Rennes. Vétéran de Bosnie, l’ancien soldat reconstruit son âme blessée

69133eda2cd01add692d0bac19090946-rennes-veteran-de-bosnie-l-ancien-soldat-reconstruit-son-ame-blesseeEric Ferand, 48 ans, a quitté le Mont Saint-Michel fin avril pou rallier Sarajevo. Il en est revenu le 13 mai. | Pascal SIMON

Soldat casque bleu sur le mont Igman en 1995, pendant la guerre de l’ex-Yougoslavie, Eric Ferand, 48 ans, a été victime d’un syndrome post-traumatique qui a été diagnostiqué en 2012. Une blessure invisible, parfois difficile à admettre pour un militaire, mais destructrice. Il a entamé une thérapie en 2015 et démissionné de l’armée de Terre. Pour se reconstruire et “retrouver la paix”, il est retourné en Bosnie, à moto. Il sera décoré de la médaille des blessés de guerre, ce samedi.

L’histoire

« J’avais 25 ans, et j’étais un casque bleu de l’ONU avec 10 appelés du contingent sous mes ordres pour s’interposer entre les Serbes et les Bosniaques. Nous étions arrivés le 16 juillet 1995 dans la région. Le 27 juillet, notre position sur les hauteurs du Mont-Igman est touchée par deux obus, et nous avions l’ordre de ne pas répliquer. Là-bas, nous avons laissé notre jeunesse, notre insousiance… »

Samedi 23 juin, à Bruz, dans l’enceinte du 2e régiment du matériel (2e Rmat), Eric Ferand sera décoré de la médaille des blessés de guerre pour son engagement en 1995 dans la guerre de l’ex-Yougoslavie. Une reconnaissance en forme de médaille remise à l’occasion de la 2e édition de la journée nationale des blessés de l’armée de Terre.

Pourtant, sur sa Harley-Davidson, en pantalon et blouson en cuir de motard, l’homme a belle allure, celle d’un sportif de 48 ans qui courait encore un marathon en moins de trois heures il y a quelques années. Mais c’est une blessure invisible, sournoise, destructrice, qui a balafré sa vie, brisant sa famille, le faisant sombrer dans la violence et l’alcool, l’isolant de tous, jusqu’à le mener deux fois aux portes du suicide.

Maladie diagnostiquée 18 ans après…

Car Eric Ferand a été victime d’un syndrome post-traumatique de guerre, le « SPT ». « Il a été diagnostiquée en juin 2013 par le psychanalyste avec qui j’avais entamé une thérapie neuf mois plus tôt, juste après ma seconde tentative de suicide… » A l’époque, cet ancien du 41e régiment d’infanterie (RI) et du 1er régiment de chasseurs parachutistes (RCP), muté en Bretagne en 2005, était affecté au service général du 2e régiment du matériel de Bruz. « Le chef de corps de l’époque avait servi en ex-Yougoslavie, il a parfaitement compris ce que je traversais, et m’a tout de suite dit que ma priorité était de m’occuper de ma santé ».

Il entame sa thérapie et rapidement démissionne, en juillet 2015. Engagé dans l’armée de Terre à 19 ans, Eric Ferand quitte l’institution militaire au grade d’adjudant, après 27 ans de service dont 17 années en compagnie de combat. Il tourne la page d’une vie au service de la France… pour sauver la sienne. « J’ai toujours rêvé d’une Harley, j’ai passé le permis moto. Je me suis formé, j’ai roulé, des milliers de kilomètres, jusqu’à Morzine à l’été 2017 pour voir Trust en concert : c’était le premier concert de ma vie ! »

Du Mont Saint-Michel à Sarajevo

Alors une idée qui lui trotte dans la tête devient possible : revenir en ex-Yougoslavie, sur le Mont-Igman, et à Goradze où il avait à l’époque découvert des enfants, affamés, vivant en véritables meutes.

« En quittant ce village à bord du blindé, j’avais croisé le regard d’une petite fille. Mais nous ne pouvions pas la prendre avec nous. Son regard me hantait toujours… »

Soutenu par l’Office national des anciens combattants et victimes de guerre (OnacVg), le Souvenir français et le Rennes Bretagne Chapter, son club de motards Harley-Davidson, il prend la route de ce chemin de résilience au départ le 25 avril du Mont Saint-Michel, rejoint par un autre vétéran et sa compagne elle aussi ancienne militaire.

Il en est revenu le 13 mai dernier, « l’âme en paix ». Samedi matin, sur le village Défense installé place de Bretagne, de 10 h à 13 h 30, il remettra le montant des dons collectés pendant son périple au Bleuet de France qui œuvre pour les anciens combattants et blessés de guerre.Samedi 23 juin 2018, de 10 h à 13 h 30, place du Parlement, village Défense pour la journée nationale des blessés de l’armée de Terre. Animations et stands, notamment à 10 h 40 avec fitness et body attack gratuit ouvert à tous. Eric Ferand a publié des photos et textes de son périple entre le Mont Saint-Michel et l’ex-Yougoslavie sur le compte facebook « Résiliences des portes de Bretagne à Sarajevo en Harley Davidson »

 

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