Perrine Ottmann, une assistante sociale chez les gendarmes

Son bureau est installé dans les locaux de la compagnie de gendarmerie de Cambrai. Elle travaille aux côtés des militaires et des officiers, se tient avisée des interventions des brigades locales. Mais Perrine Ottmann ne mène pas d’enquête: elle est «intervenante sociale en gendarmerie». En clair, c’est l’assistante sociale des brigades. Entre janvier et juin, elle a prêté une oreille attentive à 325 «dossiers».

Perrine Ottmann, 33 ans, est intervenante sociale en gendarmerie.

Des gendarmes ou des voleurs, lesquels franchissent davantage votre porte et ouvrent leur cœur ?

 

« Je suis intervenante sociale en gendarmerie, mais je ne suis pas l’assistante sociale des gendarmes ! D’ailleurs, je ne suis pas militaire mais travailleur social et je travaille pour une association, Havre*. Ce sont les victimes d’infractions ou les auteurs que je rencontre ; toutes les personnes qui sont entrées en contact avec les forces de l’ordre, et qui se trouvent en situation de détresse. Mon rôle, c’est de faire le lien avec les professionnels susceptibles de les aider. »

 

Qu’entendez-vous par situation de détresse ?

 

« Ce peut être une personne âgée identifiée par les gendarmes comme étant une personne isolée. Ou des auteurs d’infractions. Je me souviens d’un monsieur arrêté pour ivresse publique. En discutant avec les gendarmes, il a évoqué ses difficultés. Outre sa dépendance, il avait des problèmes avec son ex-femme et ne parvenait pas à faire valoir ses droits de visite auprès des enfants. Les gendarmes lui ont proposé de me rencontrer. Cela lui a permis de se poser. On l’a orienté dans ses démarches afin de prendre un avocat, on l’a guidé vers des unités spécifiques pour répondre à son problème d’alcoolémie… En fait, il y a autant de cas de figure qu’il y a de missions de gendarmes. »

 

Une rencontre avec l’intervenante sociale en gendarmerie est-elle obligatoire ?

 

« Non ! Le poste est attaché à l’intervention des gendarmes, ce sont les militaires qui orientent les personnes vers mes services. Mais elles ne sont pas obligées d’accepter. »

 

Les personnes que vous rencontrez ne sont-elles pas dans des situations qui auraient déjà dû être réglées par les services sociaux ?

 

« Il y a des situations qui ne sont pas connues du tout ! »

 

Alors pourquoi placer une assistante sociale chez les gendarmes ?

 

« Les militaires avaient besoin de cette évaluation sociale de la situation. Ils étaient confrontés à des problématiques qu’ils n’avaient pas le temps de traiter et face auxquelles ils étaient démunis. Quand ils constatent les conditions insalubres dans lesquelles vit une personne, qui doivent-ils contacter ? Où reloger ce locataire ? »

 

Trois cent vingt-cinq dossiers ont été traités entre janvier et juin 2013 ; plusieurs d’entre eux ont atterri sur le bureau des services sociaux : c’est plus de travail pour une structure qui se dit déjà saturée…

 

« Mais prendre les difficultés en amont, au départ, avant que la situation ne se dégrade, c’est plus facile à gérer. »

 

Revoyez-vous les personnes que vous avez orientées vers les services compétents ?

 

« Souvent, je ne sais pas ce qu’elles deviennent. C’est frustrant, mais c’est le poste qui veut cela. Ici, c’est un peu la gare de triage. Je vois des situations très variées, ponctuellement ; j’oriente, mais ensuite je ne me charge pas de l’accompagnement. »

 

Les dossiers sont-ils plus complexes que ceux d’une assistante sociale « traditionnelle » ?

 

« Non, ce n’est pas plus dur. J’ai travaillé en psychiatrie, chez Solveig (une association pour femmes battues), au CCAS de Cambrai : je ne vois pas ici des situations familiales pires qu’ailleurs. En fait, je n’ai pas réalisé de découvertes bouleversantes sur mon métier ; en revanche, j’ai beaucoup appris sur le rôle des gendarmes. Je n’imaginais pas à quel point leurs interventions pouvaient être variées ! Ils sortent pour un différend de voisinage, une autre fois pour une histoire de divagation d’animal, plus tard pour un accident… »

 

Y a-t-il des communes où vous êtes plus sollicitée que d’autres ?

 

« Je reçois pas mal de personnes qui viennent de Caudry. Mais c’est normal : c’est l’une des plus importantes brigades. »

 

Et qui s’occupe de l’intervenante sociale quand elle va mal ?

 

« Mais il ne faut pas rentrer chez soi avec toute la misère du monde sur le dos ! Il faut prendre beaucoup de recul, savoir faire le vide. Je suis salariée de l’association Havre, et je sais que si je suis en difficulté, je peux me rendre à l’association. En plus, il est prévu qu’une fois par mois, je retrouve mes collègues au Cateau-Cambrésis. »

 

Havre : association d’insertion basée au Cateau-Cambrésis, 03 27 77 79 46.

Source : La Voix du Nord

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