Pas d’accès pour les handicapés à la gendarmerie de Fréjus

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Roland Graille, longtemps artisan maçon, est aujourd’hui en fauteuil roulant. Venu déposer plainte à la gendarmerie de Fréjus pour un vol, il est resté en bas des marches. Michel Johner

Suite à un vol, un Adréchois a dû se rendre à la gendarmerie de Fréjus pour déposer plainte. Devant les escaliers, en fauteuil roulant, il n’a pu entrer.

Roland Graille est en colère. La loi qui oblige les institutions à être accessibles aux handicapés datant de 2005, n’est toujours pas appliquée en 2014 dans de nombreux lieux et, depuis peu, est encore repoussée. Les commerces de proximité ou cabinets médicaux ont trois ans de rab, six ans pour les mairies, écoles, chaînes d’hôtellerie et neuf ans, soit jusqu’en 2024, pour la SNCF.

Prendre un bus, acheter du pain à la boulangerie, être sur un trottoir ou se pointer au guichet de la mairie… des milliers de personnes handicapées ne peuvent toujours pas se payer ce luxe. Et elles vont devoir encore attendre. À Fréjus, c’est la gendarmerie qui est en ligne de mire.

Les gendarmes eux-mêmes reconnaissent qu’il est « anormal et même inacceptable de ne pas pouvoir accueillir les citoyens à mobilité réduite, alors que le principe prévoit une accessibilité pour tous dans tous les lieux accueillant du public ».

Pas obligé avant l’échéance

Dès 1975, une loi s’engageait à un « accès des personnes handicapées aux institutions ouvertes à l’ensemble de la population ». Loin d’être une réalité.

En février dernier, Roland Graille est victime d’un vol par effraction. Cet ancien artisan maçon, victime d’un accident, est aujourd’hui en fauteuil roulant. Orienté vers la gendarmerie, cet Adréchois s’achemine jusqu’à l’entrée de celle de Fréjus pour porter plainte.

Mais reste bloqué en bas de l’escalier. « Les gendarmes sont venus au bas des marches pour prendre ma déposition et m’ont même dit que parfois, ils portaient les gens, à bras-le-corps, jusque dans les bureaux. Eux aussi attendent une rampe »,raconte Roland Graille.

Gendarmes qui certifient avoir fait remonter les problèmes et les doléances aux instances supérieures et espèrent bien voir réaliser les travaux… un jour.

Pour l’Adréchois : « Tant qu’on est valide, on ne s’occupe pas de ces problèmes. Il y a de belles paroles mais les actes ne suivent pas. Mais attendre devant les marches, c’est humiliant, dégradant et discriminatoire par rapport aux gens normaux qui entrent. Il n’y a même pas de parking PMR à proximité ».

Roland Graille décide alors de tenter de faire avancer les choses. Il écrit une première fois à Var Habitat, gérant foncier de l’édifice ministériel qui abrite la gendarmerie.

Le bailleur social, par courrier, admet l’absence de rampe d’accès adaptée et écrit « compatir fortement à la situation embarrassante »dans laquelle l’Adréchois s’est retrouvé.

Le directeur général de Var Habitat ajoute dans cette lettre : « Cependant, je tiens à vous informer que la loi de 2005 précise que les bâtiments, locaux recevant du public ERP doivent être mis en conformité accessibilité avant le 1er janvier 2015… La mise aux normes de l’établissement sera envisagée le plus rapidement possible… »

Roland Graille n’en revient pas : « On se moque de moi. Ils compatissent mais ne font pas les travaux. Ils les envisagent. Nous fait-on croire que la construction d’une rampe est programmée pour le 30 décembre 2014 ! Cette date butoir, qui est encore reculée, signifie donc qu’on n’est pas obligé de le faire avant ? »

L’institution devrait montrer l’exemple

Pour Roland Graille, le problème est d’autant plus affligeant qu’il concerne une autorité : « A la rigueur, je comprends si ça concerne un restaurant privé mais la gendarmerie, autorité qui symbolise l’État, tout ce qui est ministériel et qui nous donne des leçons, ils ne nous montrent pas l’exemple. Croient-ils que je ne préférerais pas avoir mes deux jambes que de vivre ça au quotidien ? »

Et Roland Graille de relancer par courrier Var Habitat et de proposer son fauteuil roulant pour que les responsables « perçoivent les émotions dans ces conditions de déshumanisation. Aller et venir librement, l’égalité, c’est-à-dire notre dignité, passent par l’accessibilité. Je fais un rêve, que la personne en situation de handicap puisse aller au cinéma, faire ses courses, trouver un travail. Il ne tient qu’à nous tous que ce rêve devienne une réalité ».

Source : Var matin

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