OTAN : RETOUR SUR 70 ANS DE GUERRES ILLÉGALES

L’OTAN et le Conseil de sécurité de l’ONU

Je pense que c’est le bon moment pour revenir sur la plus grande alliance militaire du monde et de l’histoire de l’humanité : l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN). Nous allons faire le point à l’aide du livre de Daniele Ganser, « Les guerres illégales de l’OTAN, une chronique de Cuba à la Syrie », sorti en 2016 aux éditions Demi-lune.

Il s’agit ici d’un livre assez académique, l’auteur est un Suisse, enseignant-chercheur en histoire qui a notamment fait sa thèse universitaire sur « Les armées secrètes de l’OTAN » qui a amené à la publication de son livre précédent du même nom et traduit en neuf langues.

Notre livre du jour part du postulat que les guerres qui font les gros titres des médias depuis des années ne sont que très rarement qualifiées d’illégales alors que c’est généralement le cas. Effectivement, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale et la fondation de l’ONU en 1945, il y a une interdiction de recourir à la guerre à l’échelle mondiale à deux exceptions près.

  1. La première est le droit à l’autodéfense qui donne l’autorisation à un pays attaqué de se défendre ;
  2. La seconde c’est qu’une guerre contre un pays ne peut être entreprise qu’avec un mandat explicite du Conseil de sécurité de l’ONU.

Hormis ces deux cas, toute guerre est interdite depuis plus de 70 ans.

L’auteur constate ainsi que ce sont les pays de l’OTAN, dirigés par les États-Unis, qui ont déclenché le plus de guerres illégales dans une totale impunité depuis 70 ans. C’est logique vu que l’OTAN est surreprésentée au Conseil de sécurité de l’ONU avec ses membres américains, britannique et français. Les deux autres membres étant la Russie et la Chine. Cela veut dire dans la théorie et dans la pratique, ce sont ces 5 pays qui ont en main la paix mondiale sur les 193 autres États membres de l’ONU. Il est intéressant de noter que les 5 pays responsables de la paix mondiale sont dans le même temps les plus gros exportateurs d’armements au monde ; les États-Unis occupant à eux seuls 30 % du marché soit la première position du classement. Ceci pose donc la question du conflit d’intérêt lorsqu’un conflit intervient et que les exportations d’armes de ces cinq membres augmentent dans les zones concernées.

Les institutions de l’Empire ?

L’OTAN a été créée en 1949 à Washington avec 12 membres fondateurs :

  • les États-Unis,
  • la Belgique,
  • le Danemark,
  • la France,
  • l’Islande,
  • l’Italie,
  • le Canada,
  • le Luxembourg,
  • les Pays-Bas,
  • la Norvège,
  • le Portugal
  • la Grande-Bretagne

L’organisation compte aujourd’hui 30 États membres et reste structurellement contrôlée par les États-Unis. Les Européens occupent en général le plus haut poste civil de l’OTAN, celui de secrétaire général qui s’occupe des relations publiques, tandis que le poste de commandant militaire suprême pour le territoire européen est toujours confié à un général américain qui est responsable de la planification, la préparation et la direction de toutes les guerres de l’OTAN.

Il faut savoir que même si on n’est pas membre de l’OTAN des pays comme l’Autriche et la Suisse sont intégrés dans le cadre du Partenariat Pour la Paix qui vise à promouvoir la coopération sécuritaire avec les pays non membres de l’OTAN. La différence entre l’adhésion à l’OTAN et la participation au Partenariat Pour la Paix est aussi ténue qu’une feuille de papier.

Quand l’auteur parle des États-Unis ou de l’OTAN, il parle de l’empire américain qui est tout simplement défini comme la plus grande puissance économique et militaire dans une période historique donnée. Le National Security Council (NSC ou Conseil de Sécurité Nationale) est la structure qui détermine la politique étrangère des États-Unis au service des intérêts de l’oligarchie américaine. Il est composé, entre autres, du noyau dur de l’exécutif américain, le président, le vice-président, le ministre des Affaires étrangères, le ministre de la Défense, le directeur des 16 services de renseignements, le chef d’état-major des armées et le conseiller à la Sécurité nationale.

La guerre illégale de l’OTAN contre l’Iran

Rentrons dans le vif du sujet : nous allons faire la chronologie des guerres illégales de l’OTAN intervenues dès la création de l’alliance militaire.

Commençons par la guerre illégale contre l’Iran en 1953, une histoire bien connue.

L’Anglo-Iranian Oil Company qui deviendra British Petroleum (ou BP) contrôlait l’exploitation pétrolière en Iran depuis 1908. Mais le 15 mars 1951, le Parlement iranien vota une loi de nationalisation qui mit fin au contrôle de l’entreprise anglaise sur le pétrole iranien. En conséquence, les pétroliers britanniques refusèrent d’exporter le brut iranien nationalisé et la Royal Navy mit en place un blocus maritime sans mandat de l’ONU devant les ports du pays, empêchant tout autre État d’exporter le pétrole iranien.

Le Premier ministre Mohamed Mossadegh à la tête du pays fut ensuite renversé par un putsch illégal de la CIA et du MI6 : il s’agit de l’Opération Ajax. Durant cette sédition, le chef de la police de Téhéran a été kidnappé, séquestré et tué par des agents iraniens à la solde de la CIA, des attentats ont été mis en scène pour les attribuer au Premier ministre Mohamed Mossadegh et des soldats et des bandes de rues ont été financés pour faire monter le niveau de violence et permettre le coup d’État.

Nous avons donc ici deux membres de l’OTAN qui, juste après la Seconde Guerre mondiale, bafouaient la Charte de l’ONU tout récemment créée et renversaient un gouvernement démocratiquement élu. Tous ces faits sont tirés de documents déclassifiés des services de renseignement américains. C’est incontestable, même l’ancien président Barack Obama l’a admis !

La guerre illégale de l’OTAN contre le Guatemala

Passons à la guerre illégale contre le Guatemala en 1954. Un an plus tard à peine, nous retrouvons le même scénario, à peu de chose près. Le président Jacobo Arbenz élu en 1951 a commencé à réformer le pays et à distribuer des parcelles non cultivées à près de 100 000 paysans sans terre se mettant ainsi à dos les grands propriétaires terriens de ces biens dont notamment la United Fruit Company qui s’appelle aujourd’hui Chiquita (un des plus grands producteurs de bananes du monde).

Le directeur de la CIA de l’époque, Allen Dulles, était actionnaire de l’entreprise, de même que son frère John Foster qui était quant à lui Secrétaire d’État (l’équivalent américain de notre ministre des Affaires étrangères). Bref, tout un tas d’intérêts de l’élite américaine était en jeu et donc des opérations secrètes ont été mises en place pour déstabiliser le pays. Les États-Unis faisaient capoter leurs achats d’armes à l’étranger (à des pays alliés de l’OTAN en plus) et une guerre finit par être lancée par les États-Unis le 18 juin 1954. Une guerre illégale si on s’en tient à la Charte de l’ONU et de l’Organisation des États américains signée en 1948.

Des bandes armées envahirent donc le Guatemala depuis le Honduras voisin et le changement de régime eut lieu malgré les demandes d’aide du gouvernement guatémaltèque à l’ONU. Le meneur des rebelles payés par la CIA, Castillo Armas, s’autoproclama président du Guatemala le 1er septembre 1954 et mit un coup d’arrêt à la réforme agraire et aux expropriations des terres de la United Fruit Company. Nous étions en pleine guerre froide donc les Américains avaient accusé l’ex-président Jacobo Arbenz de communiste pour se justifier. Il est très important de trouver une bonne excuse.

La guerre illégale de l’OTAN contre l’Égypte

Autre cas en 1956, l’Égypte fut également victime d’une guerre illégale, cette fois-ci menée par Israël (« soutien indéfectible de l’OTAN » sans y être), aidé par la France et la Grande-Bretagne, deux pays membres de l’OTAN, disposant d’un droit de véto au Conseil de sécurité de l’ONU.

L’Égypte ne fut pas du tout protégée par l’ONU. Le président égyptien Nasser a eu l’audace (ou le malheur) à l’époque de reconnaître la Chine communiste et de menacer Israël. L’opération Mousquetaire fut déclenchée contre lui quand il nationalisa la Compagnie franco-britannique, qui contrôlait le canal de Suez où transite le gaz et le pétrole vers le marché européen. Mais l’invasion étrangère visant à le renverser a globalement échoué, ce qui ne la rend pas légale pour autant.

La guerre illégale de l’OTAN contre Cuba

Passons au cas cubain maintenant. Vous avez sûrement déjà entendu parler de la fameuse invasion de la baie des Cochons en 1961 et bien il s’agit d’une guerre illégale.

La révolution cubaine de Fidel Castro n’a pas plu aux Américains, car de tendance soviétique. Qui plus est, le point central du programme révolutionnaire était encore une fois une réforme agraire expropriant des entreprises américaines, couplé à la nationalisation des raffineries pétrolières ce qui poussa les États-Unis à programmer un changement de régime au bout d’un an. C’est notamment le National Security Council, le Conseil de Sécurité Nationale américain, qui émit l’avis d’un coup d’État le 10 mars 1959 lors d’une réunion secrète à la Maison Blanche.

Le président Eisenhower autorisa la CIA à organiser, financer, entraîner et armer des exilés cubains au Guatemala pour saboter la révolution. Le Guatemala qui venait de passer sous son contrôle, nous l’avons vu précédemment. Des bombes incendiaires furent larguées en octobre 1959 sur les plantations de canne à sucre et les usines cubaines. Les lettres de protestations de Cuba au président du Conseil de sécurité de l’ONU n’y changeaient rien, les Américains traitant les allégations des Cubains de désinformations et contre-vérités.

Nous avons généralement les mêmes arguments aujourd’hui. Il faut bien noter que la CIA avait infiltré les médias de masse et agences de presse américaine pour bloquer la publication d’articles indésirables. Les diplomates américains ont également paralysé l’ONU avec des mensonges pour pouvoir effectuer leurs opérations secrètes et à partir de janvier 1959, leur objectif principal était d’éliminer Castro ; il détient d’ailleurs le record des tentatives d’assassinats (638). Entre parenthèses, on n’oubliera pas les complots et meurtres américains réussis contre les dirigeants Patrice Lumumba au Congo, Rafael Trujillo en République dominicaine, Ngo Din Diem au sud Vietnam et René Schneider au Chili, dans les années 60.

L’invasion de la baie des Cochons par des proxys cubains à la solde des Américains fut un échec, car Castro était étonnement bien préparé. Il y avait quand même déjà gouvernement cubain provisoire composé par la CIA qui n’attendait plus que la réussite du putsch pour se mettre en place. L’ingérence américaine avait débuté par une guerre économique avec un embargo sur la commercialisation de sucre et de pétrole de Cuba, en organisant aussi des opérations de sabotage dans les usines, bref tout ce qui pouvait nuire à l’économie cubaine a été utilisé pour provoquer une révolte de la population contre le gouvernement.

Le Conseil de sécurité de l’ONU ne pouvait mettre fin au blocus économique, car le véto américain aurait bloqué toute tentative. Cet embargo a pris fin en 2016 et a donc duré plus de 50 ans. À noter au passage l’annulation du plan Northwood du 13 mars 1962 qui prévoyait de faire sauter des avions et des bateaux du Pentagone et d’organiser des attentats terroristes sur le sol américain pour les attribuer à Castro et permettre ainsi l’invasion de Cuba. Cette opération Northwoord avait été validée et signée par le plus haut général du Pentagone, le chef d’état-major interarmées Lyman Lemnitzer. Cette tentative a finalement été bloquée par le nouveau président Kennedy qui se mit à dos de nombreux généraux haut placés du Pentagone. Kennedy muta Lemnitzer en Europe en tant que commandant suprême des forces alliées de l’OTAN, donc un homme qui a validé l’organisation d’attentats contre des civils de son propre pays. Ce sont des faits avérés, les documents initialement confidentiels ont été révélés en 1998.

Ces circonstances dangereuses ont finalement amené l’URSS à installer des missiles à Cuba en douce en 1962 et quand les Américains l’ont découvert, ils déclenchèrent un blocus naval intégral et unilatéral sans consultation de l’ONU et des alliés de l’OTAN, ce qui était un acte de guerre illégal. L’escalade nucléaire avec l’URSS fut finalement désamorcée par un accord bilatéral.

La guerre illégale de l’OTAN contre l’Indochine

Changeons de continent pour aller en Asie maintenant. Suite à des révoltes sur place, la France a perdu sa colonie d’Indochine qui comprenait le Vietnam, le Laos et le Cambodge. La guerre d’Indochine, à laquelle ont participé les États-Unis, a amené à la victoire d’Hô Chi Minh pour l’indépendance du Vietnam en mai 1954. Le pays était alors divisé entre un Nord communiste sous l’autorité d’Ho Chin Minh et un Sud capitaliste dirigé par Jean-Baptiste Ngo Dinh Diem qui a été mis en place par les États-Unis en 1955 lors d’élections truquées pour bloquer l’expansion communiste.

Ngo Dinh Diem s’est avéré être un homme sanguinaire et finalement contre-productif ; il fut donc éliminé par les Américains, classique, selon les Pentagon Papers, les fameux documents du département de la Défense américain sur la guerre du Vietnam déclassifiés en juin 2011. Inutile de préciser qu’assassiner un président étranger est illégal. D’ailleurs, le président Kennedy avait annoncé le 20 octobre 1963 qu’il retirerait les soldats américains du Vietnam s’il était réélu pour un second mandat. Lui-même sera finalement assassiné 20 jours après le président Diem ce qui amena à une spirale de violence au Vietnam et à une guerre d’agression américaine dans ce pays sans mandat de l’ONU.

Le nouveau président américain Johnson justifia l’intervention armée avec une fausse attaque des Nord-Vietnamiens sur leur contre-torpilleur USS Maddox dans le golfe du Tonkin. En réalité, ce contre-torpilleur n’avait subi aucun dommage humain et matériel. C’était une fausse agression, un conte de fées qui a été monté en épingle par les services de renseignement et par les médias américains.

Le 14 décembre 1964, les États-Unis ont également bombardé illégalement le Laos pour entraver les voies d’approvisionnement d’Hô Chi Minh au nord Vietnam. Le président Nixon arrivant au pouvoir a ensuite bombardé le Cambodge sans mandat ni du Congrès américain ni de l’ONU. On remarquera que toutes les tentatives de médiation des Nations unies ont été vaines durant toute la durée de cette guerre jusqu’à la défaite américaine et son retrait du Vietnam en 1975.

La guerre illégale de l’OTAN contre le Nicaragua

Continuons notre chronologie et retournons en Amérique latine, au Nicaragua. Nous sommes en 1981 et cette fois les Américains n’ont même pas tenté l’intervention directe. Le dictateur Somoza, qui avait aidé les Américains pour entraîner des soldats et envahir Cuba à l’époque de la baie des cochons, s’est fait renverser par le Front sandiniste de libération nationale en 1979, dont faisait partie Daniel Ortega, actuel président du Nicaragua.

Ce nouveau gouvernement développa des relations étroites avec Cuba et les pays du Pacte de Varsovie. C’était donc inacceptable pour les États-Unis qui tentèrent, pour changer, un coup d’État en privilégiant le soutien financier et militaire secret de la CIA vers des proxys appelés les Contras. Il s’agit d’unités paramilitaires réputées pour avoir des méthodes particulièrement violentes de terrorisme, de viol et de mutilations contre des civils, femmes et enfants compris. Et vous ne devinerez jamais comment ces paramilitaires étaient nommés par le pouvoir politique américain : « les combattants de la liberté » ! Cela ne s’invente pas. Entre 1981 et 1985, le Congrès américain a alloué à ces braves gens 70 millions de dollars pour déstabiliser le gouvernement du Nicaragua… non pardon pour les aider à « combattre la pauvreté » avec de « l’aide humanitaire ».

À côté de ça, les Américains vendaient secrètement des armes à l’Iran pour les aider dans leur guerre contre l’Irak de Saddam Hussein et ils réinvestissaient l’argent obtenu pour alimenter le conflit au Nicaragua ; c’est la fameuse affaire Iran-Contra. Tout cet argent envenima le conflit, les Contras étaient même directement formés aux États-Unis par la CIA. Une fois l’affaire découverte, les commanditaires, hauts cadres de l’administration américaine, ont été graciés par Georges Bush père une fois élu à la présidence. Lui-même étant impliqué dans cette guerre illégale contre le Nicaragua.

La guerre illégale de l’OTAN contre le Panama

Autre guerre illégale le 20 décembre 1989, c’est l’invasion du Panama par Bush père sous le nom d’« Opération cause juste » ; pensez à Orwell il faut inverser le sens des mots pour comprendre. Malgré le fait que l’Organisation des États américains (OEA) exigeait de l’ONU que les États-Unis se retirent pour intervention illégale, les trois pays de l’OTAN que sont les États-Unis, la France et le Royaume-Uni bloquèrent le Conseil de sécurité de l’ONU pour renverser l’imprévisible chef d’État Manuel Noriega, qui coopérait avec la CIA jusque-là. Tout ceci pour permettre aux Américains de garder la main sur le canal de Panama qui allait leur échapper.

On va en rester là aujourd’hui, vous aurez la suite demain matin, nous parlons des guerres illégales de l’OTAN en Yougoslavie, en Afghanistan, en Irak, en Syrie, au Yémen, en Ukraine…

Soyez au rendez-vous.

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Source : Geopolitique profonde

OTAN : LES RAISONS OBJECTIVES DU NON ALIGNEMENT SUR CETTE ORGANISATION MEURTRIÈRE

Si vous ne l’avez pas lu, je vous suggère la partie précédente publiée hier qui traite des guerres illégales de l’OTAN en Amérique latine, en Indochine, en Égypte et en Iran. Nous continuons maintenant notre état des lieux des sales coups de l’OTAN en allant vers l’Europe.

La guerre illégale de l’OTAN contre la Yougoslavie

En 1990, l’OTAN sévit en Yougoslavie. Il s’agissait de mettre la main sur les pays satellites de l’ancienne URSS en détruisant ce grand pays qui a fini par être séparé en plusieurs États, dont l’Albanie, la Croatie, la Slovénie et le Monténégro qui sont aujourd’hui membres de l’OTAN.

Le Kosovo, qui n’est pas membre de l’OTAN, abrite notamment la plus importante base militaire américaine en Europe depuis 1999. Cette guerre débuta quand le Congrès américain suspendit pendant 6 mois tout soutien financier vers la Yougoslavie le 5 novembre 1990 ce qui mit le pays sous pression économique. Les Américains exigeaient la tenue d’élection dans les six républiques pour leur octroyer ensuite une aide financière séparément.

Je ne vais pas expliciter dans le détail le conflit qui est très complexe, mais grosso modo les Serbes, majoritairement chrétiens orthodoxes, ont eu le rôle d’agresseur et les Bosniaques, les Slaves musulmans de Bosnie, ont eu le rôle de victime pour justifier l’intervention de l’OTAN et éclater la Yougoslavie. Les exactions ont eu lieu dans tous les camps sauf que les crimes à l’encontre des Serbes furent moins, voire à peine, évoqués dans les médias, alors que leurs crimes étaient systématiquement amplifiés.

C’est la fameuse alliance avec l’islam radical de type wahhabite qui a ressurgi en Yougoslavie avec le Saoudien Oussama Ben Laden. Hé oui, il avait été envoyé par la CIA en Afghanistan dans les années 80 pour combattre les Russes. En bon soldat américain, Ben Laden était donc ensuite allé combattre en Bosnie avec ses troupes.

Les paramilitaires de l’UCK, l’Armée de libération du Kosovo, considéré par beaucoup à l’ONU comme une organisation terroriste, bénéficiaient aussi de la bienveillance américaine, car ils combattaient le « boucher des Balkans » Slobodan Milosevic. C’est même terme utilisé pour désigner Bachar al-Assad, le « boucher de Damas », vous avez remarqué ?

La situation s’empire progressivement entre tensions ethnico-religieuses et instrumentalisation, l’OTAN se présente comme alternative à une ONU impuissante et commence à bombarder la Bosnie en mai 1995. Au sujet du massacre de Srebrenica, où 12 000 soldats serbes ont tué entre 7 000 et 8 000 musulmans, le chiffre est controversé, car possiblement gonflé toujours dans cette stratégie de délégitimer les Serbes. En plus, les Américains étaient au courant vu qu’ils surveillaient la zone par drones ; ils prenaient des clichés et se sont bien abstenus d’intervenir. L’histoire a également été racontée à moitié parce qu’à l’automne 1992 entre 1 200 et 1 500 civils ont été tués et 50 villages ont été incendiés à Srebrenica et Bratunac par ordre du général musulman bosnien, Naser Oric.

Grosso modo dans cette guerre en Yougoslavie, tout a été fait pour faire tomber Milosevic, président de la Serbie, puis de la République fédérale yougoslave. Un autre mensonge permit le déclenchement de la guerre et le bombardement du Kosovo : c’est le prétendu massacre du village de Racak dans la province du Kosovo dans la nuit du 15 au 16 janvier 1999 où 45 civils albanais non armés furent tués. Les Serbes furent immédiatement pointés du doigt, mais finalement des années plus tard il s’est avéré qu’il s’agissait d’une mise en scène et que parmi les civils se trouvaient des paramilitaires de l’UCK.

Mais cela a suffi pour tromper les populations occidentales et a permis l’intervention armée au Kosovo le 24 mars 1999, le bombardement de la Serbie par l’OTAN sans accord de l’ONU avec la participation de tous les pays de l’Europe de l’Ouest membres de l’OTAN, c’est-à-dire quasiment tout le monde. L’OTAN a utilisé des armes interdites par le droit international humanitaire, des bombes à fragmentation et des munitions à uranium appauvri. Petite anecdote, la Chine s’était positionnée au Conseil de sécurité de l’ONU contre les bombardements de l’OTAN et quelque temps plus tard le 7 mai 1999, l’OTAN bombarda l’ambassade chinoise à Belgrade, prétextant une regrettable erreur. « Le hasard ».

Coïncidence

Une agence de relations publiques américaines basée à Washington appelé Ruder Finn a même organisé la propagande de guerre de l’OTAN dès 1991 pour diaboliser les Serbes systématiquement comme des agresseurs. Dans le discours international, il a été mis en avant que les Serbes commettaient un « génocide », qu’ils « jouaient au football avec des têtes coupées, qu’ils dépeçaient des cadavres, arrachaient les fœtus des femmes enceintes tuées et les faisaient griller » etc. Ils auraient même incinéré des gens « comme à Auschwitz », bref la totale.

Avec le soutien de l’opinion juive influente dans les médias américains, la firme et les organisations juives ont fait entrer des éléments de langage dans les médias assimilant les Serbes à des nazis, parlant de purification ethnique, de camps de concentration, du Fürher serbe Milosevic, etc.

Autre mensonge de guerre, le 29 janvier 1999 un policier serbe et 24 Albanais du Kosovo, qui portaient des certificats d’appartenance à l’UCK et des galons, perdirent la vie dans le village agricole de Rugovo, dans le sud du Kosovo. Ce massacre était en fait un combat entre Serbes et UCK et non une tuerie civile. Ce fut une énième désinformation sans preuve pour légitimer l’intervention au Kosovo, selon des rapports de l’OSCE, l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe.

La guerre illégale de l’OTAN contre l’Afghanistan

En septembre 2000, un groupe de réflexion néoconservateur influent, le PNAC, stipulait dans son rapport « Reconstruire les défenses de l’Amérique » que l’Empire américain devait augmenter ses dépenses de défense pour assurer sa suprématie pour le XXIe siècle. Mais pour ce faire, il fallait un évènement par catalyseur, une sorte de nouveau Pearl Habor selon leurs termes.

Un an plus tard, le 11 septembre permit de mettre en œuvre leur programme et la guerre illégale contre l’Afghanistan en 2001 fut déclenchée. Bush édicta une interdiction de recherche en bonne et due forme à propos du 11 septembre, ce qui est intéressant comme démarche. Il semble que l’enquête de 2004 de 600 pages à laquelle tout le monde se réfère, et en premier lieu les États-Unis, est toujours insuffisante, car comportant de grandes lacunes. Par exemple, le WTC 7, le troisième gratte-ciel effondré, n’y est même pas évoqué.

Ben Laden, ancien allié des Américains, fut directement accusé des attentats du 11 septembre. La résolution 1368 du Conseil de sécurité de l’ONU du 12 septembre 2001 confirma que les évènements de la veille constituaient une menace pour la paix mondiale et énonçait « que ceux qui portent la responsabilité d’aider, soutenir et héberger les auteurs, organisateurs et commanditaires de ces actes devront rendre des comptes ».

On arrive en 2001 avec l’invasion de l’Afghanistan suite aux attentats du 11 septembre. Les États-Unis ont imputé la responsabilité du 11 septembre à l’Afghanistan et a lancé son intervention armée alors qu’aucune preuve liant l’Afghanistan aux attentats ou même à al-Qaïda n’a été présentée à l’ONU. L’intervention était donc illégale, une fois de plus.

Cette même année, une guerre moins connue des États-Unis a également sévi au Pakistan, pays frontalier de l’Afghanistan. Les troupes américaines y ont pénétré illégalement dans le cadre de leur chasse aux terroristes.

La guerre illégale de l’OTAN contre l’Irak

Rebelote pour l’Irak, en mars 2003.

Le pays fut attaqué par deux membres éminents de l’OTAN et du Conseil de sécurité de l’ONU, les États-Unis et la Grande-Bretagne. C’était une guerre illégale sans mandat de l’ONU et basée encore sur un mensonge d’armes de destruction massive chimiques, biologiques et nucléaires soi-disant détenues par l’Irak, alors que le pays avait coopéré à toutes les inspections de désarmement de l’ONU les années précédentes.

Toute ressemblance avec l’Iran des dernières années est totalement fortuite. En fait, l’Irak était la cible désignée avec l’Afghanistan dès le 11 septembre 2001, alors qu’il n’y avait aucun rapport entre ces pays et les évènements terroristes. C’était juste des pays que les Américains voulaient dézinguer ces régimes de longue date. Le bilan : plus d’un million de morts Irakiens depuis 2003 et tout le monde s’en fiche. Évidemment, l’Irak détruit s’est transformé en pépinière de terroristes ; c’est tout de même là où est né en partie l’État islamique. Les responsables de cette guerre illégale et mensongère, Tony Blair et Georges Bush entre autres, ne sont jamais passés à la Cour pénale internationale.

À noter au passage la guerre du Golfe de 1991, qui n’était motivé que par le pétrole, avait permis de bombarder le Koweït et l’Irak légalement sous l’égide de la résolution 678 du Conseil de sécurité, mais sous couvert d’un énorme mensonge planifié par l’administration Bush et mis en scène par l’entreprise new-yorkaise de relations publiques Hill & Knowlton : la fameuse affaire des fausses couveuses présentant Saddam Hussein comme le « nouvel Hitler » tueur de bébés. Le narratif en étonnera plus d’un. Vous noterez l’utilisation régulière des enfants pour tirer les larmes des spectateurs pour les bienfaits de la propagande.

Depuis les années 1990, l’Irak restait donc sous embargo économique et était régulièrement bombardé par les États-Unis et le Royaume-Uni. Une décennie plus tard, les Américains ont fini le boulot grâce à l’excuse du 11 septembre.

La guerre illégale de l’OTAN contre la Libye

En 2011 vient la Libye. Les États-Unis avaient déjà bombardé le pays sans aucun mandat de l’ONU en 1986 sous prétexte de soutien au terrorisme. C’était probablement vrai d’ailleurs, mais l’objectif était de tuer le dérangeant leader du pays Mouammar Kadhafi. Ce fut un échec.

En 1996, le service de renseignement anglais MI6 a ensuite versé 100 000 livres à al-Qaïda pour éliminer Kadhafi, sans succès encore. Et ils ont renouvelé la tentative avec la France et le Royaume-Uni dans le cadre de l’OTAN en 2011. Une résolution de l’ONU a été votée avant l’offensive militaire, mais elle ne stipulait pas un changement de régime ni l’utilisation de troupes au sol. Mais l’OTAN a largement outrepassé ses prérogatives ce qui signifie que l’intervention était illégale avec les conséquences que l’on sait aujourd’hui, qu’elle soit terroriste ou migratoire.

Kadhafi était un critique de l’empire américain en Afrique et le printemps arabe qui eut lieu dans son pays en 2011 était le fruit d’agissement de rebelles islamistes qui ont directement attaqué des civils et des soldats et provoqué la guerre civile. Des rebelles ont été aidés par des militaires britanniques SAS, des agents du MI6 et des Américains de la CIA et ceci bien avant qu’une quelconque résolution de l’ONU ait été votée.

Face à ces agissements, Kadhafi a répondu par la violence qui a été largement instrumentalisée par l’OTAN et les médias pour dépeindre un tortionnaire à la tête du pays avec des histoires de massacre par avions de chasse et hélicoptères de combats de citoyens libyens. C’était évidemment des allégations répétées à tue-tête sans preuve et il s’avère qu’elles étaient totalement inventées (ce qui ne veut pas dire que Kadhafi était un ange, soyons clair).

Aujourd’hui, c’est toujours le chaos là-bas, la ville libyenne de Syrte a été la base militaire la plus importante de l’État islamique en dehors de la Syrie et l’Irak et le pays est devenu l’axe principal du passage des vagues de migrants pour l’Europe.

Mes félicitations.

La guerre illégale de l’OTAN contre l’Ukraine

En 2014, la guerre illégale en Ukraine était un conflit éminemment dangereux, car il ne s’agissait pas juste d’une guerre civile, mais bien d’une opposition par proxy de deux grandes puissances nucléaires membres du Conseil de sécurité : la Russie et les États-Unis. Tous les documents confirment aujourd’hui que l’empire américain a soutenu le coup d’État ukrainien au minimum, voire qu’ils l’ont provoqué. La contestation a débuté lors d’un massacre d’une manifestation populaire sur la place Maïdan à Kiev le 20 février 2014.

C’était une opération sous faux drapeau, en tout cas, ce sont les conclusions de l’École d’études politiques de l’Université d’Ottawa. Les manifestants se sont fait tirer dessus non pas par le gouvernement en place de Ianoukovitch (qu’il fallait renverser), mais par les opposants sponsorisés par l’Occident. De nombreuses sources éminentes l’affirment aujourd’hui, alors que c’était évidemment hautement complotiste quand on soutenait cette thèse sur le moment même.

De toute façon, c’est le premier message qui compte vu qu’il est répété religieusement des centaines de fois. Le peu de démentis qu’il y a après coup n’a strictement aucun effet sur les cerveaux des masses. Inutile de dire que les États-Unis n’ont pas respecté le droit international avec ce coup d’État. À noter qu’après la sécession de la Crimée de l’Ukraine et son rattachement à la Russie, les Américains ont poussé à l’intensification des sanctions européennes à l’encontre de la Russie, mais en vain. Il aura fallu la destruction d’un avion de ligne civil, le MH17, pour accuser directement la Russie et changer les mentalités pour mettre la pression économique sur la Russie.

Et, aujourd’hui, le président russe Vladimir Poutine a dit stop à l’OTAN pour la dégager de ses frontières en intervenant directement en Ukraine.

La guerre illégale de l’OTAN contre le Yémen

La guerre illégale au Yémen est complexe à expliquer et j’avais fait deux vidéos à ce sujet à l’époque, je vous y renvoie si vous voulez en savoir plus.

La guerre illégale de l’OTAN contre la Syrie

Vient ensuite la guerre en Syrie en 2011, le président du pays Bachar al-Assad a été présenté comme « un nouvel Hitler ». Toujours les mêmes mécanismes de propagandes depuis 70 ans.

La guerre en Syrie était programmée de longue date, au moins depuis 2006 quand 5 millions de dollars de fonds ont été débloqués pour financer des dissidents sur place, dont de nombreux terroristes islamistes comme à l’accoutumée. De toute façon, depuis les années 1990, les publications et déclarations des néoconservateurs parlent de nettoyer toute cette zone pleine d’hydrocarbures et juste à côté d’Israël. Je rappelle que la définition la plus exacte d’un néoconservateur en politique étrangère s’avère être son engagement pour un impérialisme religieux, à la fois américain et sioniste.

Tous les plus grands journaux du monde occidental ont, à un moment ou à un autre, énoncé que l’OTAN, la CIA, le MI6, les SAS et leurs alliés du Golfe, finançaient, formaient et envoyaient des djihadistes en Syrie pour combattre Bachar al-Assad. On ne peut nier ces faits quand on examine ce dossier, ceux qui soutiennent le contraire sont soit des cancres soit des personnes malhonnêtes. Évidemment, toutes les interventions en Syrie de la France et de tous les autres pays étaient illégales, sauf pour la Russie qui est intervenue légalement à la demande du gouvernement syrien.

À noter que le Conseil de sécurité de l’ONU a pu dans le passé agir rapidement lorsque le pays agresseur n’est pas membre de l’OTAN. Par exemple, l’Irak dans son intervention au Koweït en 1990. Aujourd’hui, il semble difficile de ne pas systématiquement bloquer l’instance onusienne par un véto otanesque ou eurasien selon la situation.

La création et le fonctionnement de la Cour Pénale Internationale ne servent finalement qu’à juger les ennemis de l’OTAN. En effet, Georges W. Bush, Dick Cheney, Donald Rumsfeld, Colin Powell, Tony Blair et consorts devraient être accusés de crime de guerre par la CPI suite à l’attaque illégale contre l’Irak en 2003 par exemple. Mais ce seront les cas des dirigeants de la République démocratique du Congo, de la Côte d’Ivoire et du Mali qui y seront traités.

Les critères juridiques que l’occident a assigné contre Saddam Hussein ou Sobodan Milosevic ne sont pas valables pour les Occidentaux pro-OTAN.

Sortir de l’OTAN ?

Pour conclure ce tour d’horizon, est-ce que franchement on ne peut pas se demander si l’histoire de l’OTAN et son actualité ne justifient pas, au minimum, de remettre en question cette organisation délétère pour le monde entier ?

Poser la question c’est y répondre : l’OTAN ne sert ni à la sécurité ni à la stabilité internationale, c’est exactement l’inverse : c’est une organisation dangereuse pour la paix et ces 70 ans d’histoire le démontre.

Quel est l’intérêt rationnel à l’appartenance à l’OTAN pour la France de nos jours ? Il a fallu que Trump arrive au pouvoir pour que la presse et quelques universitaires français se rendent compte qu’il est possible de modérément critiquer l’OTAN. Le problème étant que l’impérialisme militaire américain est un dogme toujours accompagné de la démocratie et de l’idéologie des droits de l’Homme, ce qui le rend forcément vertueux et incritiquable.

On remarquera également que peu importe les présidents américains en place, les guerres illégales ont toujours lieu, car la structure que l’on appelle État profond, qui est derrière le gouvernement démocratique, à une continuité et des intérêts à plus long terme qu’un simple mandat présidentiel.

Relevons également l’inefficacité de l’ONU, qui n’est pas forcément due à sa structure, mais plutôt à la défaillance individuelle de ses membres qui usent de divers mensonges pour promouvoir leurs politiques étrangères. L’organisation permet néanmoins aux gouvernements de mener des conversations simultanées avec le reste du monde, ce qui n’est pas forcément possible avec les canaux habituels de la diplomatie bilatérale. C’est un vrai bon point. Mais je pense que l’organisation va être encore plus obsolète qu’elle ne l’est déjà vu que la guerre conventionnelle est de nos jours utilisée qu’en dernier recours et de façon très limitée contre les pays les plus faibles. Les conflits ont majoritairement muté vers la manipulation massive de l’information et le financement subtil de dissidents légitimes ou non pour déstabiliser un pays. L’ONU n’a clairement aucun outil pour réguler ces guerres de nouvelles générations.

En résumé, ne croyons plus aux propagandes débiles avec des enfants morts, des armes chimiques et de méchants dictateurs. La géopolitique ce n’est ni Disney ni Hollywood. Tous les éléments de langage qui suscitent l’émotion sont à discréditer immédiatement pour les conflits à venir. La France et le peuple français n’a plus le droit de légitimer des interventions armées contre nos intérêts, sans autorisation de l’ONU ou sans autorisation d’un chef d’État étranger.

Nous n’avons pas non plus intérêt à défendre l’OTAN systématiquement, surtout quand elle provoque la Russie à ses frontières depuis des décennies. Il n’y a pas plus pragmatique comme position. Comme énoncé dans ce précédent article, la France n’a pas à prendre parti pour l’un ou l’autre camp. Il est tant de revenir à la raison… et donc à l’équilibre !

Ne perdez d’ailleurs plus de temps avec des évènements sur lesquelles vous n’avez aucune prise, occupez-vous de votre souveraineté individuelle :

Investissements alternatifs anti crise
Agir c’est mieux que de tourner en rond avec la politique

Source : Geopolitique profonde

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