Mélanie Flauder, orpheline de la police: sa vie a volé en éclats à 20 ans

Mélanie Flauder a perdu son père démineur, victime de l’explosion mortelle d’un engin de la Première Guerre mondiale, en 2007. Elle est orpheline de la Police nationale depuis onze ans et le fait savoir en courant.

MelanieRaid de la Saharienne, marche Nancy-Metz, la Messine, le trail du Graoully, 10 km de Paris, trail des Tranchées à Verdun, triathlon… Mélanie Flauder multiplie les courses à pied pour raviver le souvenir de son père, Laurent, disparu tragiquement dans l’exercice de ses fonctions de démineur.  Photo Thierry SANCHIS

En 2007, la famille Flauder devait fêter un double anniversaire : les 20 ans de Mélanie et les 40 ans de sa mère, Valérie. Mais 2007 sera l’année d’un drame et d’un fait divers qui fera la une des journaux et des flashs télévisés. En ce mercredi 18 avril, les démineurs Laurent Flauder et Dominique Milési meurent dans une explosion d’obus au dépôt de munitions de Saint-Jure, près de Metz. « Ce qui devait être un jour ordinaire est devenu un enfer », se souvient Mélanie. En se rendant à son job d’agent de sûreté à l’aéroport de Louvigny, elle croise le cortège d’ambulances et de véhicules de police, toutes sirènes hurlantes, sur les routes de campagne.

« J’ignorais encore ce qui se passait à cinq kilomètres à vol d’oiseau de mon lieu de travail ! » Elle l’apprend deux heures plus tard. « Je me suis effondrée au milieu de l’aéroport », raconte-t-elle, les yeux embués. La jeune femme mettra cinq ans à faire le deuil d’un père « joyeux, drôle, affable, positif, sincère ». Aux côtés de son petit frère Olivier, 11 ans à l’époque, et d’Élodie, sa sœur cadette de trois ans, Mélanie est spectatrice des obsèques et des honneurs de la République rendus à son père sur le parvis de la préfecture de Metz et à la cathédrale. « C’était surréaliste ! » Les mots de compassion du ministre de l’Intérieur, François Baroin, sont étouffés par le chagrin et les crépitements des appareils photo.

La vie reprend malgré tout son cours. Mélanie poursuit des études d’infirmière, son rêve de gamine. « Mais j’ai failli tout plaquer. J’avais trop d’empathie pour les malades et je ne tolérais pas la mort. Je n’arrivais pas à prendre du recul. J’étais dans le déni. » L’étudiante s’accroche, décroche son diplôme, opte pour le milieu scolaire et s’épanouit aujourd’hui aux côtés des lycéens de Félix-Mayer à Creutzwald et Valentin-Metzinger à Saint-Avold.

« Je suis du côté des vivants et du bien-être. J’ai pris conscience de la fragilité de la vie. Mes blessures m’ont aidée à grandir et me permettent aujourd’hui d’être à l’écoute et de comprendre ces jeunes dont je pourrais être la grande sœur. »

Elle est infirmière de l’Éducation nationale, mais aussi orpheline de la Police nationale. Aujourd’hui, elle veut remercier l’association Orphéopolis d’avoir aidé et soutenu sa famille. Baskets aux pieds, elle conjugue sport et devoir de mémoire. Elle court, nage, pédale « pour les orphelins de la police » avec, sur son sac à dos, la photo de son père et une inscription : « Lieutenant Laurent Flauder décédé en service le 18 avril 2007. Service de déminage. » Au dixième anniversaire de l’explosion de Saint-Jure, « j’ai compris que ce drame – comme on en vit tous – a été une pierre angulaire pour avancer dans ma vie et ouvrir le champ des possibles. Le concept de résilience du neuropsychiatre Boris Cyrulnik m’a beaucoup aidée dans ce sens. À 31 ans, je vois la vie autrement, même si parfois je me sens incomprise… »

« En 2017, à l’anniversaire de la mort de mon père, je me suis demandé ce que j’avais réellement fait ces dix dernières années. »

Source : Le Républicain Lorrain

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