Accident de Millas. Des gendarmes « marqués » par l’« horreur »

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“Quand on arrive sur un incident comme ça 10 minutes après, on fait un constat de la scène et on se met un peu dans une bulle.” | AFP
Impliquant des enfants, un drame comme celui survenu à Millas jeudi n’est pas sans laisser de traces psychologiques chez ceux qui arrivent en premier sur les lieux. Des gendarmes ont, comme les proches des victimes et les collégiens rescapés, rapidement ressenti le besoin de parler. La plupart d’entre eux, malgré une grande expérience, disent avoir été “marqués” par ce qu’ils ont vu en arrivant sur les lieux de la collision entre le car et le TER.

Au fil du temps, des accidents et des enquêtes en tout genre, les gendarmes se forgent une « carapace ». Mais les gendarmes intervenus jeudi à Millas après la collision restent marqués. Et ont besoin, eux aussi, d’un suivi psychologique après ce drame qui a coûté la vie à cinq collégiens. « On est des êtres humains avant d’être des gendarmes ».

« Quand on arrive sur un incident comme ça 10 minutes après, on fait un constat de la scène et on se met un peu dans une bulle. On essaie de mettre de côté nos émotions personnelles », raconte le lieutenant-colonel de gendarmerie Sophie Catasso, qui faisait partie des premiers arrivés sur les lieux, avec une trentaine de ses collègues.

« On est aussi des parents »

Mais ces émotions peuvent toutefois « ressurgir après », note-t-elle, alors que le bus qui ramenait les collégiens chez eux après la fin des cours a été littéralement coupé en deux par la violence de la collision avec un TER.

« On est parents, je le suis moi-même », souligne celle qui est à la tête de la compagnie de Perpignan regroupant 170 gendarmes dont les douze de la brigade de Millas.

Robert Taillant, le maire de Saint-Féliu-d’Avall, où vivaient les adolescents victimes de l’accident, a souligné en leur rendant hommage que les « gendarmes et les pompiers qui sont intervenus sur place ont vécu l’horreur et sont psychologiquement très atteints ».

« Un gros besoin de s’exprimer »

D’où l’impératif d’un suivi immédiat. « Quand c’est des gros événements comme ça, on a une cellule psychologique de la direction générale (de la gendarmerie) qui prend attache directement avec le groupement et tous les gens qui étaient intervenus ont été contactés par les psychologues », poursuit Sophie Catasso.

Et les gendarmes de Millas ont en particulier « ressenti tout de suite un gros besoin de s’exprimer et de débriefer ». « Ils vivent dans la localité, ils ont leurs enfants au collège, j’imagine que pour eux des images ont pu ressurgir, ils ont pu penser à leurs enfants », ajoute le lieutenant-colonel.

Psychologues spécialisés

Car même pour les gendarmes les plus rompus aux situations difficiles, un drame de la sorte impliquant des enfants est dur à gérer sur le plan émotionnel. « Avant, j’étais en police judiciaire où j’ai été amenée à voir des scènes de crime, des blessés ou des morts. L’expérience professionnelle forge peut-être une carapace » mais « ce premier débriefing (avec les psychologues), on en a besoin parce que forcément à un moment donné, on se place en tant que parent ou conjoint, on pense à tout ça et c’est très important pour nous d’être pris en charge par des psychologues qui vont nous suivre dans le temps », dit la gendarme.

Selon elle, il est important que ces psychologues fassent partie de la gendarmerie. « C’est plus facile pour un gendarme de se dire : je parle de mes malheurs à un professionnel qui connaît un peu mes difficultés, qui connaît mon organisation, plutôt qu’à un psychologue civil qui ne connaîtrait pas notre fonctionnement, notre façon d’arriver sur les lieux. Cela donne une impression de famille, d’échange ».

Mais après il ne faut pas « non plus faire de la victimisation », insiste-t-elle, les gendarmes de Millas ayant par exemple « très à cœur d’être au cœur » du dossier car ils veulent « se rendre utiles à l’enquête ».

Source : Ouest-France

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