Mayotte : drogue, gendarmes et juge, la stupéfiante affaire. (Lire également le droit de réponse du Cne Gautier)

Note de la rédaction : Lire également le droit de réponse du Cne Gautier

“Le Point” révèle dans son numéro de jeudi le contenu d’écoutes téléphoniques dans une affaire qui a conduit à la mort par overdose d’une lycéenne en 2011.

Les "kwassas", ces barques transportant les clandestins jusqu'à Mayotte, serviraient à acheminer le bangué ou la cocaïne.

Les “kwassas”, ces barques transportant les clandestins jusqu’à Mayotte, serviraient à acheminer le bangué ou la cocaïne. © Gendarmerie Nationale / AFP

“On verra bien ce que le parquet va faire. […] Il [le procureur, NDLR] savait très bien que le pilote de la barque, c’est lui qui nous filait les informations et qui amenait les trafiquants. […] C’est pas son intérêt dans le système actuel de rallumer un feu, sachant qu’il pourrait être brûlé dedans.” Le 19 octobre 2012, l’ex-capitaine de gendarmerie Gérard Gautier, aujourd’hui à la retraite, appelle au téléphone, inquiet, le capitaine Simonet, son successeur à la tête du Groupement d’intervention régional (GIR) à Mayotte, fer de lance de la lutte contre les trafics de drogue et de clandestins dans cette partie de l’archipel des Comores devenue, depuis mars 2011, le 101e département français.

L’ancien patron de cette force de frappe contre la grande criminalité, créée en 2008 sur l’île et regroupant gendarmes, policiers, douaniers et agents des impôts, est dans de sales draps, empêtré dans l’affaire Roukia, du nom de cette lycéenne de 18 ans morte sur l’île par overdose en janvier 2011. Une histoire d’ “indic” qui tourne mal. La drogue fatale à la jeune fille aurait été fournie par un “tonton” du GIR, qui l’aurait lui-même récupérée des mains d’un policier. Aujourd’hui Hakim Karki, le juge d’instruction de Mayotte, chargé d’enquêter sur ce décès et auquel on n’a cessé de mettre des bâtons dans les roues depuis le début de l’affaire, soupçonne l’ex-patron du GIR d’avoir organisé le trafic de stupéfiants dont pourrait être issue la drogue ayant provoqué la mort de la jeune fille.

Système ahurissant

Selon plusieurs témoignages, l’ancien capitaine aurait régulièrement encouragé ses hommes à importer de la drogue dure à Mayotte, via leurs “indics”. Ces transports se seraient faits à bord de kwassas, ces barques transportant les clandestins jusqu’à Mayotte. Un système ahurissant mis en place pour sans doute gonfler les chiffres de saisies de drogue et arrestations de dealers. Le GIR de Mayotte était l’un des plus efficaces de France. La marchandise acheminée par les barques était livrée sur deux plages par des clandestins, devenus” indics” du GIR contre l’obtention de cartes de séjour ou de quelques billets. Quand les barques arrivaient sur les plages, les fournisseurs étaient arrêtés, mais pas les passeurs.

Dans les écoutes téléphoniques du capitaine Gautier que révèle demain Le Point, apparaissent de nouveaux graves dysfonctionnements. Ainsi un rapport de synthèse adressé au juge Karki dont Le Point a pu prendre connaissance indique que l’ancien capitaine Gautier, alors qu’il est retraité en métropole, “continue d’une certaine façon à diriger le GIR de Mayotte”. Son successeur “lui rend des comptes des suites de certains dossiers” [principalement celui de Roukia, NDLR] et lui “demande des conseils”, poursuit le rapport. Autre curiosité : “Le capitaine Gautier utilise également les fonctionnaires du GIR à des fins personnelles.”

Plus grave, on apprend que le nouveau patron du groupement d’intervention, cette fois, a placé un dispositif de sonorisation sur un “indic” en marge de l’affaire Roukia. Et ce à l’insu de l’Inspection technique de la gendarmerie, la police des pandores, qui organisait une confrontation avec lui. D’où les inquiétudes de l’ex-patron du GIR : “Les opérations [plages, NDLR], on n’en a pas fait pléthore, on en a fait environ une tous les deux mois, et des fois on a fait du tabac, des fois on a loupé les mecs. Voilà, maintenant, si on nous reproche ce boulot-là, on nous le reproche, le parquet était au courant, moi j’ai joué la transparence avec eux.”

Bourde du tribunal

Des écoutes qui mouillent le procureur de la République de Mayotte et deux de ses adjoints, dont les noms sont également cités. Faut-il y voir un signe ? Alors que trois gendarmes étaient placés fin juin en garde à vue à Mayotte – deux d’entre eux ont été finalement mis en examen pour ‘trafic de stupéfiants” par le juge Karki, un troisième placé sous le régime de témoin assisté -, une énorme bourde se produisait au tribunal de grande instance de Nanterre. La doyenne des juges d’instruction oubliait de prolonger la garde à vue du capitaine Gautier et de l’un ses ex-collaborateurs dans le locaux de la PJ à Nanterre. Résultat, les deux fonctionnaires étaient libérés sur-le-champ, sans aucune mise en examen ni incarcération, sort que beaucoup leur prédisaient.

Hasard ? Depuis, les deux gendarmes sont officiellement en dépression. Ce qui leur a évité de répondre début juillet à la convocation à Mayotte du juge d’instruction. Les deux hommes, enregistrés sur le vol du 1er juillet pour Mayotte, ne sont jamais arrivés. Entre-temps, le capitaine à la retraite s’était attaché les services de Me Francis Szpiner, ténor du barreau parisien et avocat de Jacques Chirac. Contacté par Le Point.fr, l’avocat est injoignable. Par ailleurs, ni la direction générale de la gendarmerie nationale (DGGN), ni le parquet de Nanterre n’ont souhaité faire de commentaire…

Retrouvez l’intégralité de notre enquête dans numéro 2131 du Point qui sort jeudi en kiosque.

Source : Le Point

Note de la rédaction de Profession-Gendarme : Le Capitaine GAUTIER a publié un droit de réponse visible sur ce lien : https://www.profession-gendarme.com/droit-de-reponse-adresse-par-le-cne-gautier-e-r/

 

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