parfait ? Lorsque le corps sans vie de Jean-André Stenzel, 58 ans, est retrouvé à son domicile de la rue de l’Alcazar, les constatations des policiers réalisées sur place concluent à un suicide.

Le 2 décembre 2014, le curateur de la victime s’est inquiété et l’a expliqué hier devant la cour d’assises : «Je le voyais régulièrement. Je n’avais pas de nouvelles de lui depuis 15 jours. Je suis passé à son domicile».

La porte d’entrée du studio du rez-de-chaussée est ouverte, l’habitation est dans le noir, l’électricité ne marche plus. «Je suis entré dans le séjour puis dans la salle de bain. J’ai vu une forme, j’ai touché le corps. J’ai compris qu’il était décédé».

«Il faut que je sois jugé»

La police arrive sur les lieux vers 7 h 30. «Il n’y avait pas désordre apparent», a rapporté hier l’officier de police judiciaire (OPJ). Dans la salle de bain, les enquêteurs vont trouver un homme assis dans le bac à douche. Il a un lacet de chaussures autour du cou qui est accroché au robinet. «Le corps est en état de putréfaction avancée», a expliqué le médecin légiste. L’autopsie, qui sera finalement pratiquée le 11 décembre 2014, donne des éléments importants sur ce meurtre. Le légiste est formel : «L’emplacement du lien ne peut pas être à l’origine de l’ensemble des fractures des os dans le cou». Jean-André Stenzel ne s’est pas suicidé, il a été étranglé. Il a également des contusions au niveau de l’œil droit. Le président de la cour d’assises, Charles Pinarel, a demandé à l’expert : «Quand vous voyez un corps dans cette position, vous en pensez quoi ?». «C’est une position suspecte», a conclu le spécialiste.

Trois jours après la découverte du corps, un homme s’est présenté au commissariat. Il s’est accusé d’être responsable de cette mort. Devant les enquêteurs, le doute est mince. Le suspect a donné des détails précis de la scène de crime, «jusqu’au téléviseur qu’il avait écarté sur le côté», a ajouté l’OPJ. Selon lui, la dissimulation de ce meurtre est caractérisée : «Il a lessivé l’appartement, fermé à clef pour ne pas être dérangé et mis le corps dans cette position. Ça aurait pu marcher». Le président a voulu savoir pourquoi il s’était dénoncé : «Je voulais que la famille connaisse la vérité. Ils en ont besoin. Il faut que je sois jugé. Je n’avais pas la conscience tranquille».

Les deux hommes se connaissaient. Moustapha Ridouan était SDF, Jean-André Stenzel l’avait hébergé.

«J’entendais des voix»

Les photographies de la reconstitution des faits ont été diffusées. L’accusé se présente au domicile de sa victime, une dispute éclate dans le couloir d’entrée de l’immeuble. L’accusé lui assène deux coups de tête. L’homme tombe à la renverse, il le tire à l’intérieur du studio de sa main gauche, il l’étrangle alors qu’il est au sol pendant une vingtaine de minutes. La scène continue où l’on voit le mis en cause saisir sa victime sous les bras et l’amener jusqu’au bac à douche, en l’attachant avec un lacet de chaussures au robinet. Puis il nettoie le sol avec un balai espagnol pour enlever les taches de sang. «Ensuite, je suis parti à Montpellier. Sous le coup de la paranoïa, je ne sais pas ce qu’il s’est passé. J’entendais des voix, qui me rendaient malade. Mais j’ai un bon traitement. Je vous remercie», a lâché l’accusé. L’expert psychiatre ne va pas parler de paranoïa mais de «bouffées délirantes. Il a même tourné la TV pour ne pas qu’elle filme ce qu’il était en train de faire». Lundi, les débats reprendront avec le réquisitoire et les plaidoiries.

Source : La Dépêche

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.