Deux détenus libérés faute d’escorte pour se rendre au tribunal

Ces deux hommes interpellés pour trafic de drogue devaient être jugés en comparution immédiate. Faute de personnel disponible, ils ont dû être relâchés.

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Deux détenus de la prison de Béziers (Hérault), qui devaient être présentés jeudi en comparution immédiate devant le tribunal correctionnel de Narbonne, ont dû être libérés faute d’escorte pénitentiaire pour assurer leur extraction judiciaire, a-t-on appris vendredi de source syndicale. « Ces deux détenus avaient été interpellés sur l’autoroute A9 avec 26 kilos de résine de cannabis », a précisé à l’AFP Mikaël Mansanet, représentant Force ouvrière (majoritaire) du Pôle régional d’extraction judiciaire (Prej). « Personne n’a pu extraire ces détenus jeudi », a-t-il ajouté, confirmant une information de France Bleu Hérault.

« Une visioconférence avait été organisée par la juridiction de Narbonne. Mais les détenus sont en droit de la refuser et c’est ce qu’ils ont fait », a poursuivi le représentant syndical. « Ils ont dû être relâchés, car sinon ça devenait de la détention illégale. »

M. Mansanet, basé à Béziers, met en avant un « manque criant d’effectifs ». « Ce sont des problèmes qui sont récurrents », dit-il, assurant que de telles libérations ont déjà eu lieu : « Il faut s’en offusquer. » « On n’a pas assez d’effectifs pour assurer les missions parce qu’on n’arrive pas à recruter, car les salaires sont très bas dans la pénitentiaire : un surveillant qui commence gagne 1 400 euros et il faut passer à peu près dix ans sur Paris pour pouvoir espérer rentrer chez soi. Du coup, les gens ne veulent plus passer le concours de surveillants », dit-il.

Des perturbations importantes

Les missions d’escorte des détenus des prisons vers les tribunaux étaient auparavant assurées par la police ou la gendarmerie. Elles ont progressivement été transférées aux agents de la pénitentiaire. Fin janvier, un détenu escorté par trois agents du Prej de Béziers avait réussi à s’évader devant le palais de justice de Tarascon (Bouches-du-Rhône) grâce à un commando armé.

Dans la région Occitanie, des agents de la pénitentiaire assurent les extractions judiciaires depuis fin 2017. Les juridictions se plaignent de manière récurrente de ce changement de système. Ainsi, lors de l’audience solennelle de rentrée du tribunal de grande instance de Montpellier début janvier, son président, Éric Maréchal, avait longuement souligné « les perturbations importantes rencontrées tout au long de l’année 2018 dans la réalisation des extractions des personnes détenues ». « Ces extractions non réalisées peuvent conduire… à des remises en liberté lorsque les délais de jugement fixés par la loi ne peuvent être respectés. Elles sont aussi la cause de renvois de dossiers qui auraient pu être jugés et pour les juges d’instruction […] d’un allongement des délais d’instruction, ce qui n’est pas sans conséquence sur le délai raisonnable entendu au sens de la Convention européenne des droits de l’homme », avait-il dénoncé.

Source : Le Point

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