Reportage « Allô, bonjour, ici la gendarmerie »

« Allô, bonjour, ici la gendarmerie »

C’est ici, dans cette salle, qu’arrivent 24 heures sur 24 les appels au 17, entre autres. © Rémy BEURION

C’est au centre des opérations et de renseignement de la gendarmerie qu’arrivent les appels du 17 (hors zone police). A raison de soixante-dix mille par an.

Il est 20 heures. Un soir ordinaire, au premier étage du groupement de gendarmerie du Cher, au bout de l’avenue de Saint-Amand, à Bourges. Le bunker feutré du centre des opérations et de renseignement de la gendarmerie (Corg) frémit au rythme des appels, environ 235 par jour.

C’est dans cette salle constellée d’écrans, d’ordinateurs, de moyens de communication pointus et rudimentaires, au cas où le grand chaos s’invite, de cartes géantes et de téléphones que le 17 déverse ses appels de secours.

Tout est codifié

Deux gendarmes aguerris, deux pros bardés de l’expérience du terrain pour mieux appréhender la géographie des appels, se relaient, 24 heures sur 24, 365 jours par an.

Une dame appelle pour signaler aux gendarmes que sa fille n’est pas rentrée et elle ne répond pas sur son portable. Le gendarme, casque sur les oreilles, découvre sur un écran la géolocalisation de l’appel. Il discute et remplit en même temps une fiche informatique. Tout est codifié.

Une voix posée, une voix censée arrondir les angles d’une angoisse ou d’une colère tempère l’épaisse inquiétude de cette maman. Une voix destinée à accrocher l’interlocuteur pour que les informations ne se dissolvent pas dans une panique irraisonnée, pour éviter de laisser de côté une information primordiale.

Les secondes s’écoulent, la discussion permet aux gendarmes de découvrir que la jeune fille aux abonnés absents est âgée de… vingt-six ans. Il explique, comme un père de famille, que sans doute elle a coupé son téléphone pour profiter de ses amis. Bingo?! Pendant que le gendarme rassure la maman, sa fille appelle sur le portable. Un soir ordinaire au Corg…

Plus loin, sur une autre ligne, le second opérateur démêle, dans un repli du département, un problème de mômes qui jouent au ballon et irritent une riveraine. Ici, tout peut arriver. Non : ici, tout arrive. Le pire comme le moins pire : tapages nocturnes, cambriolages, personnes suspectes, véhicules louches, accidents… Mais aussi des demandes de renseignements, une pharmacie de service par exemple, et d’autres appels, loufoques, insistants, répétitifs, rangés dans la case « appels polluants », auxquels il faut faire face avec diplomatie.

Les appels de secours, les appels sur le numéro à dix chiffres du Corg, les appels radio des patrouilles en vadrouille, le renvoi des appels de toutes les brigades du Cher, tout arrive, le soir, au Corg. « Ici, on trouve la lucidité de celui qui ne dort pas », expliquent, le lieutenant-colonel Félix, commandant en second du groupement, et l’adjudant-chef Pélicot, responsable par intérim du Corg.

Peu importe l’heure de la nuit, la voix gendarmesque est claire, posée, alerte. L’esprit en éveil. Le centre des opérations est le premier maillon de la chaîne d’où découlent tous les autres.

En cas d’appels désespérés, la parole prend toute sa dimension

« L’opérateur n’est pas au contact de l’événement. Il a donc le recul nécessaire, mais il doit aussi aider les gens sur le terrain, expliquent les officiers. Le Corg, c’est l’endroit à partir duquel les manœuvres opérationnelles sont coordonnées. Les gendarmes de terrain ont la garantie qu’ils n’interviennent pas pour rien. »
La période estivale et celle de la fin de l’année sont réputées pour être des pics.

Psychologues, les gendarmes doivent aussi gérer des cas délicats, des solitudes, des détresses, des tentatives de suicide, des coups de fil désespérés où la parole échangée prend toute sa dimension.

Inlassablement, le compteur en lettres rouges sur fond noir égrène le nombre d’appels, ceux en attente le cas échéant, le temps d’attente. La machine des appels ralentit, mais jamais elle ne s’arrête.

Rémy Beurion

Source : Le Berry

 

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