Opinion – Nous demandons trop à notre armée, alors agissons !

Regiment
3e regiment du genie : deploiement exceptionnel d’un pont flottant sur le Rhône. – SIPA

LE CERCLE/TRIBUNE – Les appels à l’aide ont été nombreux ces derniers mois pour les Forces armées françaises. Xavier Bertrand (LR), président de la région Hauts-de-France et soutien au candidat à la présidentielle François Fillon, veut que la Défense soit une priorité.

En matière de défense, je n’ai eu de cesse depuis le début de ce quinquennat d’interpeller François Hollande et son gouvernement sur l’impérieuse nécessité de ne pas baisser la garde et de surseoir, en mai 2014, à la baisse programmée des effectifs.

Si l’armée française montre un niveau de performance opérationnelle rarement atteint jusque-là, c’est au prix d’un effort trop important demandé aux hommes et matériels, le niveau d’engagement étant souvent le double de celui défini dans les contrats opérationnels du Livre blanc de 2013.

On ne choisit pas notre environnement stratégique, ses défis et ses surprises. En revanche, on décide en conscience de son ambition et du budget qu’on lui alloue.

Alors que les sollicitations extérieures ne cessent de croître, nous ne devons plus taire certaines impasses qui pourraient devenir définitives.

Toutes nos Forces armées sont concernées

Notre marine, grevée par la disposition d’un seul porte-avions déjà quasiment à mi-vie et de frégates, sous-marins et navires de soutien âgés de trente ans, manque de moyens outre-mer, et opère une flotte de patrouille maritime dont la rénovation est urgente.

Notre armée de l’air est parvenue aux limites de ses capacités pour soutenir les opérations en cours : insuffisance des effectifs soumis à des déflations excessives, usure accélérée du potentiel des avions, risques dus à l’âge des avions de ravitaillement en vol, ­consommation exponentielle des munitions, déficit capacitaire dans le transport et le renseignement.

Notre armée de terre est fragilisée. Elle a perdu de nombreuses capacités par défaut d’entraînement lié au surengagement et met en oeuvre des équipements usés. Elle vit sur des acquis antérieurs réels mais qui fondent rapidement. L’implosion d’ici à deux ou trois ans est probable en l’absence d’un plan de redressement à engager dès 2017.

Notre priorité absolue doit être de garantir notre sécurité, ce qui signifie protéger nos concitoyens en agissant tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de nos frontières, défendre nos intérêts, garantir nos approvisionnements, conforter nos alliances, consolider la place et le statut de la France dans le monde.

Une directive pour donner du sens

Ma proposition est en conséquence sans compromis : changer de tempo ! Dans les 100 premiers jours du ­prochain quinquennat, nous devrons définir notre vision stratégique via l’élaboration d’une directive présidentielle.

Cette directive identifiera les menaces et défis, rappellera nos valeurs et nos intérêts fondamentaux, déterminera notre place et notre rôle dans l’envi­ronnement géostratégique, fixera les grandes orientations en termes de moyens à mettre en oeuvre.

Cette directive donnera le sens politique à notre action et serait présentée par le président de la République au Parlement en Congrès.

Dans les 100 premiers jours du ­prochain quinquennat, nous devrons définir notre vision.

Pour nourrir cette directive, une revue stratégique de défense exhaustive, rigoureuse et sincère devra être menée conjointement.

Elle comprendra un audit financier de l’actuelle loi de programmation militaire (LPM), une revue capacitaire, une revue de nos engagements extérieurs, une revue de nos accords de défense comme de nos coopérations bilatérales, une revue des opportunités et des manques en matière de défense de l’Union européenne et une revue de notre positionnement dans l’Otan près de dix ans après la décision de réintégrer son commandement militaire intégré.

Dans un second temps, cette directive se déclinera dans une LPM promulguée dès l’automne. Calée sur la durée du quinquennat, elle donnera une perspective sur dix ans.

Une loi pour la crédibilité de notre pays

Cette approche, qui vise à rehausser notre capacité de défense, consolider nos forces en comblant les déficits capacitaires constatés et préparer nos armées et notre industrie aux défis de demain, déterminera par là même la liberté d’action octroyée au futur président de la République à l’international.

Cette LPM sera donc une loi de vérité pour le nouveau chef des armées, pour la crédibilité de notre pays en Europe et dans le monde, pour la sécurité de la France et de nos concitoyens comme pour notre redressement économique.

Xavier Bertrand / président du Conseil régional des Hauts-de-France.
Source : Les Echos

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