Flandre intérieure : négociateur de crise, la psychologie en première ligne et au cas par cas

Elle est gendarme depuis quatorze ans, mais vous ne connaîtrez ni son nom, ni son visage. Tout juste saurez-vous qu’elle travaille au sein de la compagnie de gendarmerie d’Hazebrouck. Les négociateurs de crise de la gendarmerie vivent dans la discrétion due à l’aspect sensible de leur mission. Elle nous a parlé de son métier.


Le GIGN bénéficie d’un réseau de négociateurs régionaux. C’est uniquement en cas de grosses affaires qu’il envoie ses propres hommes.

Le GIGN bénéficie d’un réseau de négociateurs régionaux. C’est uniquement en cas de grosses affaires qu’il envoie ses propres hommes.

Combien de négociations a-t-elle menées dans sa carrière ? Elle a arrêté de compter. « Ça nous arrive souvent d’être appelés mais que la situation soit réglée avant ou à notre arrivée. » C’est tout juste si elle se souvient de sa première affaire. « Un jeune homme, dans le Pas-de-Calais, qui voulait se suicider et sa famille était avec lui… »

 

C’était en 2009, l’année où elle a suivi une formation pour se spécialiser en négociation de crise. « J’étais gendarme depuis dix ans, mais j’avais fait des études de psychologie, précise-t-elle. L’humain m’a toujours intéressée. » Elle ajoute que « l’uniforme ne fait plus peur, au contraire même, il attise les haines ». La négociation, c’est un moyen de servir autrement.

 

« Entrer en empathie avec la personne »

 

C’est encadrée par le Groupe d’intervention de la gendarmerie nationale (GIGN), qu’elle apprend les spécificités de la négociation. Gestion du stress, test de personnalité, appréhension des maladies mentales… « On nous apprend à détecter ce qui caractérise la personnalité de la personne. » À la connaître, presque.

 

Les négociateurs recueillent alors le maximum de renseignements auprès des voisins, du médecin, de la famille, de l’employeur… « On ne peut pas commencer à parler à une personne si on ne sait rien d’elle. Il faut faire preuve d’empathie envers la personne, l’écouter. C’est du cas par cas. »

 

Chaque preneur d’otages, chaque suicidaire a ses motivations. « Il y a la perte d’un emploi, la maladie, une rupture amoureuse… On est face à la misère humaine, face à des personnes en détresse à qui il faut proposer une alternative à la voie qu’elles ont choisie. » Inculquer de l’espoir à des désespérés.

 

Bras de fer mental

 

C’est le commandant de la compagnie qui demande, ou pas, l’intervention d’un négociateur. « Il y a un principe, affirme le commandant Guillaume Gamelin, à Hazebrouck. Celui qui commande ne négocie pas, et celui qui négocie, ne commande pas. »

 

Deux tâches diamétralement opposées. « La négociation sert à régler une situation dégradée en évitant l’usage de la force, résume la négociatrice. Dans le cadre d’un suicidaire par exemple, ça ne sert à rien de sauver par la force une personne sans lui donner d’alternative, auquel cas, elle recommencera. »

 

« Toujours sous protection »

 

Pendant la négociation, elle n’est jamais seule. « On est toujours à deux, et c’est le premier qui arrive qui prend les renseignements, ensuite l’un contacte la personne retranchée et l’autre fait la liaison avec le commandement. » Être en première ligne l’intimide-t-elle ? « Un gendarme est toujours en première ligne, on y est préparé. Et on est toujours sous protection. » Et si on sait quand commence une négociation, on ne sait jamais quand elle se termine. « La dernière a duré quatre jours… Il y a beaucoup d’attente. C’est un bras de fer mental. »

La négociatrice cite Tsung Tsu, général chinois du VIème siècle, qui disait que « l’art de la guerre, c’est de soumettre l’ennemi sans combattre ». Depuis 2009, toutes ses négociations ont abouti à une issue heureuse.

Source : La Voix du Nord

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *