Languedoc-Roussillon : dans la police ou la gendarmerie, on a aussi des histoires drôles !

Des histoires tellement nombreuses qu’on pourrait en faire un livre !

Des histoires tellement nombreuses qu’on pourrait en faire un livre ! (UN DESSIN DE MAN)

L’insolite fait aussi partie du métier de policier ou de gendarme. Ils ont accepté de nous raconter quelques anecdotes. Morceaux choisis en Languedoc-Roussillon, de Montpellier au littoral Héraultais en passant par le Gard ou les Cévennes.

Malgré un quotidien difficile chargé de faits divers, gendarmes ou policiers rencontrent des situations parfois plutôt comiques. Plaintes farfelues, personnages atypiques, quiproquos… “Nous avons vraiment un métier qui se raconte”, dit Alain Rougé, trente ans de Police nationale dont quatorze dans l’Hérault. Pour l’ex-policier, la dimension sociale de son métier a été une source inépuisable d’anecdotes. “Balzac aurait aimé !” dit-il en souriant.


Babybel

Alain se souvient de ce jour brûlant du mois d’août où un gardé à vue devait être conduit au palais de justice de Montpellier. Au moment d’apposer le scellé sur une pièce à conviction, “l’enquêteur ne trouve pas le bâton de cire officiel. Pris par l’urgence, il ouvre le frigo, récupère l’enrobage rouge d’un Babybel et l’utilise pour le scellé, sans rien dire aux autres…”

Mais il faisait chaud ce jour-là. Alors quand ses collègues se présentent devant le procureur de la République, “le magistrat découvre un scellé dégoulinant avec une forte odeur de fromage !” L’inspecteur, lui-même surpris, “sauvera les meubles comme il pourra” expliquant qu’il y a une pénurie de matériel au commissariat. “Ce qui est souvent vrai. Mais tout de même !”, sourit Alain Rougé.


“Il a voulu crever mon sein siliconé !”

Au bout de vingt ans dans la gendarmerie, du littoral héraultais au Lodévois ou dans les Cévennes, des situations insolites, Stéphane (1) en croise tous les jours. Il a gardé le souvenir d’une histoire farfelue quand il était gendarme à La Grande-Motte. Les nuits deviennent parfois surréalistes dans la cité balnéaire.

Cette nuit-là, une superbe femme au décolleté généreux, minijupe et perchée sur ses talons hauts, se présente à la gendarmerie. Elle s’approche de Stéphane : “Je voudrais porter plainte contre mon compagnon.” Au son grave de sa voix et à sa pomme d’Adam marquée, Stéphane devine rapidement qu’il s’agit d’un homme.

“Que s’est-il passé, Madame ?” lui demande-t-il. “Mon compagnon m’a agressée. Regardez !” Elle dégrafe d’un coup son décolleté et lui montre une paire de seins en silicone. “Il a voulu crever mon sein siliconé !” hurle-t-elle. Sur un sein, en effet, des petits trous, les pics d’une fourchette. Sa plainte sera prise en compte pour “violences”, le médecin devra constater les “coups et blessures”.


Des extraterrestres sur la plage

Été 2001, bureau des plaintes surchargé de La Grande-Motte, un homme, gros sac de sport en main, s’avance devant Stéphane. Il est persuadé que des extraterrestres vont atterrir sur la plage ! Il déballe des cartes aux tracés mystérieux expliquant l’invasion par d’étranges calculs. “J’en ai la preuve, regardez monsieur l’agent !” Stéphane tente de le raisonner mais l’homme insiste. Un collègue, moins “diplomate” le laissera à ces “divagations” une fois mis dehors. Plutôt comique… “Ce genre d’individu retarde parfois le dépôt de plaintes bien plus sérieuses”, regrette Stéphane.


Blessé par un jet de seiche

Le commandant de police Alain Rougé raconte aussi cette histoire dans une ville portuaire du Languedoc-Roussillon, dont il préfère taire le nom… Car il s’agit d’une altercation avec un “homme de pouvoir” dit-il.

“Stationné sur un emplacement réservé aux mareyeurs, l’homme refuse de déplacer sa voiture. Le ton monte. Un mareyeur attrape un des produits de la pêche du jour et le lui balance au visage… L’homme, faisant état de son pouvoir, se dit blessé par un jet de seiche et porte plainte”, raconte Alain Rougé. La saisie de “l’arme du délit” montrera que ce n’est finalement pas une seiche (dont la partie osseuse pourrait effectivement égratigner) mais un petit poulpe qui, en tant qu’invertébré, ne pouvait pas blesser. “Le mareyeur sera donc relaxé”, précise le policier.


Lèchebottes

Il y a aussi des automobilistes qui ne manquent pas d’air… Stéphane se souvient de ce contrôle routier dans le Gard : “J’étais jeune gendarme, sur une route des Cévennes. C’était encore l’époque des vignettes sur les véhicules. (…) Mon commandant reste loin derrière, en retrait, me laissant me charger d’un automobiliste contrôlé pour défaut de vignette.”

Stéphane s’approche du conducteur : “Monsieur vous n’avez pas la bonne vignette.” Il répond : “Je sais, je suis en retard” et il ajoute “mais je connais très bien votre commandant. Personnellement même… vraiment, depuis qu’il est arrivé dans cette brigade, tout va bien, et c’est quelqu’un de formidable !”

L’automobiliste se lance alors dans “une éloge sans fin de mon supérieur, cherche à m’embobiner, espérant sans doute échapper à la contravention” raconte Stéphane.

Prêtant l’oreille, intrigué d’entendre autant d’éloges, le commandant s’approche du véhicule, se penche sur le conducteur, le regarde droit dans les yeux : “C’est moi le commandant et je ne vous connais pas monsieur.” Le conducteur, très gêné, se perd en excuses maladroites. “Ha…Heu…Ben alors… c’est peut-être pas vous…” Malgré sa tentative, il sera bien verbalisé.


Pot de vin

Le quotidien d’un policier peut être aussi parsemé de quelques touchantes attentions. Parmi ses souvenirs, Alain Rougé n’oubliera jamais “le geste du coeur” d’une femme, victime d’un trafic de cyclomoteurs volés.

Et de ce jour où il ramena à cette modeste femme de ménage portugaise, son unique moyen de transport. “Elle pleurait de joie en revoyant sa petite mobylette comme s’il s’agissait d’une Ferrari !”

Le lendemain, elle offrira au policier une bouteille de Porto. “Une de ces bouteilles qu’on ne trouve pas dans le commerce ! J’ai trinqué avec mes collègues, un seul verre d’un porto si délicieux et jamais retrouvé depuis…”


Toutes ces petites histoires, “les plus racontables” précise Alain Rougé, font partie du quotidien d’une vie de policier ou de gendarme, des histoires de tous les jours qui apportent souvent un peu de légèreté dans un monde écorché de drames… Parce que la vie est ainsi, faite de petits bobos et de terribles épreuves. Mais ça, c’est une autre histoire…

(1) Prénom d’emprunt.

Source : Midi Libre

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