Réserve opérationnelle : depuis Nice, la gendarmerie des Yvelines a reçu trois fois plus de candidats

Versailles. Sarita, Aude et Elijah (de g. à dte) sont réservistes de la gendarmerie. Ils sont opérationnels depuis la formation organisée en août, en réaction à l’attentat de Nice le 14 juillet 2016. LP/Aurélie Foulon.

Avocat, pâtissier, étudiant, chef d’entreprise, moniteur d’auto-école, fonctionnaire… Le panel est large. Tous ont un point commun : ils ont rejoint la réserve opérationnelle de la gendarmerie des Yvelines qui compte maintenant 284 hommes et 61 femmes. Près de cinquante d’entre eux ont franchi le pas après l’appel du gouvernement, lancé dans la foulée de l’attentat du 14 juillet à Nice, autour duquel un hommage national est organisé ce samedi.

Sarita, Aude et Elijah attaquent leurs premières missions, à l’issue de deux semaines de formation au camp de Beynes, où ils étaient au côté de 250 autres volontaires venus de toute de la France. « Ils ont appris le b.a.-ba de la sécurité, l’armement…, tout ce qui est indispensable pour travailler à la gendarmerie », résume le Colonel Loïc Baras, patron des gendarmes des Yvelines.

Opérationnels, ils peuvent « assurer des missions de surveillance pour lutter contre les cambriolages par exemple ou intervenir en renfort ». « Ils sont complémentaires des gendarmes d’active (NDLR : de métier) et ces derniers peuvent se consacrer à des missions de haute valeur ajoutée. Dès qu’on conçoit une opération, on pense à intégrer les réservistes », souligne le Colonel, convaincu que ce fonctionnement fait le succès de la réserve de gendarmerie. De fait, elle a déjà reçu 700 candidats cette année, contre 250 en 2015. « Il y a l’élan initial de ferveur populaire mais il faut l’entretenir dans la durée » ajoute le militaire.

 

Sarita, 30 ans, réserviste : « C’est un peu une chaîne de solidarité » L’appréhension s’est envolée depuis qu’ils sont sortis de formation, fin août. Sarita, Aude et Elijah ont choisi d’intégrer la réserve. Tous trois ont opté pour celle des gendarmes, qu’ils perçoivent à la fois « plus stricte et plus accueillante ».

Sarita, 30 ans, Montigny-le-Bretonneux, téléconseillère à la CPAM :

« Après les événements de Nice, on avait les familles au téléphone, en pleurs. On entendait les noms, les âges… A la télé, on voyait les doudous, les peluches… Je ne peux pas attendre que ça nous arrive à moi et à ma fille, je me dois de renforcer les rangs pour lutter contre la barbarie.J’ai entendu le président François Hollande parler de la réserve et j’ai appelé la gendarmerie le lendemain. Puis j’ai postulé sur le net. En août, j’ai reçu un mail estampillé « urgent ». Il fallait déposer le dossier et partir dans la foulée en formation. J’ai posé des congés sans soldes que mon employeur a validé en une heure : c’est un peu une chaîne de solidarité. Mon père n’est pas d’accord, ma mère est fière mais comme lui, elle a peur. On reste quand même des cibles. »

Aude, 29 ans, Paris (XVe), analyste :

« Je suis parisienne. On connaît tous quelqu’un qui connaît quelqu’un touché de près par les attentats du 13 novembre 2015. Le 14 juillet, j’étais au Champ-de-Mars. On ne savait pas encore pour Nice mais il y a eu un mouvement de foule, des chaussures perdues. J’ai vu comme les gens ont peur. Là, je me suis dit que c’est un peu facile les bons mots sur Facebook. On peut participer, au moins aider les gendarmes actifs, les décharger de certaines missions pour qu’ils puissent se consacrer au terrorisme. Après mes études de criminologie et de sécurité internationale, mes proches ne sont pas surpris : c’est dans l’ordre des choses. Ils sont très fiers. A ceux, un peu macho, qui me trouvent trop fine, je réponds qu’on maîtrise des techniques. »

Elijah, 19 ans, Garches (Hauts-de-Seine), étudiant en Droit :

« Je suis binational et je savais que la réserve existe dans certains pays. Après le Bataclan, je me suis renseigné sur Internet. J’ai entamé les démarches en début d’année. Mais la formation était passée, il fallait attendre un an. Entre-temps, il y a une Nice et une session supplémentaire a été organisée. J’étais en vacances quand j’ai reçu le mail de convocation, la veille. J’ai pris le train aussitôt ! »

Le profil des réservistes

LP/infographie Gendarme réserviste, c’est moins contraignant qu’on peut le penser. Les opérationnels expriment leurs besoins, en personnes, le jour, l’endroit. « On lance un appel via un logiciel conçu par un réserviste, et les volontaires s’inscrivent, explique le Colonel Baras. Ils peuvent faire jusqu’à 120 jours par an, rémunérés une cinquantaine d’euros chacun. C’est cette souplesse qui permet aux gens d’y trouver leur compte. Parce qu’il faut renoncer à certaines choses : le week-end, ils ne sont pas avec leur famille mais au service de la nation. »

Source :   leparisien.fr

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