Jean-Baptiste. Le « jauni guitare » des ronds-points

d-un-rassemblement-a-l-autre-jean-baptiste-ne-se-deplace_4343571_540x271pD’un rassemblement à l’autre, Jean-Baptiste ne se déplace jamais sans sa guitare. (Jean-Luc Padellec)

Au bord des ronds-points, dans les cahutes précaires du Spernot ou de Pen-ar-C’hleuz, ou lors des défilés en ville, Jean-Baptiste prend sa guitare pour réchauffer les cœurs. Celui que la communauté des gilets jaunes a renommé Kendji, galvanise les troupes avec ses chroniques chantées qui dépeignent la lutte au jour le jour.

Qu’est-ce qui vous a poussé à rejoindre les gilets jaunes ?

« Je n’ai pas eu à me forcer, car je me sens comme tous ces gens que je rencontre, et qui survivent plus qu’ils ne vivent au quotidien. On parle le même langage, on vit la même réalité. Ma maman est handicapée, elle a eu douze interventions, elle a une sonde gastrique pour manger, et ne peut plus travailler. Elle touche une allocation de misère, et moi, avec mon petit salaire d’échafaudeur, j’essaie de l’aider. Je gagne 1 400 € et je donne les trois quarts à ma maman. Ma petite sœur qui a 21 ans trime aussi pour lui venir en aide. Cette vie où tout repose sur la solidarité familiale, c’est la mienne, mais c’est aussi celle de beaucoup de gilets jaunes. On aimerait tous pouvoir souffler un peu, que Macron pense un peu à nous. Au lieu de ça, il nous prend pour des vaches à lait, et préfère nous piller pour rembourser la dette de la France que de ponctionner les milliardaires. »

Vous avez été de toutes les mobilisations depuis le début du mouvement. Mais vous, vous apportez votre guitare…

« Je suis de la communauté des voyageurs, et je joue de la guitare depuis que j’ai huit ans. J’aime aussi composer, c’est ma petite passion. J’écris des textes engagés qui ont un sens, et qui viennent du cœur. Avec ce mouvement, j’ai beaucoup à raconter, et les mots me viennent facilement. Ce dernier mois, dès qu’il y avait un événement au campement, je prenais ma guitare. Lorsqu’on a été délogés de Pen-ar-Chleuz, j’ai écrit tout de suite un texte pour m’accompagner à la guitare. En quatre jours, le morceau filmé dans la cabane était partagé un peu partout, et avait dépassé les 12 000 vues. »

Les gilets jaunes vous surnomment Kendji. Vous seriez prêts à chanter en gilet jaune dans The Voice ?

« Ah, si on m’inscrit, pourquoi pas… S’il faut montrer le gilet jaune, je suis prêt. Mais je ne cherche pas à avoir une notoriété à tout prix. Avec ma petite voix de gitan, je veux juste toucher les amis, la famille, et les gilets jaunes qui sont aussi ma famille. Dans les campements, parfois, les gens ont eu des coups de blues, et se sont demandés si ça valait le coup de revenir le lendemain. À ce moment-là, j’ai vu que mes petites sérénades regonflaient tout le monde. C’est peut-être ça mon utilité. Depuis, on m’a dit que mes vidéos ont déjà été vues en Belgique, au Canada… Franchement, je ne pensais pas que mes petites bêtises iraient aussi loin. »

Source : Le Télégramme

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