Le gendarme n’a pas cru l’épouse

En 2007, Isabelle et sa nièce ont été tuées après que la première a déposé plainte contre son ex-concubin. L’inaction d’un gendarme a mené à la condamnation de l’État.

Jean-Marc et Patricia Thirard, beau-frère et soeur d'Isabelle Ferreira, tuée par Bruno Mouillard le 9 décembre 2007 à Ochancourt.

Jean-Marc et Patricia Thirard, beau-frère et soeur d’Isabelle Ferreira, tuée par Bruno Mouillard le 9 décembre 2007 à Ochancourt.

Après l’épreuve du procès devant la cour d’assises de la Somme, c’était leur deuxième combat. Pour la famille d’Isabelle Ferreira et de Sandrine Letal, la page du drame ne pouvait être tournée qu’après la condamnation du meurtrier, Bruno Mouillard, et celle d’un gendarme. Celui qui n’a pas pris au sérieux la plainte et la mort d’Isabelle, peu avant sa mort.

Pour Jean-Marc et Patricia Thirard, respectivement beau-frère et sœur d’Isabelle, cette page est tournée. Enfin presque. L’État vient d’être condamné pour « faute lourde », la grave erreur du gendarme a donc été reconnue officiellement. « Nous sommes satisfaits de cette condamnation de l’État, c’est sûr, mais nous aurions aimé que ce soit le gendarme en personne qui le soit », réagissent-ils.

Le couple est en colère contre le militaire depuis qu’ils ont appris, peu après le double meurtre, que la plainte d’Isabelle Ferreira avait été classée sans suite. Cette femme, ouvrière d’usine, se séparait de Bruno Mouillard. Une séparation très difficile.

L’homme ne l’acceptait pas, il était violent, très menaçant. Il lui avait notamment dit qu’elle ne passerait pas Noël. Isabelle vivait dans la peur. « On savait que ces menaces étaient très sérieuses », explique Alicia Fricker, 28 ans, la fille d’Isabelle, issue d’un premier mariage.

Bruno Mouillard avait déjà pointé le canon de son fusil sous la gorge de sa compagne. « Elle avait constamment la boule au ventre » témoigne sa sœur, Patricia. Quand elle vient déposer plainte à la brigade de gendarmerie de Friville-Escarbotin, le 20 novembre 2007, Isabelle Ferreira n’espère qu’une chose : qu’on la protège.

L’officier de police judiciaire qui l’entend fera une énorme erreur d’appréciation. Son enquête ne se résumera qu’à son audition, et à celle de Bruno Mouillard, un homme qu’il connaît déjà, et avec qui, selon les témoins de l’affaire, il partage la passion de la chasse.

Il voulait une enquête…sur la mère de famille !

Au procureur de la République, qui doit décider de la suite de la procédure, il fait un rapport qui discrédite la plaignante. Il encourage même le Parquet à saisir un juge des enfants pour enquêter sur la mauvaise éducation donnée à sa fille par cette mère « qui cherche à nuire à son ex-concubin ». Le gendarme fait sienne de la thèse de Mouillard : son ex-compagne et lui sont en désaccord sur l’éducation de leur enfant et c’est la seule motivation de la plainte.

Bruno Mouillard n’est pas inquiété. Quelques jours plus tard, il surgit, fusil à la main, dans une maison d’Ochancourt où Alicia fêtait son anniversaire avec toute sa famille. Il ouvre le feu, et tue son ex-femme et sa nièce.

Les juges du tribunal de grande instance de Paris ont noté « une accumulation de manquements » du gendarme, et souligné que les conséquences sont « une perte de chance sérieuse » pour les victimes de na pas être tuées.

Alicia était aux côtés de sa mère pour le dépôt de plainte. Elle se souvient des dernières paroles du militaire : « Je m’occupe de tout ». Aujourd’hui, elle reste mesurée : « Le gendarme n’a pas fait son boulot, je le considère comme en partie responsable. Mais je sais qu’il les aurait quand même tuées, il était déterminé ».

GAUTIER LECARDONNEL

Source : Courrier Picard

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