Gendarmerie : D’Auchel aux montagnes afghanes, une mission pas comme les autres pour l’expert

Le major Jean-Christophe Poclet, originaire d’Auchel, près de Béthune, sera l’un des tout derniers gendarmes français présents en Afghanistan. Il est depuis le 1er avril, pour six mois, à Kaboul, alors que les dernières troupes combattantes françaises ont quitté le pays. Une mission pas banale pour le patron des experts sur les scènes criminelles du Nord – Pas-de-Calais : au sein d’un laboratoire expérimental d’identification criminelle, il traque les responsables d’attentats terroristes, menace toujours prioritaire en Afghanistan.

 Technicien en identification criminelle, le major Poclet contribue à traquer les fabricants et poseurs de bombes. PHOTO REPRO « LA VOIX »

– En quoi consiste votre mission ?

« Je fais partie de la quatrième équipe qui travaille au sein du laboratoire expérimental d’analyses lancé en juillet 2011 à Camp Warehouse et désormais basé sur l’aéroport de Kaboul. On y recherche les traces, les empreintes digitales, l’ADN sur les engins explosifs collectés lors d’attentats. Il s’agit d’IED (engins explosifs improvisés), comme des bombes dans des horloges en plastique. Je travaille avec d’autres experts français, hollandais, suédois, espagnol et roumain – nos travaux sont financés par l’Agence européenne de défense : chimiste, photographe, démineur ou, comme moi, technicien en identification criminelle. Le but est d’identifier les fabricants et poseurs d’IED. »
– Vous êtes intervenu sur les scènes de crime les plus spectaculaires de la région. En quoi cette mission est-elle si spéciale ?
« C’est notre boulot, mais avec d’autres moyens. Et l’Afghanistan, c’est une mission rare pour un gendarme. Mon insigne “Forces de gendarmerie en Afghanistan” est numéroté : je ne suis que le 1 113e gendarme à être passé sur le sol afghan en un peu plus de dix ans.»
– Comment vous êtes-vous préparé ?
« J’ai fait deux stages avec les autres experts. Je suis par ailleurs féru de course à pied. J’ai notamment fait des marathons des sables.

Mais ici, même s’il fait 30 °C, il faut mettre la frag (gilet pare-balles) qui pèse 40 kg… »
– Et mentalement ?
« Je m’étais dit que je verrais sur place ! J’ai “l’habitude” de voir des scènes de crime, mais là, en plus, il faut se mettre à l’anglais ! Et on laisse la famille pendant six mois… Alors j’ai mon grigri (mon foulard des marathons des sables) et les dessins de mes enfants. »
– Sur quoi déboucheront vos travaux ?
« On rassemble des preuves qui pourront être utiles, un jour, devant le Tribunal pénal international. Pour nous, c’est aussi très formateur  : on découvre des techniques à l’américaine qu’on pourra transmettre au retour. »
– Qu’est-ce qui vous a marqué durant ce premier mois de mission ?
« J’ai effectué une petite mission très spéciale : j’ai joué les facteurs en livrant un colis sensible – les pièces d’un dossier – en hélicoptère. Environ deux heures de vol, superbe, au-dessus des montagnes ! J’en ai pris plein les yeux. À côté de mes scènes de crime, j’ai donc aussi de très belles images… » •

PROPOS RECUEILLIS PAR CLAIRE LEFEBVRE

Retrait fin 2014
Les dernières troupes combattantes françaises (présentes depuis onze ans) ont quitté Kaboul à la mi-décembre, selon la promesse du président Hollande. Environ 1 500 militaires français sont encore présents dans le pays et 500 d’entre eux devraient y rester jusqu’à fin 2014 et l’achèvement de la mission de la coalition internationale de l’OTAN. Plus de 100 000 soldats, dont deux tiers d’Américains, sont encore stationnés en Afghanistan dans le cadre de cette coalition.

Source : La Voix du Nord

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