Affiches censurées : quand Anne Hidalgo donne ses ordres.

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La régie publicitaire des emplacements dédiés à l’affichage des gare de la SNCF s’est immédiatement soumise aux ordres illégaux et liberticides d’Anne Hidalgo, qui confond le poste de maire de Paris avec celui du chef de la censure du NKVD.

Atlantico m’a demandé mon avis.

Pulsions de censure

Affiches censurées dans le métro : ces belles âmes qui pensent que la démocratie consiste à nier les conflits quand l’enjeu est de tenter de les résoudre

Des affiches anti-PMA ont été retirées de plusieurs gares en raison de leur caractère militant. Or, ce n’est pas la première fois que la liberté d’expression est attaquée et ces agissements semblent prendre de plus en plus d’ampleur, qui plus est par des militants de la gauche.

Atlantico.fr : La gauche a-t-elle un problème avec la démocratie ? La négation de certains sujets ou conflits n’est-elle pas le propre des dictatures ?

Régis de Castelnau : Il faut d’abord rappeler les faits. L’association Alliance Vita a commandé auprès de la régie publicitaire qui s’occupe de l’affichage dans les gares et les locaux de la SNCF ouverts au public, une campagne d’affichage comportant trois images. On ne peut pas les qualifier directement d’anti-PMA ou d’anti-avortement, le message sur ces points étant très indirect. Je suis d’autant plus à l’aise pour le dire que je suis personnellement défavorable aux positions de cette association. Il semble par conséquent qu’elles ne violaient pas l’obligation de neutralité du service public des transports assuré par la SNCF. À la suite d’un tweet extrêmement violent de Madame Hidalgo maire de Paris en campagne électorale et « demandant le retrait immédiat » de ces affiches, la régie publicitaire a obtempéré servilement en prétendant que l’affichage était militant, ce qui prêterait à sourire lorsque l’on voit ce qui est habituellement placardé dans les gares et les stations de métro. Le plus inquiétant dans cette opération de censure, c’est que le camp du bien trouve cela tout à fait normal. Avec un argument massue : « on ne peut pas être contre l’avortement ou la PMA puisque le Parlement a délibéré. » On reste confondu devant la trivialité de cette argumentation, qui interdit toute expression à ceux qui ne sont pas d’accord avec vous. La France est une république, et cette forme est consacrée dans la constitution, mais il ne viendrait à l’idée de personne de vouloir interdire aux royalistes qui souhaitent un royaume de s’exprimer.

Il est parfaitement exact que cette passion morbide pour la censure, qui s’exprime de toutes sortes de façons vient de celui qu’on appelle improprement le camp de la « gauche ». Il s’agit plutôt de ces couches moyennes de ces petits-bourgeois libéraux progressistes qui toisent et méprisent le peuple et qui pénétrés de la supériorité sociale et intellectuelle qu’ils s’attribuent considèrent qu’ils détiennent la vérité. Et donc qu’ils peuvent exiger que ceux qui ne pensent pas comme eux, les « déplorables » comme disait Hillary Clinton soient interdits de parole.
Dans l’actualité, n’est plus qu’une litanie de lynchages médiatiques, de campagnes d’intimidation, de manifestations parfois violentes pour interdire l’antenne à des journalistes, empêcher telle philosophe de faire une conférence à l’université, d’autodafés de livres, d’interdiction de projection de films jusqu’à des appels au meurtre où récemment des néo féministes demandaient à propos de Polanski que l’on sépare l’homme de l’artiste mais à la hache, ou qu’on le brûle avec du kérosène…

Et il y a aussi les lois liberticides qui se succèdent en cadence au Parlement sur les fake news, anti-casseurs, contre la haine, contre le sexisme, etc. etc. Ces textes sont en général portés par ces anciens socialistes qui ont rejoint Emmanuel Macron et sont la colonne vertébrale de son appareil de répression avec Christophe Castaner et Nicole Belloubet en tête de gondole.

Ces dérives sont très inquiétantes et lorsque l’on voit ce qui se passe dans notre pays avec les atteintes à la liberté de manifestation et maintenant à la liberté d’expression, il devient difficile d’aller donner des leçons à la Russie ou à la Chine. Et ce d’autant que l’appareil judiciaire, et il l’a notamment montré à l’occasion de la crise des gilets jaunes en mettant en œuvre une répression sans précédent, ne voit aucun inconvénient à se mettre complètement au service de ce qui devient un système de démocratie illibérale. À titre d’exemple il s’est quand même trouvé un tribunal pour condamner un manifestant pour avoir crié « Castaner assassin » dans un cortège… malheureusement, il y a de tels exemples par dizaines.

Existe-t-il une raison concernant ces agissements ? Est-ce dû à une vision manichéenne du monde ?

Régis de Castelnau : Comme je l’ai dit plus haut, ce refus compulsif de la liberté d’expression vient de la gauche. Qui a été dans le passé de tous les grands combats pour celle-ci, mais les a aujourd’hui abandonnés et milite pour l’instauration d’une censure. Il y a mon avis plusieurs raisons à ce changement radical.

• Tout d’abord armée de son gauchisme culturel la petite bourgeoisie de gauche, organisée politiquement auparavant au sein du PS, a rallié le néolibéralisme dont elle est devenue le principal outil pour l’imposer au peuple français qui n’en veut pas. Le courant qui entoure Emmanuel Macron est massivement composé d’anciens socialistes. Il y a là une approche fonctionnelle, la démocratie représentative respectueuse des libertés étant un obstacle à la mise en œuvre de ce programme. N’oublions pas que le pouvoir d’Emmanuel Macron est minoritaire (16 % des inscrits au premier tour de la présidentielle et 11 % des inscrits aux européennes) et que par conséquent il a besoin de restreindre les libertés publiques pour pérenniser son pouvoir et mettre en œuvre son programme.

• Ensuite, il y a ce sentiment d’être le camp du bien, c’est-à-dire de faire partie d’une catégorie de la population qui a mieux compris le monde que les masses incultes. Et que ce statut lui donne des droits et des privilèges. Le niveau de corruption des couches supérieures de ce bloc est de ce point de vue assez sidérant. Il est corrélé à un sentiment d’impunité de même nature que cette passion pour la censure : nous sommes au-dessus du vulgaire, donc nous avons tous les droits et en particulier celui de faire taire ceux qui ne pensent pas comme nous. Je ne dirais pas qu’il s’agit d’une vision manichéenne, mais plutôt d’une conviction que la règle commune ne s’applique pas à eux.

• Le pire est quand même l’espèce d’ingénuité et la bonne conscience avec laquelle ils adoptent ces comportements. Lorsque vous venez dire par exemple à Monsieur Gaspard Gantzer condisciple d’Emmanuel Macron à l’ENA et soutien acharné de la censure exercée à l’encontre des affiches d‘Alliance Vita, qu’il est un ennemi de la liberté d’expression, il est stupéfait. « Je suis de gauche, comment osez-vous ? ». J’ai une petite anecdote relative à la France insoumise. J’ai participé à la réalisation du documentaire sur le law fare dont a été victime ce parti avec les perquisitions à grand spectacle qui avaient mis Jean-Luc Mélenchon en colère. La manipulation politique du Parquet National Financier était une évidence, et d’ailleurs ce documentaire exposait en détail les mécanismes dont Mélenchon et ses amis avaient été les victimes. Cela n’empêcha pas quelques jours plus tard quatre parlementaires du groupe LFI à l’assemblée de saisir le parquet de Paris d’un « signalement » à l’encontre d’Alain Finkielkraut pour sa sortie « second degré » sur un plateau de télévision face à Caroline de Haas. Ce courrier était un modèle de flagornerie obséquieuse pour ceux qui justement étaient à l’origine des manipulations politiques dont avait été victime Mélenchon. Nos quatre vaillants délateurs, appelant à la censure et à la condamnation de l’académicien, n’y ont vu évidemment aucune contradiction.

Ce genre d’incidents ne sert-il pas à msquer les problèmes réels qui se posent ? 

Régis de Castelnau : Je ne crois pas, qu’il s’agisse de diversion.

Ce sont des questions essentielles et la multiplication de ces atteintes aux libertés publiques fondamentales fait partie d’un système politique. Celui mis en place par Emmanuel Macron ne peut pas supporter une réelle liberté d’expression. Alors on laisse s’installer, voir on organise une culture de la censure. Ce sont toutes ces polémiques successives, toutes ces campagnes, toutes ces lois, toutes ces décisions judiciaires qui finissent par installer un climat de censure acceptable. Les grands médias sont entre les mains des grands groupes économiques, le service public radiotélévisé est aux ordres, aujourd’hui le véritable contre-pouvoir provient du numérique et des réseaux. Cela explique pourquoi ces lieux d’expression et de débat font l’objet de ces attaques récurrentes.

Il est essentiel de tenir bon et de défendre la liberté, notre d’expression, contre toutes ces tentatives qui la mettent en danger. Même si l’on n’est pas d’accord avec eux, l’épisode des affiches d’Alliance Vita nécessite d’être ferme et de défendre les principes.

Source : Vu du Droit.com

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