Les gendarmes sur le qui-vive

1 - La nuit de la Fête de la musique, Christophe et Jean-Marc ont reçu 107 appels au centre opérationnel de la gendarmerie.
1 – La nuit de la Fête de la musique, Christophe et Jean-Marc ont reçu 107 appels au centre opérationnel de la gendarmerie.
 

464 personnes, dont 210 officiers de police judiciaire. Le groupement de gendarmerie ne mégote pas sur les moyens pour assurer la sécurité des Tarnais 7 jours sur 7, 24 heures sur 24. À charge pour les officiers de faire tourner les effectifs. À quelques minutes de la nuit la plus chaude de l’année, le commandant de la Fuente, le patron de la compagnie d’Albi, s’offre une pause de courte durée. Il est de service depuis 8 heures.

22 h 15 : il passe au centre opérationnel pour voir s’il n’y a rien de spécial. RAS, répondent Jean-Marc Berthoumieu et Christophe Martinon, qui gèrent le 17 depuis 19 heures. Le compteur indique déjà 210 appels depuis mercredi, minuit 01. Avec la fête de la musique et les inévitables tapages nocturnes, le chiffre va grimper. «Il fait encore 32°, ça ne va pas nous aider ça», lâche le commandant en mettant la clé dans le contact de sa C4.

22 h 35 : Julien de La Fuente arrive au rond-point du Séquestre où 19 des 86 gendarmes de sa compagnie finissent d’installer les plots qui vont permettre de contrôler les automobilistes. Tout de noir vêtus, les hommes du PSIG se cachent un peu plus loin, tout phare éteint, pour protéger leurs collègues en gilets jaunes mais aussi pour arrêter tout suspect à qui viendrait l’envie de faire demi-tour en voyant le barrage. Les gendarmes travaillent sur réquisition du procureur de la République. Ils peuvent fouiller les véhicules en cas de doute. Qui sait, des cambrioleurs peuvent toujours passer par là le coffre plein ! Les occupants des deux voitures interceptées par les véhicules banalisés du PSIG n’appartiennent pas à cette catégorie. Dans la voiture rouge, le conducteur s’est arrêté une minute et a laissé le volant à sa compagne qui n’avait pas bu. Dans l’autre, le quinquagénaire en tong affirme qu’il n’avait pas vu le barrage mais qu’il a fait demi-tour pour éviter l’embouteillage. L’éthylotest est positif. Il est contraint de suivre les gendarmes pour souffler dans l’éthylomètre, plus précis. Il affiche 0,27 mg par litre d’air expiré (0,54 gr d’alcool par litre de sang). Ce sera une amende à 90 euros et 6 points en moins sur le permis, comme pour cinq autres contrevenants.

Plus grave est le cas de cet homme torse nu vers lequel le commandant pointe sa torche. Il flaire quelque chose. Coup de sifflet. L’Opel combo est contrainte de monter sur le terre-plein central. Le conducteur descend, pieds nus et en short. Il sent l’alcool. Il y a du bruit dans le véhicule. Le commandant demande que l’utilitaire soit ouvert. Pas de banquette à l’arrière mais du bric-à-brac et un enfant apeuré sur un matelas. Sa mère enceinte le serre dans ses bras pour le réconforter. «Ne faites pas de mal à mon fils», s’inquiète le père que le commandant rassure, et tance aussi d’une voix ferme. Pas de drogue mais un conducteur avec 2 grammes dans le sang et un enfant en danger… délit qui se réglera au tribunal.

Minuit 18 : «on glisse», prévient le commandant. Les plots sont enlevés en 2 minutes, direction le rond-point de Ranteil, route de Puygouzon. Deux gendarmes en civil de la brigade de recherche demandent aux collègues s’ils ont besoin d’aide. Leur truc à eux, ce sont plutôt les enquêtes. Si des produits stupéfiants sont découverts dans une voiture, ils ont tout le matériel nécessaire pour déterminer de quel type de drogue il s’agit et la qualité. Toujours rien de ce côté-là. Mais…

À 1 h 13, le commandant aperçoit les phares d’une voiture en train de faire demi-tour côté Albi. Au moment où il appuie sur le bouton de la radio, ce sont les phares de la voiture du PSIG qui s’allument devant l’Audi RSQ3 qui vient de faire marche arrière dans le bas-côté. Un modèle à 100 000 €, neuf ! Les deux occupants, âgés de 33 et 40 ans, expliquent qu’ils travaillent au garage à côté et qu’ils ont emprunté la voiture en leasing pour la tester. Gros engueulo des gendarmes du PSIG Sabre, formés pour intervenir sur des opérations antiterroristes. «Vous étiez entre 150 et 200 km/h sur cette petite route !» Il ne sait pas encore que les deux compères ont poussé le bouchon sur l’A68, entre Albi et Gaillac, histoire de voir ce que ça fait d’avoir 400 chevaux sous le capot. Le commandant tranche : «C’est un vol de véhicule en réunion. Vous allez être placés en garde à vue !» Les deux hommes sont menottés et montent chacun dans un véhicule, direction la gendarmerie d’Albi, pendant que le commandant appelle une dépanneuse.

2 h 30 : fin de contrôle. Mais, sur la route, le commandant repère deux piétons avec un chariot de supermarché. Demi-tour. Ce sont deux jeunes de 17 ans, dont un qui a mal au genou, poussé par l’autre. Julien de La Fuente leur fait la morale. «Vous avez raison. Depuis tout à l’heure, on est frôlé par les voitures qui ne s’écartent même pas.» Ils s’excusent. Le commandant leur dit de monter et les laisse devant chez eux. Ils promettent de ramener le chariot où ils l’ont pris le lendemain.

7 h 30 : fin de service pour Jean-Marc et Christophe qui ont géré 107 appels dans la nuit. Onze heures de repos s’offrent à eux, le temps pour le propriétaire de l’Audi de porter plainte et pour les deux voleurs d’être remis en liberté en attendant leur procès, prévu le 14 décembre.


En patrouille à Lavaur : «Les gens sont nos yeux et nos oreilles»

Jeudi après-midi, à la brigade de gendarmerie de Lavaur, une patrouille de deux hommes va partir deux heures pour une mission de surveillance des quartiers. Le but : la lutte contre les atteintes aux biens. Le lieutenant Lionel Nayrol donne les dernières instructions. et précise : «Ce sont des missions quotidiennes, nous changeons très souvent les parcours et les contrôles sont aléatoires».

Début 2017, une hausse sensible de cambriolages a été prise très au sérieux par la gendarmerie. Deux réservistes sont venus en renfort. «Depuis un mois, la situation est bien plus calme», confie le lieutenant. C’est parti.

Dans le véhicule, Antoine 34 ans et Clément 23 ans, ne semblent pas craindre la chaleur suffocante malgré le port de leur gilet pare-balles. «Nous sommes habitués», sourient-ils. Une petite virée en centre ville et direction le quartier du Pech. Pas un chat dans les rues, la canicule tient les gens à l’ombre.

Antoine sort un calepin : il vérifie des plaques d’immatriculations de véhicules suspects. La routine. Puis la patrouille traverse l’Agout et se rend à Labastide Saint Georges. Loin de l’axe principal, les deu militaires se postent à un rond-point. «Un quart d’heure et nous irons ensuite ailleurs.» Un seul véhicule passe. À bord, une jeune maman avec un bébé à l’arrière. «Allez-y madame». Les minutes défilent et les deux gendarmes sillonnent toujours les ruelles des quartiers résidentiels. «Nous montrons que nous sommes présents, aussi bien aux habitants qu’aux malfrats. La proximité est essentielle», précise Antoine. Au rond-point d’En Dûmes, quelques automobilistes ouvrent leur coffre pour que les gendarmes vérifient leur contenu. Rien d’étrange. L’un d’entre eux finira tout de même à la brigade. «Je n’ai pas mon permis, je suis en train de le repasser», dit-il, serein. «Vous avez bu ?». «Une bière». À la brigade, après consultation des fichiers, l’homme est récidiviste. Après un appel au Parquet, il est placé en garde à vue et sera présenté au juge le lendemain. Le lieutenant Lionel Nayrol débriefe cette ronde : «Nous sommes tous les jours sur le terrain. Mais j’insiste sur un point… il faut inciter les gens à être nos yeux et nos oreilles. Qu’ils n’hésitent jamais à nous appeler pour nous signaler une situation anormale ou un comportement suspect.»

Richard Bornia

Source : La Dépêche

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