« Une même situation revêt souvent plusieurs facettes »

« Une même situation revêt souvent plusieurs facettes »
Les violences intrafamiliales constituent l’essentiel des dossiers dont sont saisies les deux intervenantes sociales de la gendarmerie, Marie-Andrée Biron et Nelly Porsan.

En 2009, la gendarmerie de Martinique s’est dotée d’une première intervenante sociale pour démêler les situations qui ne relèvent pas du pénal. Depuis février 2015, elles sont deux, Marie-Andrée Biron et Nelly Porsan, à oeuvrer pour déminer les nombreux conflits au sein des familles et passer le relais aux institutions dédiées. Cas concret.

Au départ, c’est une situation presque « banale » de violence intrafamiliale pour la gendarmerie. Au Vauclin, en pleine rue, un jeune de 18 ans est surpris en train de frapper sa petite soeur, âgée de 13 ans. Les voisins contactent la brigade territoriale pour ce cas de « maltraitance sur mineur » . « Dans le même temps où nous lisions l’information sur la synthèse du jour, la brigade nous transmettait également une fiche de liaison » , décrit Marie-Andrée Biron, l’une des deux intervenantes sociales de la gendarmerie. L’ISG prend rapidement contact avec la maman, « une dame tout à fait volontaire » , qui revenait de l’Hexagone où elle était partie se former. Dans le même temps, sur le plan judiciaire, son fils, déjà en phase de réinsertion, est auditionné par les militaires de la gendarmerie. Le parquet décide finalement de classer sans suite les violences le concernant. Si, pour les enquêteurs, le dossier est terminé, pour Marie-Andrée Biron, le travail ne fait, en réalité, que débuter d’un point de vue social. « Car derrière les violences initiales, ce qui posait problème, c’était le comportement de la mineure » .
Un premier contact est alors pris avec l’assistante scolaire, pour la mise en place d’un accompagnement. « On a demandé une assistante éducative à domicile (AED) à la Collectivité Territoriale de Martinique. Le Centre Médico-Psychologique (CMP) du François est sollicité pour une consultation psychologique de l’adolescente. En parallèle, l’ISG s’attache aussi à mener un travail sur la parentalité avec la maman.
Une fois le relais passé aux institutions dédiées, les intervenantes sociales de la gendarmerie sont censées lâcher du lest. Sauf que, dans ce cas précis, comme dans beaucoup d’autres, des dysfonctionnements perturbent parfois la bonne marche des choses. Cette fois, c’est au niveau de la CTM que la défaillance a eu lieu : les deux éducatrices qui auraient dû suivre le dossier étaient en congés maladie pour l’une ; en formation pour l’autre. « La maman continuait de nous appeler régulièrement, alors que tout avait été mis en place et que ce dossier aurait dû être clôturé de notre côté » .
DOSSIER TRANSMIS… AU BOUT DE 2 ANS
L’adolescente continuait, pour sa part, à avoir un comportement problématique allant jusqu’à frapper sa mère. Après avoir pris un peu de recul sur ce dossier, l’intervenante sociale gendarmerie tente alors de relancer la machine. Mais l’accompagnement psychologique commencé pour la mère et son enfant subit un coup d’arrêt suite au décès du praticien. Le père est alors mis dans la boucle. « Quand l’AED a été mise en place, la situation s’est apaisée pendant trois mois avant de nouvelles violences. La mère est retournée vivre chez ses parents » . Sur une année, l’éducatrice chargée du dossier n’avait pu voir l’adolescente que trois fois. Ne sachant plus vers qui se tourner, la mère rappelle à nouveau Marie-Andrée Biron. Elle explique avoir un projet professionnel et souhaiter repartir dans l’Hexagone. « J’ai repris ce dossier pour préparer le départ. J’ai reçu la mère, son enfant. Les consultations psychologiques n’avaient pas repris, l’éducatrice suivait la famille de façon élastique… » . Entre fin juin et fin juillet, les contacts sont très réguliers, y compris avec le père. La mère, qui a obtenu un Contrat à Durée Indéterminée, est contrainte de partir un peu précipitamment. « J’ai dû rassurer la maman pour lui dire que son enfant ferait bien sa rentrée dans l’Hexagone. Tant qu’elle n’a pas été dans l’avion, j’ai dû suivre ce dossier » . Depuis, une demande a été faite à la CTM pour transférer le dossier en Métropole. 2 ans après en avoir été saisie, l’intervenante sociale a enfin passé la main.
L’an passé, Marie-Andrée Biron et Nelly Porsan ont dû traiter 192 dossiers. « Mais ce seul chiffre ne représente pas la quantité de travail réel. Une même situation revêt souvent plusieurs facettes » , soutient Nelly Porsan.
ZOOM – Financements « instables »
La première ISG installée à la gendarmerie en 2009 a bénéficié d’un partenariat avec la préfecture, le parquet et l’association départementale d’aide aux victimes et de médiation pénale de Martinique (ADAVIM). Elle a été mise en place grâce aux subventions de l’État (100% du financement par le Fonds interministériel de prévention de la délinquance-FIPD-). Une nouvelle convention a été signée en novembre 2010 avec l’association Alefpa-Rosannie Soleil, en substitution de l’ADAVIM. Elle a été entrecoupée d’interruptions dues en grande partie au système de financement. Très tôt, les gendarmes ont été confrontés à l’urgence de sortir de cette « instabilité » en recherchant des financements pérennes au niveau du conseil général (en vain).
Après plusieurs rencontres, la présidente du conseil général (de l’époque) a consenti à mettre à disposition un personnel, dès février 2015. Cette convention a été reconduite par le président de la CTM pour l’année 2016. « Ce poste d’ISG, soutenu par des subventions de l’État, revêt un caractère essentiel en permettant de donner une réponse complète et ciblée aux victimes de violences intra-familiales par l’étendue des aspects sociaux, psychologiques, économiques et juridiques des situations rencontrées » , indique la gendarmerie. La convention de 2016 a été assurée à 100% par le FIPD pour un montant de 42 000 euros/an en l’absence de partenariats institutionnels.
Prévention et sensibilisaton
Les inter venantes sociales de la gendarmerie (ISG) sont intégrées dans le dispositif « Elèves Pairs » . Elles participent mensuellement aux côtés de la Brigade de Prévention de la Délinquance Juvénile au « point écoute » dans les établissements scolaires afin de recueillir la parole des élèves présentant des difficultés.
Accueil social, écoute et orientation
Dans le cadre de l’exercice de leurs activités quotidiennes, les gendarmes sont confrontés à des situations diverses. Beaucoup relèvent davantage d’une intervention sociale que d’une mission de sécurité publique (problèmes familiaux et conjugaux, situation de détresse, difficultés éducatives…). Afin de traiter ces situations, les inter venants sociaux jouent un rôle essentiel de premier accueil social, d’écoute et d’orientation. Depuis février 2015, la gendarmerie dispose de deux intervenantes sociales : Nelly Porsan, qui agit dans le cadre d’un partenariat avec la préfecture, le parquet et l’Alefpa Rosannie Soleil, et Marie-Andrée Biron, mise à disposition par la collectivité territoriale de Martinique (CTM).
Victimes reçues en brigades
Installées dans un bureau à la caserne Redoute, les ISG sont amenées à recevoir des victimes dans les locaux des brigades territoriales. Elles sont soumises au régime des 35 heures, du lundi au vendredi et ne tiennent pas de permanences en dehors de leurs horaires de travail. Les deux ISG inter viennent sur l’ensemble de la Martinique mais se répartissent géographiquement la gestion des dossiers. Elles peuvent être alertées directement par les brigades ou s’autosaisir en lisant la synthèse des affaires du jour du Centre d’Opérations et de Renseignement de la Gendarmerie (CORG). Elles peuvent également être saisies par un service extérieur (Justice, services municipaux, éducation nationale, services sociaux de secteur ou spécialisé…)
LE CHIFFRE 478
C’est le nombre d’usagers reçus par les intervenantes sociales de la gendarmerie en 2016. 129 n’étaient pas connus des services sociaux, 197 étaient des mineurs. 435 personnes ont pu être orientées.
Marie-Andrée Biron et Nelly Porsan, intervenantes sociales gendarmerie
Trop souvent, lorsque nous intervenons, nous ne sommes pas dans la prévention mais déjà dans le curatif, à devoir trouver des solutions. Il y a eu trop de dysfonctionnements en amont à tous niveaux. »

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