Haute-Saône : La victime de faux gendarmes placée 27 h en garde à vue

Coup de théâtre dans cette affaire de cambriolage orchestrée par de « faux gendarmes ». La victime, Emmanuel Valat, a passé 27 h en garde à vue.

Hier matin, Emmanuel Valat sortait du groupement de gendarmerie de la Haute-Saône à Vesoul. Fin de garde à vue.  Photo ER

Il sort un peu groggy. À pied, fatigué par 27 heures de garde à vue et délesté de son téléphone portable pour les besoins de l’enquête. Emmanuel Valat, 64 ans, a été victime d’un cambriolage violent dans la nuit du 16 au 17 mai dernier à son domicile de Le Tremblois, commune isolée proche de Gray. Au cours de cette soirée, c’est vers 22 h qu’il rentre à son domicile, neutralise l’alarme et tombe nez à nez avec deux hommes qui portaient des vareuses de gendarmes. Cagoulés et armés de fusils à pompe selon ses déclarations, les deux hommes lui indiquent un cambriolage dans le secteur et que les aigrefins ont trouvé refuge chez lui. Il les fait entrer et devient leur cible.

Ligoté, tabassé, Emmanuel Valat sortira du cauchemar avec 20 jours d’interruption temporaire de travail (ITT). La tête comme un compteur à gaz, il déposera plainte pour vol aggravé par trois circonstances : en réunion (ils étaient deux plus un chauffeur d’après M. Valat), avec arme et violence.

Alors pourquoi placer une victime aussi marquée en garde à vue ? Et dans quel but ? C’est que M. Valat défend une thèse depuis ces événements. Et n’en démord pas. « Je crois que les faux gendarmes pourraient bien être en réalité de vrais gendarmes ». Soupçons dont il a défendu le scénario auprès du procureur de la République près le tribunal de Vesoul, Jean-François Parietti. Magistrat devant lequel il a été présenté mardi après-midi dans le cadre de sa garde à vue pour dénonciation de crime imaginaire. « Ce n’est pas étayé du tout. C’est un excité qui crie au complot et pollue l’enquête le concernant », rétorque le magistrat qui dirige l’enquête préliminaire.

Perquisition à domicile et ordinateurs saisis

Pour M. Valat les choses sont aussi limpides qu’énormes. « J’avais demandé à la gendarmerie de Gray six mois auparavant de bénéficier d’une escorte pour vider les coffres que je détenais à la banque. Après un refus, j’ai insisté et obtenu l’escorte (N.D.L.R fait en cours e vérification) ». Soit l’encadrement inédit de gendarmes de Gray à son domicile. C’est cette vision de l’affaire qui ne le quitte plus depuis les lendemains de son agression. « Ils m’ont tabassé en criant tout le temps : où est l’argent, où est l’argent ». Et ont subitement arrêté avant de partir sans butin. Pourquoi ? « Parce qu’ils ont découvert que les sacs étaient simplement remplis d’argenterie de famille et pas de liasses de billets dont l’origine ne m’aurait pas permis de déposer plainte ». Or, seuls les gendarmes, le directeur de la banque et un vigile avaient, pour lui, l’info de ce transfert de fonds.

Mardi dans le bureau du procureur, M. Valat estime que M. Parietti « s’est d’abord montré très offensif. Je crois qu’il souhaitait que je désigne un gendarme en particulier pour valider la qualification de dénonciation calomnieuse (N.D.L.R : et le poursuivre). Moi, j’ai tenu en disant que je soupçonnais des gendarmes (dont il a donné une description) et je souhaite que les traces ADN qui ont peut-être été retrouvées à mon domicile soient comparées avec celles des militaires ». Une vraie bombe.

Mais pour Jean-François Parietti, cette bombe pourrait bien faire Pschitt. « M. Valat a bien été agressé, mais il est difficile à croire que des gendarmes soient assez fous pour se déguiser en gendarmes. Il fait une fixation ». Pour autant, M. Valat est ressorti sans poursuite de sa garde à vue. Mais ses ordinateurs ont tous été confisqués dans le cadre de la perquisition de mardi à son domicile, « pour les besoins de l’enquête ». La conclusion provisoire de l’affaire vient d’ailleurs de lui : « Ou il y a un truc, ou je suis dingo ». Selon nos informations, l’expertise psychiatrique établirait que le cas de M. Valat ne relève pas de la psychiatrie.

Walérian KOSCINSKI

Source : Est Republicain

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